[review] X-O Manowar, De soldat à Géneral

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Comics have the Power continue son exploration des mondes parallèles de Valiant après The Valiant, Quantum and WoodyImperium, Archer & Armstrong, Divinity, Harbinger, Faith, Ninjak et Timewalker. J’avais beaucoup aimé le scénario de la première Intégrale X-O Manowar mais j’avais hélas un peu perdu le fil. J’ai profité de l’arrivé d’une nouvelle équipe créative pour raccrocher par ce nouveau livre De soldat à général publié par Bliss comics le 27 avril.

Un résumé pour la route

Ce volume contient les épisodes 1 à 6 de la série X-O Manowar (2018). La relance d’X-O Manowar est scénarisée par Matt Kindt (Rai, Ninjak) dont je connais très mal le travail mis à part sa BD indépendante Super Spy. Les trois premiers épisodes sont merveilleusement dessinés par le dessinateur argentin Tomás Giorello (Conan, Star Wars) que je découvre totalement puis par Doug Braithwaite, déjà apprécié sur plusieurs titres de Valiant (Imperium).

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

X-O-Manowar_1Petit rappel pour les néophytes, Aric est un prince barbare qui a été enlevé par des extraterrestres, les Vignes. Il a réussi à s’échapper en portant l’armure X-O Manowar mais, en revenant sur terre, il se retrouve dans le monde actuel.

Matt Kindt semble au départ repartir de zéro. Aric, désabusé, a quitté la Terre. Il est devenu fermier sur la planète Gorin avec une nouvelle compagne, Schon. Il est très intrigué par cet étranger et s’intéresse malicieusement à la manière dont les femmes font l’amour sans queue. Le scénariste choisit de mettre en avant un prince wisigothique plus secret et posé. Dans l’intégrale, Aric est un barbare qui avait un but et était prêt à tout pour y arriver. Il a depuis découvert la morale et cela le rend désabusé. Triste, Aric semble s’être sorti de son ivresse du pouvoir. Cependant, il est très vite forcé de retrouver sa nature de guerrier. Enrôlé de force, il est utilisé comme chair à canon et le récit de ce premier combat est habilement raconté en voix off par les recommandations du général lors de la veillée d’arme. Mais, très rapidement, il se distingue des autres par ses qualités guerrières et de leadership – malgré une mission suicide, il réussit à atteindre la muraille et à tuer un monstre. Revenant de mission, sans presque aucune parole, on sent la reconnaissance et l’admiration des soldats professionnels pour ce fermier par un travail d’encrage sur les visages. Il se retrouve à lutter contre une élite qui utilise les autres races pour des expériences génétiques. Cependant, la trahison l’entoure constamment et il ne peut se fier à personne. La politique est plus risquée que la guerre.

Matt Kindt nous fait progressivement comprendre qu’Aric est en fait un ancien drogué qui replonge.  Désormais, son armure parle à Aric et lors d’un dialogue dans le deuxième épisode, on a l’impression de voir un débat entre un drogué et son produit pour savoir ce qui crée l’addiction – le produit et donc l’armure ou l’homme ? Aric pour plus de discrétion transforme l’armure en anneau. Elle lui dit que cela montre leur union – comme un drogué qui ne vit que pour son shoot. On peut aussi voir un lien avec Gollum dans le Seigneur des Anneaux. Elle lui explique que son intelligence et sa raison sont affûtés en portant l’armure comme une drogue.

Par ses actes de bravoure – et l’aide discrète de l’armure, Aric devient capitaine et obtient des fidèles sans le vouloir. A l’instant où ce groupe se forme, Aric cherche à les fuir et écoute sa compagne extraterrestre comme un ex-toxico qui craint de plonger dans sa drogue.

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Contrairement à l’intégrale où il avait dès le début le pouvoir, Aric intrigue ici pour survivre selon lui. Cependant, on y croit de moins en moins. Il a besoin du pouvoir. Aric choisit progressivement la guerre et replonge dans l’addiction à mesure qu’il est promu – comme général. Il contraint par la menace le prince neutre des Brûlés de les laisser passer. Il a complètement plongé dans l’ivresse de la puissance. Au bout du cycle, dans l’épisode six, Aric délaisse sa compagne pour la guerre et l’armure. Toujours désabusé, Aric semble remplir un rôle plutôt qu’y prendre plaisir.

Dans l’interview en fin de volume, Matt Kindt semble proposer une autre interprétation : l’armure est une ancienne relation qui revient dans sa vie et bouscule tout.

J’ai trippé devant le travail unique du coloriste Diego Rodriguez. J’ai rarement vu un récit d’action violente avec de si belles couleurs. L’ensemble du récit est pongé dans des tons or et marron alors que la nuit est en violet. Rodriguez n’utilise presque pas de noir mais montre le côté sombre d’une histoire par des teintes bleu marine ou violet.

Je suis aussi devenu complètement accro aux dessins de Tomás Giorello. Ses visages terriens ou extraterrestres sont très expressifs mais sans jamais recourir à la caricature. Il semble aussi assurer l’encrage très fin et cela renforce le travail sur les corps. Un visage à moitié sombre montre un acte horrible. La morale passe par l’encrage comme le cinéaste Luc Moullet disait que «la morale est affaire de travellings ». Ce style très subtil offre un contraste très bien vu avec la violence qui est montrée. On n’est jamais dans le gore ou la parodie. Giorello montre directement des corps déchiquetés mais parfois indirectement comme ces gouttes de sang qui pleuvent sur les combattants après qu’un camarade ait sauté sur une mine. Les belles pages s’organisent autour de quelques grandes cases espacées le plus souvent sans bordure. Des visages sortent souvent d’une case et chaque page a une organisation différente. En fin de volume, les esquisses en noir et blanc de Giorello sont à tomber. On en viendrait à demander une version intégrale sans couleur.

Dans l’épisode trois, Giorello est rejoint par David Mack et Zu Orzu. Est-ce un choix scénaristique ou un manque de temps ? En effet, ces pages au style très différent sont un récit de la situation politique de la planète par une esclave sexuelle. Ces dessinateurs reprennent un style étrusque ou crétois et parfois même une ancienne sculpture d’empereur romain. C’est comme si Aric transposait par son filtre culturel le récit de cette extraterrestre.

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Doug Braithwaite prend le relais à partir de l’épisode quatre. Même si Diego Rodriguez garde ses superbes couleurs et que le dessin reste très agréable, je ne peux m’empêcher de trouver les traits moins fins sur les visages et l’encrage plus brut. Le récit perd en subtilité et en contraste avec la violence visuelle. Cependant, il réalise un travail très efficace et travaille les scènes d’action. Il utilise des cases plus petites et plus de mouvements. Il intègre des éléments steampunk. Les commentaires des éditeurs en bonus nous permettent très bien de comprendre les techniques de Braithwaite en mettant en avant le lien entre dessin et angle de caméra comme dans des films d’action. Il utilise des plans serrés, varie les cases entre gros plan et plan large pour montrer l’action pendant une scène de bagarre. Les personnages sont coupés en ne gardant que le bout de l’action.

Le design des décors est très réussi et m’a fait penser à la science-fiction des années 50-60 – un palais oriental en coupole, des extraterrestres bleus – mélangée à l’héroic fantasy – des soldats trolls avec des plaques de métal. Le scénariste et les dessinateurs créent une vraie œuvre de space opera ou de « high-fantasy » selon Kindt et pas seulement un simple décor futuriste. Les différents peuples sont en lutte mais le scénario a un aspect social – les Azurs sont des prolétaires en révolte. Dessin et scénario s’associent pour créer une œuvre de Science-fiction. La poursuite en vaisseaux volants très belle est aussi prenante car Aric et ses alliés risquent en plus d’être bombardés. Le bonus des esquisses avec les commentaires de Kindt montre un travail de collaboration – on voit par son texte les images que propose Kindt et ce qu’en fait Giorello. De plus, le scénario offre aux dessinateurs la possibilité de réaliser différentes scènes de combat – une attaque le long d’une falaise, le siège d’un château, dans un désert de neige et même sur l’eau. Dans l’épisodes six, des monolithes menacent les Brûlés comme dans 2001, l’Odyssée de l’espace. Le récit se termine par un cliffhanger – un nouvel ennemi apparaît par ces monolithes extraterrestres.

Il faut à nouveau saluer le fantastique travail éditorial de Bliss comics. En plus d’un sommaire très complet qui précise pour chaque épisode quelles sont les équipes créatives, il nous offre en effet de très nombreux bonus sans qu’aucun ne soit anecdotique mais au contraire chacun m’a aidé à mieux comprendre les épisodes précédents. En fait, on se trouve avec un véritable cahier complet dévoilant l’envers de la création du titre.  Il y a bien entendu l’intégralité des couvertures des six épisodes y compris les variantes. Assez classique, on trouve aussi de nombreux croquis des dessinateurs Giorello et Braithwaite.

Plus original et très intéressant, Bliss a inclu les commentaires du dessinateur LaRosa sur toutes ses couvertures officielles, celles des éditeurs sur une page de Braithwaite. Cette dernière est idéale pour un néophyte afin de voir le lien entre cinéma et bd. Il y a les interviews de Braithwaite et de Matt Kindt qui en dévoilent beaucoup sur le futur de la série. Peu après le Free Comics book Day, il est émouvant de lire sa défense du rythme mensuel avec des arcs de trois épisodes. Il cherche à faire revenir dans les librairies pour que les lecteurs échangent entre eux. Enfin, on trouve toutes les recherches sur les personnages, les moyens de transports et la planète par Braithwaite, Giorello puis LaRosa.

Alors, convaincus ?

Nouveaux lecteurs désireux de découvrir Valiant/Bliss comics, ce livre est fait pour vous. Braithwaite et surtout Giorello réalisent un chef-d’œuvre visuel sublimé par les couleurs de Rodriguez. Kindt bâtit un vrai récit de space opera avec une dimension sociale. Je pense également que l’ensemble du récit est celle d’un ancien drogué – à la puissance – qui replonge et perd peu à peu son humanité. Dans une interview, Kindt critique implicite des Big Two qui « naviguent à vue en balançant à tout va de nouvelles séries ou de gros événements » mais ce volume montre que Valiant lui a laissé créer un plan à long terme.

Thomas S

 

 

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