[review] Divinity #2

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Le premier volume de Divinity m’avait plu à cause du traitement du personnage principal, Abram devenu une sorte de dieu après une étrange expérience dans l’espace plus que grâce à une histoire très novatrice. Le rythme assez lent aurait pu se révéler décourageant si mon envie de connaître davantage ce personnage et de savoir ce qu’il allait faire avec ses pouvoirs quasi divins n’avait été la plus forte.

Divinity est un titre assez atypique dans l’univers Valiant puisqu’il prend son temps et ne met pas en avant des personnages aux prises avec leurs semblables mais un humain mué en divinité. Comme tout dieu qui se respecte, Divinity dispose d’adeptes particulièrement effrayants tant ils sont fanatiques. La question posée par le deuxième volume est l’attitude d’Abram tout puissant face à une humanité très infantile…à moins qu’un nouvel élément vienne tout bouleverser.

Un résumé pour la route

Divinity2_1Divinity II est, tout comme le premier volume, scénarisé par Matt Kindt et illustré magnifiquement par Trevor Hairsine. L’ouvrage est publié aux Etats-Unis par Valiant Comics entre avril et juillet 2016 et en France par Bliss Comics en 2017.

Abandonnés par Abram, deux autres cosmonautes soviétiques errent sur une planète hostile en attendant la mort. Valentina Volkov est la première femme envoyée dans l’espace, son collègue, Kazmir, blessé et désespéré lui avoue son amour pensant sa mort prochaine. Mais Valentina est toute dévouée à l’Union Soviétique : même à l’autre bout de l’univers, abandonnée de tous, elle reste fidèle à la Mère Patrie. Tout comme Abram, devenu Divinity, elle décide de s’abandonner à la puissance de l’Inconnu pour avoir une chance d’acquérir des pouvoirs et rentrer sur Terre. Mais qui sera vraiment Valentina à son retour ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Dans tous les communiqués de presse, Divinity – Abram – avait été présenté comme le premier dieu « communiste ». J’avais personnellement trouvé cela un peu réducteur voire mensonger car si Abram était bien soviétique et adepte d’un partage des richesses, il était loin, une fois devenu Divinity de défendre l’idéologie soviétique. Abram avait largement dépassé la problématique de l’affrontement Est-Ouest et ceux qui cherchaient une uchronie du type Red Son en étaient pour leurs frais.

Matt Kindt présente donc ici un autre type de divinité avec Valentina, celle qui est restée fidèle à son engagement – ou son endoctrinement – d’origine. Bien qu’ayant été dotée de pouvoirs divins, Valentina a conservé toute sa foi dans une idéologie qu’elle pense supérieure à sa propre existence : le communisme. Le problème est que le monde a changé et quand la jeune déesse revient sur Terre, le communisme est mort. L’intérêt de Divinity II réside donc en grande partie dans le combat intérieur qui déchire Valentina. Alors que Matt Kindt avait permis à Abram de se transcender et d’accepter pleinement ses pouvoirs divins, au point de vouloir remodeler le monde à sa façon, le scénariste montre ici une autre possibilité : celle d’une divinité incomplète qui ne peut pas imaginer ne pas être au service de l’Autre et qui ne peut se résoudre à se passer de l’idéologie qui a toujours donné sens à son existence.

Divinity2_2

Avec ce récit, c’est donc le militantisme dont Matt Kindt explore les ressorts : que devient le militant quand son idéologie mute ou meurt au profit d’autres bouleversements sociaux ? Valentina s’enferme d’abord dans le déni et le refus de tout changement, tentant désespérément de modifier le passé. L’impossibilité de la jeune femme d’imaginer un nouvel avenir ne peut que lui occasionner souffrance et désillusion. Malgré tout son pouvoir, Valentina ne peut façonner le monde à son image car le monde a changé sans elle.

Graphiquement, Trevor Hairsine donne une puissance majestueuse à l’ensemble : ses personnages sont expressifs et il sait parfaitement rendre le caractère divin des protagonistes principaux qui tantôt jaillissent des cases tantôt planent dans une posture hiératique. Ce dessinateur est vraiment à surveiller tant son style particulier sait à la fois rendre le sentiment le plus intime et donner un mouvement à son récit. Sa représentation d’un Time Square coupé en deux est absolument somptueuse.

Alors, convaincus ?

Divinity2_3Avec Divinity II, on reste totalement dans la continuité du premier volume. Matt Kindt a des choses à dire sur la manière dont on peut appréhender cette notion. Alors qu’Abram est une divinité lointaine mais finalement bonne, Valentina incarne à la fois la figure d’un militantisme outrancier et d’une divinité incomplète, soumise et cherchant encore sa voie à travers les idéologies humaines dont elle reste imprégnée.

Ce face à face entre ces deux divinités est une réelle bonne idée même s’il manque un je ne sais quoi qui aurait pu le rendre plus épique encore. Matt Kindt aime ses personnages et n’en fait des êtres manichéens à certains moments que pour en souligner les faiblesses humaines que leur transformation en dieux n’a pas réussi à gommer. Si le récit semble un peu trop finir en happy end, le cliffhanger nous offre toutefois quelques promesses déstabilisantes. Et puis, rien que pour Trevor Hairsine, Divinity II est une réussite.

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