[Review] X-O Manowar (tome 1)

Le barbare revient sur Terre et je suis ravi d’être parmi les premiers à l’accueillir et à soutenir son retour dans une nouvelle série mais comment passer après le fantastique run de Matt Kindt ? Peut-être en refusant la continuité pour proposer une autre voie.

Un résumé pour la route

Cette nouvelle série rassemble les épisodes 1à 4 d’X-O Manowar (2020) publiés par Valiant aux États-Unis entre mars 2020 et janvier 2021 puis en France chez Bliss éditions en février 2022. Le récit est écrit par Dennis Hopeless (Jean GreyWWE), dessiné par Emilio Laiso (Star Wars Doctor AphraX-Men) et colorisé par Ruth Redmond.

Après une désastreuse aventure dans l’espace, Aric de Dacie revient sur Terre. Ce barbare wisigoth projeté dans le présent porte toujours l’armure extra-terrestre du peuple vigne faisant de lui X-O Manowar, un des hommes les plus puissants de l’univers. Il cherche à faire triompher le bien et à punir les puissants. Mais, peut-on encore être un héros dans le monde actuel policé alors que la violence est le privilège de l’État et que les frontières morales sont très floues ?

On en dit quoi sur Comics have the power ?

J’ai un rapport ambigu avec X-O Manowar. J’adore le principe de base : un barbare manchot perdu dans le monde contemporain qui est aussi un héros équipé d’une armure futuriste. Je suis donc heureux de lire chaque nouvelle proposition et je serais curieux de découvrir la première série. Par contre, je suis dans l’ensemble très mitigé sur l’intégrale de Robert Venditti. Ensuite, je suis devenu totalement fan du personnage quand Matt Kindt et une équipe de fantastiques dessinateurs y ont imprimé une marque sur trois volumes.

Si vous lisez le texte précédent, vous aurez peut-être l’impression qu’il faut passer des heures de lecture avant de s’approprier cette série. Ce n’est pas du tout le cas (même si ce serait dommage de passer à côté). Comme souvent avec Valiant/Bliss, chaque nouvelle série est facilement accessible pour un lecteur néophyte. Un court texte au début du volume retrace l’origine de ce héros vivant à la mauvaise période et un personnage résume le problème d’X-O Manowar qui « sauve la situation. Fait chier le monde entier. » Cette nouvelle série prolonge ce paradoxe en s’inscrivant davantage dans le contexte contemporain : X-O Manowar veut arrêter la guerre civile en Ukraine mais en forçant les deux camps à négocier. Un milliardaire lui explique les dangers quand une puissance étrangère intervient dans un conflit dont elle saisit mal les enjeux. On peut bien entendu faire le lien avec la politique étrangère américaine actuelle hésitant entre l’interventionnisme et l’isolationnisme. On peut aussi penser au run de Warren Ellis sur Stormwatch.

Dennis Hopeless a aussi le courage de proposer un ton très différent des runs précédents. Il apporte beaucoup d’humour par les paroles de l’armure. En effet, le scénariste modifie la relation entre Aric et son armure. Shanhara n’est plus un simple outil comme avec Robert Venditti car depuis la fin du run de Matt Kindt l’armure s’exprime et rentre dans une relation plus égalitaire et collaborative. Cependant, Shanhara était encore proche de l’armure d’Iron Man du MCU, fournissant à Aric des informations pour mieux combattre. Dans cette nouvelle série, l’armure est une collaboratrice d’Aric mais leur relation devient compliquée et drôle. Shanhara est beaucoup plus bavarde qu’avant. Elle n’est pas toujours d’accord avec Aric et n’hésite plus à le faire savoir. Pour lui faire changer d’humeur et obtenir ce qu’il veut, Aric la complimente. En fait, Hopeless décrit une relation de couple ! On a l’impression d’assister à une scène de ménage dans un comédie. Leurs actions communes sont, le plus souvent, d’amusants échecs. 

Depuis le tome trois du run précédent, Aric est de retour sur Terre. Dans ce volume, il n’est plus le chef des Wisigoths survivants, ne vit plus hors de la société mais au milieu d’une ville. Devenant le super-héros du quartier, X-O Manowar se rapproche des super-héros des Big Two par ce mélange entre action super-héroïque et vie quotidienne. Cependant, il est toujours un paria car le voisinage se méfie de la puissance de cet homme parlant seul. Aric veut faire le bien autour de lui mais, par maladresse, égoïsme ou manque d’empathie, il vexe les autres et finit seul. C’est précisément cela qui me touche. Il a besoin d’aide aussi bien dans sa vie privée que dans son rôle de héros. Tout d’abord, son armure le sermonne en l’encourageant à se prendre seul en charge et en faisant plus attention aux autres. Elle doit assumer un rôle de mère en lui conseillant de trouver un logement et de faire attention à sa tenue. Tandis que depuis le début de la série Aric demeure totalement inadapté à la modernité, Shanhara en comprend toutes les subtilités y compris les blagues. Un milliardaire idéaliste explique au barbare la complexité du monde et comment améliorer ses relations publiques. Dans sa vie personnelle, Aric s’est séparé de sa compagne terrienne ainsi que sa compagne extraterrestre, semble-t-il, mais vit désormais en colocation. Une mère célibataire et un enfant l’épaulent aussi pour comprendre le quotidien. Mais, à force de se conformer à ces normes, ne perd-t-il pas sa personnalité ?

L’autre grande qualité de cette relance tient aux dessins d’Emilio Laiso que je ne connaissais pas du tout avant cette série. Il propose des mises en page très complexes, des cadrages très dynamiques. Son réalisme précis rend la lecture très agréable (sans pour autant révolutionner le dessin). Les couleurs de Ruth Redmond sont également très réussies. C’est certes très bigarré mais cette explosion de couleurs vives est totalement raccord avec les thèmes de la série entre humour et action.

Alors, convaincus ?

Alors que la réécriture récente de Bloodshot était dans l’ensemble décevante, je suis bien plus enthousiaste avec X-O Manowar. On peut certes trouver l’ennemi fade et les enjeux faibles mais la nouvelle orientation locale du héros et le ton humoristique m’ont convaincu. La situation « amoureuse » d’Aric avec son armure devient plus complexe quand le couple devient un trouple…. Même si c’est très fugace, j’ai aussi apprécié que l’on montre le handicap physique d’Aric (il a perdu une main). Si cette présentation de X-O Manowar vous a intrigué, je ne saurais trop vous conseiller de remonter le passé en commençant peut-être par la série de Matt Kindt.

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