[review] Les trésors de Marvel 1982

Depuis plusieurs années, Marvel n’est plus dans les kiosques. Même si les raisons sont compréhensibles, en tant qu’ancien lecteur de Strange, je ne peux que le regretter. Ainsi, quand Panini a annoncé son retour par un trimestriel compilant des épisodes d’une même année, j’étais ravi mais aussi surpris par le concept. Ferme la porte de la DeLorean et suis-moi dans ce voyage dans le temps.

Un résumé pour la route

J’ai tout d’abord été impressionné par la qualité du casting proposé en si peu d’épisodes. En effet, Les trésors de Marvel rassemble Amazing Spider-Man 229 et 230 par le scénariste Roger Stern (Les Vengeurs de la Côte OuestAction comics) et le dessinateur John Romita Jr (X-Men,Iron Man), Daredevil 181 écrit et dessiné par Frank Miller (BatmanRobocop versus Terminator), Uncanny X-Men 159 écrit par Chris Claremont New MutantsExcalibur) et dessiné par Bill Sienkiewicz (New Mutants), Wolverine 1 du même scénariste et dessiné par Frank MillerFantastic Four 240 écrit et dessiné par John Byrne (Iron Fist2112) et le Marvel Fanfare 1 dessiné par Paul Smith (X-MenLeave it to Chance). Tout cela a été publié en 1982 et cette compilation sous cette forme en février 2021. 

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Jeune lecteur, Les trésors de Marvel 1982 te permet de découvrir non seulement une des plus grandes années des comics mais cette revue anthologique peut être un bon sujet de discussion avec un lecteur plus ancien. En effet, quand je suis allé récupérer Les trésors de Marvel, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au Strange Special Origines de mon enfance. Je pense d’ailleurs que, comme avec cette ancienne revue, Les trésors de Marvel est une porte d’entrée idéale pour découvrir un vaste univers partagé. Cette revue trimestrielle est certes à petit prix mais le choix des artistes inclus est luxueux.

Certains épisodes sont devenus mythiques comme l’épisode 181 de Daredevil.  En vingt-et-une pages Frank Miller compose tout un roman policier en nous décrivant froidement une menace qui ne cesse de se rapprocher. Le criminel Bulleye raconte tout en voix off. Il ne cherche qu’à se venger de Daredevil qui l’a arrêté. Enfermé dans une cellule conçue pour le retenir, il se libère grâce à une gélule de médicament. La lecture devient haletante face à cette menace qui ne cesse de s’approcher à chaque case. La splendeur visuelle de Miller est au service d’un drame à venir… mais aussi surprenant. Le final est tout aussi inquiétant que Psychose d’Alfred Hitchcock. Un des éléments le plus génial – oui ce mot est totalement adapté – est l’économie des dialogues. De nombreuses pages sont sans paroles et le récit en voix off par Bulleye me fait pénétrer avec horreur dans la tête du psychopathe. L’ambiance lourde et glaçante me perturbe durablement à chaque lecture. On retrouve ce dessinateur au sommet mais pour un genre différent dans Wolverine . Avec Chris Claremont, ils font de cet animal sauvage un samouraï. Ayant vu les films japonais comme ceux de Kurosawa, ils plongent Wolverine dans cet univers. Le dialogue reprend la richesse du langage et les tournures de phrase de ce genre. Plus globalement, le récit crée une problématique propre à ces récits : l’opposition entre la volonté individuelle et l’honneur du clan. Dans une société rigidement codifiée par un code d’honneur, Wolverine est un homme amoureux et libre qui veut tout faire pour sauver celle qu’il aime. Le maladroit étranger est totalement dépassé par les codes subtils et l’art de la guerre des Japonais. En relisant ce récit, on se rend compte combien le film Wolverine : Le combat de l’immortel a pillé ce récit. Mais surtout, le cliffhanger de l’épisode m’a donné envie de (re)lire la suite.

Les deux épisodes de Spider-Man démontrent la qualité d’une série classique de Marvel à l’époque. J’ai pris plaisir à retrouver le Peter ancien qui manque d’assurance mais reste positif car il veut toujours tout arranger. Dans un cauchemar, la médium Madame Web y voit la défaite de Spider-Man mais aussi sa mort. Toute la suite tentera de répondre à cette question : peut-on échapper à son destin ? Le lecteur comprend très vite qu’elle perçoit la première confrontation entre le Fléau et le tisseur. Alors que le texte de Roger Stern très dense est bien écrit, le dessin de Romita Jr rend très bien la Fléau, cette force inarrêtable qui avance tout droit quel que soient les obstacles dressés par Spidey. Le dessinateur est encore sous l’influence de son père dans ce style très précis et classique. 

Uncanny X-Men 159 illustre la très grande période des X-Men par Claremont même si le tout jeune dessinateur Bill Sienkiewicz est assez méconnaissable sauf sur une case mais à vous de trouver laquelle… Kitty Pryde va passer la nuit chez une amie. Ororo l’accompagne mais elle se fait agresser en rentrant. Le texte est étonnamment direct : une doctoresse rassure les X-Men en disant qu’Ororo n’a pas subi de viol. Revenus dans leur logement temporaire à Greenwich Village, elle agit de plus en plus bizarrement surtout la nuit… Comme dans Daredevil, l’ambiance est sombre mais plus gothique avec un récit de vampire proche des films de la Hammer. Je n’ai pas eu peur mais cet exercice de style m’a plu. J’ai aimé retrouver les éléments des récits de vampire (un récit de nuit, le brouillard, un noble étranger assoiffé de sang féminin, un crucifix…) sauf que cette fois-ci l’aventurier qui va sauver la proie de Dracula est une femme. La fin est un peu abrupte et aurait profité d’un deuxième épisode. De plus, contrairement aux autres épisodes, on sent davantage que c’est inséré dans un arc car c’est le propre de la manière d’écrire de Chris Claremont.

Le dernier épisode complet est issu du passage marquant de John Byrne sur les Fantastic Fourmais je l’ai trouvé presque le plus classique. Je suis ravi de lire cette période de la famille Richards que je ne connais que par bribes et dans un format réduit des revues Nova. Hélas, ces épisodes sont aujourd’hui très difficiles à trouver. A quand une sortie de l’intégrale ? Du point de vue des dessins, John Byrne est à l’époque un sommet de précision dans les détails de chaque case. Plus classique, le scénario est à hommage au début de la série par Lee et Kirby en reprenant les Inhumains, le foisonnement des intrigues et les coups de théâtre : Vif-argent raconte l’attaque d’Attilan par l’Enclave alors qu’une peste touche les Inhumains. Le scénariste baroque multiplie les intrigues en quelques cases : la pollution, la hiérarchie inhumaine, le voyage d’Attilan vers lieu plus sûr, une naissance entre les héros… J’ai aussi été surpris de la place des Fantastique qui sont ici plus des spécialistes que des héros.

Cette lecture montre que 1982 est une année importante non seulement pour la compagnie d’édition mais pour la bd en général. Je me suis également amusé à établir également des liens entre les épisodes. Dans Spider-Man et Daredevil, le rapport du héros à son identité secrète apparaît. Bulleye comprend tout de suite qui est le diable rouge d’Hell’s Kitchen par raisonnement et non par hasard comme souvent dans les anciens Spider-Man. On y trouve également un épisode inédit. Ici, il s’agit d’une courte mais belle histoire de noël de quelques pages sur Daredevil.

Alors, convaincus ?

Avec Les trésors de Marvel, j’ai été ravi de lire ou de relire de très bons épisodes et parfois (Daredevil et Wolverine) des artistes à leur sommet. Je suis par contre surpris que l’éditeur n’ait pas ajouté à la fin un guide indiquant où trouver des runs plus complets dont sont extraits ces épisodes. Cela pousserait les néophytes à acheter ces revues.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s