[review] Intégrale Iron Fist 1976-1977

Après une première intégrale regroupant les années 1974 et 1975 qui relataient les origines d’Iron Fist et présentait les principaux personnages liés à son univers, Misty Knight, Colleen Wing, la famille Meachum ou la cité mythique de K’un L’un. Dans la seconde intégrale, on retrouve le duo qui œuvrait lors des derniers épisodes du précédent volume, à savoir Chris Claremont et John Byrne dont le style s’affirme peu à peu au cours des épisodes.

Hélas, la préface de ce volume l’indique très bien, le titre Iron Fist s’arrête brutalement à son numéro 15, ne laissant pas le temps à Chris Claremont et John Byrne de conclure les intrigues en cours qu’ils doivent bâcler à la va-vite dans des Marvel Team-Up dédiés à l’homme au poing de fer. Nous tenons pourtant avec les épisodes présents ici du très bon Iron Fist et on ne peut que regrette que ces deux artistes n’aient pas pu poursuivre leur run. A leur décharge, leur travail sur les X-Men les absorbera presqu’entièrement pour notre plus grand bonheur.

Un résumé pour la route

Iron_Fist_1976_1Iron Fist intégrale 1976-1977 regroupe des épisodes scénarisés par Chris Claremont et dessinés par John Byrne, à l’exception du Marvel Team-Up 31 qui clôt le volume, où le scénario est assuré par Gerry Conway et les dessins par Jim Mooney. On retrouve plusieurs encreurs différents sur ces épisodes comme Frank Chiaramonte, Dan Adkins, Dan Green, Dave Hunt et Vince Colletta.

On retrouve donc ici Iron Fist #3-15 parus entre février 1976 et septembre 1977, Marvel Team-Up #63-64, parus en novembre et décembre 1977 ainsi que Marvel Team-Up #31 paru en mars 1975 curieusement placé en fin de volume alors qu’il s’agit de la première rencontre entre Spider-Man et Iron Fist qui évoluent ensemble juste avant. L’ensemble est regroupé par Panini Comics dans une intégrale parue en 2018.

Danny Rand et Misty Knight se rendent à Londres à la recherche de Colleen Wing qui a disparu mais alors que leur avion s’approche de l’aéroport d’Easthrow, il s’écrase sur la piste faisant de nombreuses victimes. A peine arrivé dans la capitale britannique, Iron Fist doit donc affronter le Ravageur qui semble manier les atomes de manière plus ou moins instable. C’est le début d’une longue série de batailles pour notre maître du Kung Fu.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Dans ces épisodes, Chris Claremont entraîne Iron Fist dans de multiples conflits et ancre Danny Rand dans notre civilisation. Si K’un L’un est encore bien présente dans le cœur du héros et dans les rencontres qu’il va faire tout au long de ces épisodes, Danny perd peu à peu l’envie de retourner dans la cité pour finalement se trouver mieux intégré dans le monde occidental que dans les épisodes précédents. L’écriture de Chris Claremont est intéressante puisqu’il raconte les aventures d’Iron Fist à travers les yeux de ce dernier, c’est Danny qui parle et qui nous livre ses sentiments, ses doutes et ses angoisses. Cette écriture offre une grande proximité avec ce personnage qu’on pourrait trouver un peu froid par ailleurs.

On démarre l’action à Londres, dans la patrie de naissance de John Byrne. Les épisodes mettant aux prises Iron Fist et le Ravageur devenu Radion sont intéressants à plusieurs titres. L’adversaire de l’homme au poing d’acier est un savant qui est, au départ, rempli de bonnes intentions puisqu’il veut pouvoir contrer une éventuelle catastrophe nucléaire mais un accident va faire de lui un homme atomique capable de détruire la capitale britannique. La prolifération de l’arme nucléaire est une grande préoccupation des années 1960-1970, rappelons que l’Inde procède à son premier essai nucléaire le 18 mai 1974 soit deux ans avant la publication de ces épisodes d’Iron Fist. La peur d’un accident ou d’une utilisation criminelle de cette arme est omniprésente et Claremont ne fait pas exception ici.

Iron_Fist_1Dans un autre ordre d’idées, les épisodes de Claremont et Byrne font écho à des problématiques politiques britanniques qui se manifestent à travers la rencontre entre Iron Fist et Alan Cavenaugh, un ex membre de l’IRA repenti après avoir fomenté un attentat ayant causé la mort de plusieurs personnes innocentes notamment des femmes et des enfants. La présence de cet Irlandais profondément marqué par son passé politique permet d’évoquer la lutte que mènent les Irlandais catholiques contre les Anglais protestants – le Bloody Sunday du 30 janvier 1972 est encore bien présent dans les esprits ainsi que ses conséquences avec des flambées de violence et des attentats de part et d’autre. Peut-on vivre avec un tel poids sur la conscience, peut-on se repentir, a-t-on droit à une seconde chance ? C’est là toute la question posée par le personnage d’Alan pour lequel Danny et Misty vont s’entre déchirer.

Si l’on veut continuer l’analyse sociale et politique de ces épisodes, évoquons la représentation d’une ville de New York endettée qui s’enfonce dans la criminalité, le grand banditisme et la drogue et dont les quartiers sont tenus par des gangs qui sont bien présents dans ces épisodes d’Iron Fist comme ces Tigres d’Or contre lesquels il va devoir lutter. A l’heure où parait le titre, la ville est plongée dans le noir dans la nuit du 13 au 14 juillet 1977 provoquant émeutes et pillages. Claremont se permet d’ailleurs une critique de la politique municipale lorsqu’il évoque Battery Park et l’ordre de priorité de la municipalité dans une ville surendettée et livrée à la pauvreté. Petite anecdote marrante : John Byrne lui-même se fait agresser dans la station de métro de Canal Street, située à la frontière de Chinatown, Little Italy et SoHo, des quartiers plutôt mal famés dans ces années 1970.

Dans un tout autre registre, le voyage londonien et l’accident d’avion qui envoie Misty Knight à l’hôpital nous permettent d’en savoir plus sur cette femme mise en avant par un Claremont adepte des personnages féminins forts en personnalité. Le look de Misty, coiffée d’une coupe Afro rappelant celle d’Angela Davis, s’inscrit dans la mouvance du Black Power dont l’héroïne porte la couleur noire. Elle est aussi la représentante des ces femmes qui s’émancipent et qui se revendiquent comme les égales des hommes : « en 1975, tout est possible » déclare-t-elle lors de son combat contre le Ravageur. Outre cette mise en avant d’une femme noire combattante, Claremont développe les origines de Misty et explique sa mutilation ainsi que l’existence de son bras bionique. Au fur et à mesure des épisodes, la relation entre Danny et Misty va se densifier mais on est loin de la romance apaisée. Dans Iron Fist #13, les deux personnages vont se heurter violemment et se séparer fâchés puisque Danny restant fidèle à son ami Alan Cavenaugh, un ex membre de l’IRA tandis que Misty ne peut comprendre qu’il tende la main à un ex « terroriste ». Là encore, Misty est loin d’être une femme effacée, elle refuse de mettre de côté ses convictions par amour, quitte à en souffrir. Les deux héros s’avouent enfin leur amour dans Marvel Team-Up 64 et forment ainsi un couple mixte symbolisant la lente progression des mœurs dans cette Amérique des années 1970.

Danny_Misty_kiss

Si l’on doit évoquer d’autres personnages clefs entourant Iron Fist, comment ne pas parler de Colleen Wing avec laquelle Danny entretient une relation amicale ambiguë. Afin de sauver Colleen, victime de manipulation mentale, Danny opère avec elle une fusion mentale qui s’apparente presque à un viol, ce que Colleen suggère dans une discussion ultérieure. Cette fusion créé un lien indéfectible entre les deux personnages malgré le traumatisme subi par Colleen qui s’en guérit petit à petit. Là encore, Claremont sait écrire un personnage féminin fort, parfois impitoyable , sachant se relever après ses souffrances.

Ces individualités sont magnifiées par le trait de John Byrne qui gagne en maturité au fur et à mesure des épisodes et qui offre des personnages sexy et sensuels mais sans vulgarité. Le dessinateur est tout aussi à l’aise dans les scènes d’action mais reste encore très minimaliste dans ses décors. Ses personnages masculins gagnent en muscles et en puissance et certaines scènes sont vraiment superbes comme celle de Misty tenant un Iron Fist mourant qui rappelle une Pietà médiévale.

On en oublierait presque de parler des adversaires d’Iron Fist dont certains sont assez anecdotiques comme Boomerang ou d’autres déjà connus comme les Démolisseurs qu’on a l’habitude de voir combattre d’autres héros comme Thor ou Dents de Sabre. On conserve quand même de nombreux adversaires maîtres des arts martiaux pour rester dans la thématique du héros, notamment son plus féroce opposant venu de K’Un L’un qui manque de tuer Iron Fist, le poussant ainsi dans ses retranchements. Ces épisodes font également appel à d’autres héros phare de Marvel comme Captain America ou Spider-Man dont les fans auront ainsi l’occasion de découvrir Iron Fist. Le Marvel Team-Up 31 qui clôture ce volume voit d’ailleurs la première alliance entre Iron Fist et Spider-Man dans une aventure rappelant la nouvelle de F. Scott Fitzgerald, l’étrange histoire de Benjamin Button, puisque l’adversaire des deux héros vit sa vie à l’envers dans une aventure plutôt triste au fond. Dans Iron Fist #15, le dernier de la série, Claremont et Byrne s’amusent à opposer Iron Fist et les X-Men à la suite d’un quiproquo dans un récit plein d’humour. Jean Grey est, en effet, la colocataire de Misty Knight. C’est aussi l’occasion pour Claremont d’évoquer, sur un ton léger, l’amour que Wolverine porte à la belle rouquine.

Iron_Fist_15

Enfin, les amateurs de la série Iron Fist sur Netflix reconnaîtront des personnages secondaires de la série comme l’avocat Jeryn Hoggart qui n’est pas ici une belle femme mais un homme bedonnant ou les membres de la famille Meachum, même si, ici, Ward et Joy Meachum ne sont pas frère et sœur mais oncle et nièce.

On peut vraiment regretter que Claremont et Byrne aient dû cesser leur travail sur Iron Fist car ils ont su donner une épaisseur au personnage principal mais aussi une vraie place aux Filles du Dragon que sont Misty Knight et Colleen Wing, représentatives d’une Amérique en pleine mutation, donnant une place nouvelle aux femmes et aux minorités. Cependant, ces épisodes restent une référence encore aujourd’hui, source d’inspiration pour les auteurs de comics et de séries.

Alors, verdict ?

Evidemment, on est loin ici des menaces cosmiques, d’une apocalypse mettant en scène des dizaines de héros dans des bagarres épiques mais on suit avec grand plaisir l’évolution personnelle d’Iron Fist qui prend pied, petit à petit, dans cet Occident qu’il avait quitté étant si jeune pour se retrouver à K’Un L’un. Iron Fist apprend le combat urbain, les rixes contre des adversaires bien loin du Kung Fu mais se trouve finalement toujours ramené à ses origines et aux arts mystiques. Ce volume est aussi l’occasion de voir Claremont développer des relations personnelle fortes entre ses personnages qui ne sont pas uniquement des machines à cogner mais dont les sentiments comptent réellement et ont un rôle majeur dans le récit.

L’écriture vive et sensible de Chris Claremont, associée au trait dynamique et sensuel de John Byrne, voilà de quoi faire de ce volume d’Iron Fist un très beau titre qui reste intemporel, même s’il s’inscrit dans les problématique de son temps.

Sonia D.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. wildstorm dit :

    Avec pas mal de rééditions que ce soit en France ou aux States, c’est un peu l’année John Byrne à notre plus grande joie 🙂 Je suppose que tu as regardé également avec grand intérêt les 13 à 14 planches (la suite en cours) de ses X-men Elsewhen…

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    1. Sonia Smith dit :

      C’est vrai que c’est une belle année pour les fans de John Byrne, j’espère bien sûr d’autres rééditions comme Alpha Flight par exemple et effectivement les X-Men elsewhen m’intriguent beaucoup 🙂

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