X-Men Extra, sauvé par les griffes

Fresh Start a commencé en France mais Comics Have The Power est toujours à la pointe de l’actualité en faisant le point sur les publications précédentes. Avec Legacy, Marvel montre qu’il relance l’univers des X-Men en multipliant les séries et les noms prestigieux des dessinateurs mais que trouve-t-on derrière ? Après X-Men (lien), voici venu le temps de ses suppléments X-Men Extra.

Un résumé pour la route

X_Men_Extra_1Ces revues rassemblaient trois séries :

Astonishing X-Men est scénarisé par Charles Soule (Death of Wolverine, Daredevil, Letter 44) mais chaque épisode était dessiné par un artiste différent souvent une grosse pointure comme Carlos Pacheco (Captain America, Uncanny X-Men), Mike del Mundo (Thor, Avengers), Phil Noto (X-Men Origines) ou Ron Garney (JLA, Silver Surfer).

A l’occasion d’une attaque du Roi d’ombre à Londres, différents X-Men s’agglomèrent pour former une équipe et tenter de sauver Xavier.

– Weapon X est écrite par Greg Pak (Generations, Hulk) et Fred van Lente (Marvel Zombies) alors que les dessins sont de Marc Borstel et Ibraim Roberson.

Weapon X rassemble différents mutants violents qui doivent tous une partie de leur pouvoir à une manipulation du complexe militaro-industriel. Ils sont rejoints par Warpath et Domino. Ils découvrent qu’un fanatique anti-mutant, le Révérend Stryker s’est associé à une scientifique sans morale. On a volé leur ADN pour créer des nouvelles sentinelles et un mélange entre Hulk et Wolverine, l’arme H.

Jean Grey est enfin écrit par Dennis Hopeless (Avengers Arena, All-New X-Men) et dessiné par Victor Ibanez (All-New X-Men) puis Alberto Alburquerque (Letter 44) que Sonia a eu la chance de rencontrer.

Jean Grey veut fuir le Phénix qui cherche à la posséder. Dans ce but, elle pénètre l’esprit d’Emma Frost.

Ces séries ont été publiées aux États-Unis par Marvel comics en 2017 et 2018 puis en France par Panini comics en 2018.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Astonishing X-Men

Les retrouvailles avec le Professeur Xavier s’ancrent bien dans la logique de Legacy – faire revenir des héros classiques mais l’équipe est composée de bric et de broc sans lien. Dans les revues précédentes, c’était pour moi une série peu intéressante. La grande ambition de départ s’est essoufflée avec la valse des dessinateurs. Marvel a voulu rassembler un all-star graphique d’une manière assez puérile – un artiste différent par épisode.

Le récit joue sur l’opposition entre le bien et le mal. Sur le plan astral, on voit la lutte entre la lumière positive de Xavier et la noirceur pessimiste du Roi d’ombre. La noirceur contamine Xavier par des plaques sombres sur sa peau. Une fois possédés, les hôtes répètent inlassablement « Délivre moi. » Le roi d’ombre supprime la douleur de l’ego ou de la vie en prenant le relais de la pensée. Il profite des déceptions ou de la douleur des plus faibles pour les dominer. Cela devient un virus qui se répand à Londres. Plus loin, affaibli, X relâche le Roi d’ombre de son esprit qui était resté caché. Le roi dit : « le bonheur est un leurre. La vie une horreur ». L’opposition devient moins binaire. L’équipe a besoin de la violence d’Archangel pour lutter contre le mal. Xavier est de plus en plus ambivalent. Le retour de Xavier inquiète plus qu’il ne réjouit les X-Men. Il convainc Fantomex de lui confier son corps en lui promettant de guérir sa folie. Ainsi Fantomex ne sera plus une mauvaise personne : il ne veut plus être l’espiègle voleur à la Arsène lupin alors que tout est mensonge. Il n’est même pas français. Ce compromis est moralement douteux mais je déteste Fantomex. Cela va peut-être lui donner enfin une personnalité. En possédant ce corps, Xavier et Fantomex deviennent X qui a un ego très développé. Il est désarçonnant de voir X réagir comme Magnéto. Psylocke est le leader de l’équipe et non X car personne n’a confiance en lui. X répare tous les membres de l’équipe puis les fait oublier. Seule Psylocke saura que Xavier est de retour. Il est un messie avec un autre rêve mais lequel ?

En purgeant l’esprit des londoniens du Roi d’ombre, X a créé un soleil vert. En consultant sa base de données du futur, Bishop constate que c’est l’élément déclencheur de l’Apocalypse Mindkiller mais ne sait rien d’autre… comme par hasard. Cela annonce l’arc à venir autour de Proteus. Selon X, Proteus veut installer le plan astral dans le monde réel et donc faire basculer le monde dans sa folie. On retrouve l’idée du mal qui se diffuse comme un virus. En fait, il a une vision démocratique – le plan astral livré à un seul homme est un enfer et donc il le donne à un village pour créer un « jardin d’Eden ». Pour lui c’est le rêve de Xavier réalisé. Comme dans tout blockbuster, il faut des ennemis et un enjeu gigantesque mais, derrière cette confrontation, les héros ne changent pas à part X. Logan est encore présent dans une équipe mais il ne sert à rien.

X_Men_Extra_2

Chaque dessinateur a une personnalité graphique très affirmée et souvent belle mais cette succession non seulement gêne le lecteur mais pose problème – que devient le travail en collaboration avec le scénariste ? Certains artistes sortent du lot. Ramon Rosanas termine son épisode par une belle image – Archangel sort de l’intérieur du corps d’Angel en déchirant sa peau et ses ailes. Dans l’épisode huit, Paulo Siquiera est bien moins talentueux – chaque personnage a une posture de top-model – bien que le sourire de X à la Joker soit assez inquiétant. Aco réalise les plus belles images psychédéliques – beaucoup de vert fluo, d’orange et de jaune – sur ce village livré aux libres passions de chacun. Tout est mis sur le dessin avec des méchants psychiques ce qui permet de ne pas être réaliste. On trouve des doubles pages complètement explosées sans aucun repère de perspectives à l’image de la réalité.

Weapon X

Bien que Weapon X soit une nouvelle série avec Logan – la quatrième ce qui fait bien trop – j’avais eu une heureuse surprise de la précédente relance. Le début m’a bien plu par les relations entre cette équipe restreinte de héros – Deathstrike, Logan, Dents de sabre, Domino et Warpath. De plus, le groupe a une vraie raison d’exister contrairement à Astonishing – ils ont tous été créés par des expériences et veulent barrer la route à Stryker.

Domino qui ne pense qu’à braquer des banques est très drôle. J’aime bien l’idée de ces suprématistes – le Révérend Striker et le Dr. Alba – qui recrutent de cobayes racistes. Stryker a sacrifié tout son corps pour devenir un cyborg. La fin pathétique de Stryker enfermé dans un bocal puis accroché à un réacteur nucléaire est aussi amusante. Bien que Greg Pak soit un spécialiste du Géant vert, j’ai senti jute le marketing dans l’Arme H ou Hulkverine – mélange de Wolverine et de Hulk. Greg Pak et Fred van Lente créent un récit d’action simple sans récits secondaires mais ils vont au bout de l’idée – créer un bon récit d’enquête et de chasse. Robbie Thompson écrit l’épisode onze et cet arc traîne en longueur.

Le nouvel arc se déroule à Santo Marco. C’est encore un début classique – l’Amérique du Sud comme l’espace de la corruption et la sauvagerie. On retrouve également la problématique de l’interventionnisme des États-Unis dans sa « chasse gardée d’Amérique du Sud » – Warpath veut aller jusqu’au bout et destituer le gouvernement pour assurer la sécurité du village de Mutants alors que les autres refusent d’agir à la place du peuple contrairement à X-Men. Un régiment de Nuke – des commandos américains, gonflés à la drogue, ont été chargés de tuer le président mais ont été corrompus, tuent les mutant pour le président et chef de l’armée alors que le Nuke originel est emprisonné. Comme dans Daredevil par Miller, Nuke est le symbole du nationaliste radical – gavé de pilules aux couleurs du drapeau américain, il est prêt à arracher la peau des autres pour leur enlever le drapeau. Selon lui, pour être un vrai soldat, il faut une mission, un but mais dans ses paroles il confond son pays et sa drogue. En effet, il est encore plus attaché à sa drogue à son sentiment de puissance et s’associe contre les mutants avec les commandos drogués. Nuke me semble une critique de Trump – un nationaliste blond décervelé et accro à la puissance. Les membres de Weapon X choisissent aussi d’utiliser les pilules. La fin l’emporte sur les moyens. Ce sont donc des drogués qui vont gagner. Dents de sabre distribue des drogues à tout le monde comme un prêcheur hippie et seuls les villageois refusent. Il est vraiment très étrange de lire cet hymne aux amphétamines.

X_Men_Extra_3

Weapon X est aussi une histoire sur la part monstrueuse du héros. Dans un épisode à part sans grand intérêt, on découvre qu’à chaque anniversaire de Logan, Dents de Sabre tente de le tuer. Il veut lui montrer quel monstre est Logan mais aussi qu’il reste le vrai monstre. Les deux sauvages finissent d’ailleurs le combat dans une antre de monstres mythiques qui m’a fait penser à Mignola pour les monstres sans l’originalité. Logan cherche des monstres pour occuper Dents de Sabre. L’arc suivant se passe en Russie – un autre espace géopolitique souvent présent dans les films d’action – qui refuse officiellement l’existence de mutants mais les enferme comme les homos en Tchétchénie. Weapon X se retrouve alors plongée avec Omega Red dans les intrigues de pouvoir entre des groupes de militaires russes – faut-il parquer les mutants ou non ? L’idée était intéressante mais les intrigues deviennent inutilement compliquées. Dents accepte d’aider Omega Red et donc le clan opposé aux mutants. En fait, il veut faire changer d’avis à Oméga qui est contrôlé par son frère général du S.H.I.E.L.D. Cependant, les personnages restent intéressants. Des tensions sur les limites morales se développent entre eux même en dehors de Dents de Sabre car Warpath est le plus altruiste alors que Yukio et Domino sont plus égoïstes.

Marc Borstel et Ibraim Roberson ont un style efficace et précis sur les visages dans une mise en page classique qui est encore enluminé par de jolies couleurs numériques. Yildiray Cinar prend le relais ensuite dans un style assez similaire avec quelques pages d’Andrea Sorrentino sur le futur antérieur de Logan.

Jean Grey

Je sais que cela risque de créer des tensions au sein de notre rédaction mais Jean Grey continue à me sembler sans intérêt. Je n’aime pas ce personnage d’une version adolescente qui ne peut faire oublier l’adulte. Dans les débuts de la série de Bendis, son refus de devenir l’adulte dont tout le monde lui parle était intéressant mais cela ne tient pas en solo. Le scénariste reste sur la même question sans rien apporter de neuf.  Dans le premier épisode, Jean se retrouve la période de Morrison. C’est distrayant mais au final sans aucun intérêt. Plus loin, Emma sauve Jean alors qu’elle est devenue une super vilaine. Hope Summers – encore un clone de Jean sans intérêt – arrive plus loin sans rien changer. La série est arrêtée en France pendant quatre mois c’est dire… Heureusement que la seule et unique Jean est revenue depuis.

Alors, convaincus ?

X-Men Extra est-elle la revue des séries annexes ? Si on s’en tient à Jean Grey – une série solo sans intérêt – et à Astonishing X-Men – un blockbuster visuellement agréable mais dans le fond très creux –, je pourrais dire oui mais Weapon X sauve la revue.

Thomas S.

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s