[Review] X-Men Legacy, les souvenirs peuvent-ils être modernes ?

Sur le site, nous avons déjà parlé de la dernière relance des revues X-Men et des débuts de Legacy. Alors que le Fresh Start vient juste de commencer, j’ai voulu faire le bilan des magazines précédents en commençant par X-Men.

Un résumé pour la route

X_Men_Legacy_1Ces revues rassemblent trois différentes séries. Reprenant le principe des années 1990, les équipes X-Men ont été divisées en deux :

X-Men Gold est la branche historique des X-Men avec Kitty Pryde, Colossus, Logan, Diablo, Tornade et des héros plus récents de passage. Kitty Pryde devient la leader d’une école installée à Central Park dans le centre de New-York. Dans la grande tradition des X-Men, elle va réunir les meilleurs éléments pour sauver les mutants et l’humanité tout en devant faire face à la haine raciste.

Cette équipe est créée par Mark Guggenheim (The Flash, Spider-Man) assisté de Leah Williams parfois mais hélas les dessinateurs se succèdent – Mike Mayhew (X-Men Origins, Avengers), Mark Lanning, Diego Bernard (Witchblade, X-O Manowar), Lan Medina (Fables), Ken Lashley (Suicide Squad, Rising Star), Alitha Martinez (Chroniques de Riverdale, Iron Man), Thony Silas (Batman Beyond, Venom), Paulo Siqueira et Jose Luis.

X-Men Blue rassemble la version adolescente des premiers X-Men. Le Fauve est retourné dans le passé chercher les premiers X-Men. Coincés dans le monde actuel par un paradoxe temporel, Cyclope, Jean Grey, Angel, Iceberg et Le Fauve ont été rejoints par le fils de Logan dans l’univers Ultimate et Bloodstorm une tornade vampire d’un univers parallèle. Basés à Madripoor, ils s’associent avec Magneto pour aider les mutants. Cullen Bunn (Unholy Grail, Avengers, Fear Itself) est au scénario et les dessinateurs sont Jorge Molina (X-Force, Thor) puis RB Silva (Superman).

Old Man Logan complète la revue. Dans un futur proche de Mad Max, Logan a massacré par erreur tous les X-Men. A l’occasion de Secret Wars, il s’est retrouvé dans l’univers courant de Marvel mais il est toujours rongé par le remord. Le scénario est d’Ed Brisson (Cable, Iron Fist) et les dessins de Mike Deodato Jr (Hulk, Iron Man).

Ces séries ont été publiées aux États-Unis par Marvel comics en 2017 et 2018 puis en France par Panini comics en 2018.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

La revue X-Men n’est pas une relance mais en lien avec la crise de Prestalis, la société de distribution de la presse en France, c’est le mode de diffusion qui change. On passe du kiosque à la librairie – avec une augmentation de prix. Ce changement marque la fin d’une époque.

Les revues démarrent par un crossover entre les deux séries X-Men. Hélas l’ennemi est Mojo qui cherche à conquérir la terre par l’audimat. Son Mojoverse, un domaine extradimensionnel et extratemporel, où l’audimat permet d’accéder à la puissance absolue était intéressant dans la série Longshot. Mais rien n’a été ajouté depuis sa création et on retrouve ici la critique de l’omniprésence des écrans comme des drogues – Mojo est sûr que le public ne peut s’empêcher de regarder les écrans. En effet, le public est scotché devant ce snuff movie. Tout commence par un grand classique – une partie de softball entre toutes les équipes. Sur le banc des spectateurs, le fils de Wolverine rencontre assez piteusement son père du futur. J’ai un profond malaise avec les fils ou les versions parallèles de héros Marvel. Selon moi, ils affaiblissent le personnage d’origine. Tout est interrompu par l’arrivée des obélisques dorés dans le ciel mais qui va diriger ? Jean Grey commence mais elle est dépassée par Kitty Pryde. Cette prise de responsabilité est touchante pour moi qui l’ai lu adolescente dans les années 1980.

Mike Mayhew réalise de jolies cases sur les obélisques enfoncés dans des carrefours peu connus de New-York. Mojo attaque la terre car il perd de l’audience. En effet, Longshot recherche aussi l’audience en créant son propre canal de résistance mais plus moderne proche de YouTube – il parle en abonnés et en vues. Mojo plonge les X-Men dans différentes périodes phares de leur histoire pour les faire combattre leurs pires ennemis – Géants de glace, Sentinelles et Démons :

  • Days of Future past
  • Alpha Flight et X-Men à Asgard
  • Inferno
  • Fatal attraction
  • X-Tinction Agenda
  • Avengers vs X-Men
  • La chute des mutants

J’ai trouvé ce choix amusant car à part une, on ne retrouve aucune période antéreure aux années 1990. Est-ce un souvenir des lectures adolescentes des scénaristes ? Plus loin, l’équipe Gold profite aussi d’une réinterprétation réussie des uniformes des X-Men. L’annual un d’X-Men Gold reconstitue Excalibur à la naissance de l’enfant de Meggan et Captain Britain. On retrouve le ton fun de ces épisodes. C’est amusant pour les nostalgiques de l’équipe mais je ne suis pas sûr que les autres lecteurs s’amusent. Tous ces éléments est à la fois un hommage au passé des mutants mais cela pose question – peut-on encore créer du neuf ? Ce débat est je crois présent dans le récit. Logan dit « Quelqu’un essaie de nous tuer avec de la nostalgie ? » Pour Mojo, ce n’est pas la nostalgie mais un héritage. Son centre de contrôle est une bibliothèque de moments importants des X-Men – avec surtout les morts.

Cullen Bunn s’en sort aussi bien pour les épisodes d’X-Men Blue si bien qu’on ne voit presque pas le changement de scénariste entre les séries. Il ajoute plus d’obélisques pour montrer la puissance de Mojo dans une logique du toujours plus. Ils terraforment la terre en mojoverse. Par contre, les dessins de Jorge Molina sont trop cartoon malgré une belle mise en page. La fin de crossover est plutôt bien menée – l’impulsion électromagnétique conjointe de Magnéto père et de sa fille Polaris grille le réseau télé de Mojo. Pryde s’affirme comme le leader de tous les groupes. Elle fanfaronne en montrant à Magnéto que le secret de sa mort est éventé devant les caméras du monde entier. Les X-Men adolescents s’affirment aussi car ils refusent son leadership et restent avec Magnéto. Longshot par contre s’en sort très mal. Il doit retourner le Mojoverse pour retrouver ses abonnés – il semble lui aussi accro ou décide-t-il de s’infiltrer dans le système médiatique pour éduquer le peuple à la démocratie comme il le dit ? Assez banalement, Mojo n’est pas mort mais, coincé sur Terre et peut créer sa propre chaîne.

X-Men Gold

X_Men_Legacy_2

Avec Guggenheim, j’ai retrouvé les épisodes tel que Claremont les faisait – les mutants insultés par des racistes cachés dans les médias mais aussi des histoires d’amour entre les équipiers comme les mots tendres entre Kitty et Piotr pendant le combat. Mais, par une image sur la foule qui les soutient, Guggenheim est plus optimiste – ou reflète-t-il l’actualité les mouvements antiracistes ou féministes ? C’est un bon scénariste d’action et de personnages même si je ne vois pas bien ce qu’il veut dire. J’adore la composition restreinte de l’équipe. Rachel est un personnage bien développé. Elle s’était construit une solidité morale mais elle a poussé trop loin son pouvoir. Son esprit se fragmente et elle a des flashs de son passé de chien de chasse. Elle retrouve ses marques faciales de chasseur et change donc de costume. Sa relation avec Diablo est aussi intéressante. L’humour entre équipiers m’a fait sourire. Kitty et Piotr sont perdus dans une tempête de sable mais le Colosse est le plus faible. J’ai aussi été ému par la demande en mariage de Kitty. Il y a beaucoup de dialogues sur les stratégies qu’elle met en place lors des combats et comment Kitty s’affirme ou doute. Guggenheim réussit très bien à en faire une femme forte.

Comme Claremont, il tient bien les lignes narratives anciennes. Des personnes d’une autre dimension viennent chercher leur seigneur Kologoth, ancien membre de la Confrérie des Mauvais Mutants, qui est en fait un dictateur sanguinaire de la zone négative. Kologoth est en couple avec son ancien professeur. Cela change de lire que le gay est le méchant mais son but est banal – utiliser le dieu Scythian pour se venger en ravageant l’ensemble de la planète. Diablo et Pryde étant faits prisonniers, un groupe de secours se constitue et arrive au milieu d’un combat.  Les héros commencent par choisir le mauvais camp. Faut-il prendre parti pour sauver ses amis ? Cela provoque un débat entre Tornade qui refuse et Wolverine qui est prêt à toutes les compromissions. Le problème moral devient plus complexe quand Kologoth est prêt à livrer les prisonniers pour ne pas voir les X-Men intervenir. Doit-on aider à renverser le tyran quand on n’a aucune raison d’être là ?

La question de la mort des héros revient souvent – les images dans le centre de contrôle de Mojo, le coma de Rachel, la résurrection de Diablo. Ce dernier prend le risque de phaser sans savoir où il va. Il s’enfonce dans une statue mais ne pourrait plus mourir. Par contre, le récit a des problèmes de rythme et les dialogues sont convenus – Blue Marvel : « Qui que vous pourchassiez, ils peuvent trembler ». De plus, la logique d’en rajouter toujours plus rend forcément les ennemis de départs faiblards – une statue devient un dieu géant mais il a suffi aux X-Men de remorquer le dieu jusqu’à un vortex. De retour, leur vaisseau s’écrase sur une planète désertique et les sépare. Cet épisode de survie apporte un peu plus de tension. Tornade est perdue car elle ne contrôle pas le temps comme dans l’intégrale X-Men 1993 (III).

Revenus sur Terre, on découvre l’origine de la Confrérie des nouveaux mutants créée par Mesmero en début d’arc alors qu’ils sont emprisonnés. J’ai bien aimé ce récit qui creuse le plus les personnages et le fait changer. Le nouveau Pyro a brûlé son lycée. Mesmero est subventionné par la leader anti-mutante Lydia Lance et transforme la réalité en faisant passer les X-Men pour des brutes dangereuses. Au lieu de fuir et de tout oublier, les héros se laissent arrêter et Miss Hulk les représente en justice. On bascule alors dans une série de prison pour hélas un unique épisode avec la difficile acclimatation des héros dans un monde de truands. Tornade est tellement traumatisée par l’enfermement qu’elle appelle le marteau donné par Loki. Pendant ce temps, Malicia et Iceberg reviennent pour diriger une nouvelle équipe. Le dieu de la zone négative arrive sur terre pour se venger et Meggan et Captain Britain interviennent à Paris. Magic et Tornade font sortir l’équipe d’origine libérée pour sauver la Terre. En une seule action, ils stoppent le dieu et leur dévouement fait annuler au Sénat la loi sur l’enregistrement et la déportation des mutants. Cette fin trop rapide crée une équipe de seize X-Men.

La valse des dessinateurs souvent assez convenus pose aussi problème. A partir de l’épisode dix-sept, il y a encore un nouveau dessinateur – Ken Lashley. Comparé à Diego Bernard, son style se compose de beaucoup des lignes géométriques mais, plus nombreuses, elles évitent la caricature des visages. Il opte pour un joli choix du fond de case – souvent vide mais des effets de matières. Alitha Martinez a un style classique et réaliste qui m’a fait penser aux années 1980 avec les visages expressifs et les proportions respectées.

X-Men Blue

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Il faut tout d’abord souligner les superbes couvertures d’Arthur Adams. J’avais bien aimé les débuts de ce retour d’X-Men ados même si j’avais ensuite moins accroché. Cette équipe est un peu celle de clones du passé ou de l’univers Ultimates. A cause de leur voyage dans temps, la réalité s’effondre. Ils veulent rentrer chez eux. Ces sauts dans le temps sont l’occasion de rendre hommage à toutes les séries parallèles des X-Men.  Les X-Men d’origine arrivent en 2099 où ils rencontrent les X-Men du futur. J’avais bien aimé cette série à l’époque mais ils ne sont ici que des faire-valoir. Ensuite ils basculent sur les années 1990 avec Génération X ce qui provoque un énième combat entre héros sur un malentendu. À chaque fois, les autres équipes d’X-Men sont en bout de course. Dans le passé les X-Men d’origine auraient tué Magnéto. En fait, c’est la Confrérie du futur créée par Bendis – dont je n’ai jamais vu l’intérêt – qui a réécrit le passé. Revenus dans les années 1960, les X-Men Blue obtiennent l’aide de tous les héros rencontrés précédemment. Ils ont trop changé et ne peuvent revenir à l’origine – comme un ado constate qu’il ne peut redevenir un enfant car il a changé.

Le problème de ces jeunes c’est qu’aucun scénariste ne sait quoi en faire. Les aventures successives sont agréables mais cela ne mène à rien comme Le Fauve : tout le monde a peur qu’il retombe dans la magie mais on n’en a rien fait. Magnéto est le personnage le plus maltraité des séries récentes. Il était le sous-fifre de Cyclope et paraissait le tempérer. Ensuite, dans Uncanny X-Men il devenait un chef radical à la X-Force. Sans aucune cohérence, il devient le leader des jeunes mutants comme un successeur de Xavier. J’ai aussi eu beaucoup de mal avec les dessins de Thony Silas qui rend impossible de s’intéresser au scénario – des visages triangulaires et des nez hyper pointus, les héros ont des postures comme des top-model. RB Silva qui le remplace, est plus facile à lire.

Dans le crossover avec Venom, Cullen Bunn écrivait les deux séries ce qui facilite la liaison mais il y a, à nouveau, quatre dessinateurs pour cinq épisodes : Edgar Salazar, Jacopo Camagni, Ario Amindito et Allen Martinez. Le lien entre les deux séries se fait par les Starjammers. Ils sont attaqués par des symbiotes alors que Scott parle avec son père. Avec le soutien d’Eddie Brock, ils partent dans l’espace pour les secourir. Couplés par accident avec des symbiotes, les X-Men profitent d’un joli design.

L’équipe blue ressemble de plus en plus à X-Force avec un groupe pro-actif – Magneto pourchasse le Club des Damnés. Ils veulent lâcher un virus le Mothervine qui quadruplerait la population mutante. Pitié non ! Il y en a déjà trop. Mais Sebastien Shaw est touché par des contre-indications du mothervine et demande pitié à Magnéto. Miss Sinistre venue de l’univers Ultimates a recruté de Nouveaux maraudeurs – Malice, le Crapaud et des X-Men dévoyés venus d’Ultimates. On nage encore en plein souvenirs. L’action s’accélère et tend enfin le récit. Ce récit n’est pas parfait. Polaris s’échappe de Malice trop facilement. Havok méchant depuis Axis me navre – Cyclope ne suffisait pas ? Magnéto tient tête seul à tout le Club. En urgence, une nouvelle équipe se réunit – Xorn, Daken et la mutante de Madripoor en plus alors que les jeunes X-Men sont perdus dans l’espace pleurant la perte de Jean.

Old Man Logan

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La série vaut surtout pour les intéressants dessins de Mike Deodato Jr. Les rues et les immeubles sont comme une copie de la réalité. Les scènes d’action sont dynamiques et logiques. Un plus grand dessin, pas toujours au centre, organise la page. La composition est inversée : il dessine une pleine page puis insère la grille. Une couleur domine chaque page mais dans quel but ? J’ai juste regretté que les visages soient petits et ressemblants. Ibraim Robertson qui arrive ensuite est moins marquant.

Ed Brisson ramène Logan au Japon pour un récit d’action et de guerre entre clans mafieux. La société Yoshida a créé le Regenix – un sérum auto- guérisseur. Elle est dirigée par Shingen, neveu de Mariko et nouveau samouraï d’argent – un ado gâté qui tue sans remord. Il est tué par un agent de la Main qui lance une OPA sur le clan Yoshida avec le samouraï pourpre mais Gorgone le chef de la main est transparent. Mariko, l’ancien amour de Logan est ressuscitée pour devenir le Samouraï pourpre. Pas si décédé, Shingen s’allie avec Logan et ils se débarrassent trop vite de la Main. Mariko et Logan arrivent à Madripoor récupérer pour le regenix. Comme les autres scénaristes, le récit revient sur des lieux de mémoire de la période glorieuse des mutants.

Alors, convaincus ?

Au final, j’ai bien aimé cette période même si ce n’est pas parfait. Ai-je trop lu les X-Men ? Les épisodes d’X-Men Gold sont très agréables à lire même si ce n’est pas original et qu’ils manquent aussi de tension. Dans Old Man Logan, je n’étais pas trop fan du style de Mike Deodato Jr mais sa jolie organisation de la page m’a charmé. C’est un bon polar dans l’enquête et la lutte des clans. X-Men blue est par contre sans intérêt.

Thomas S.

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