[review] Hellboy et BPRD 1955

Hellboy donne lieu à de nombreuses séries dérivées mettant en scène le démon cornu ou certains de ses acolytes. Avec Hellboy et BPRD, on suit les aventures du personnage fétiche de Mike Mignola, année par année à partir de 1952. Ces aventures annuelles sont plutôt bienvenues pour enrichir notre connaissance des personnages dans un contexte donné.

Un résumé pour la route

Hellboy_BPRD_1955_1Hellboy BPRD 1955 est coscénarisé par Mike Mignola et Chris Roberson et illustré par Shawn Martinbrough, Brian Churilla et Paolo Rivera. On retrouve Dave Stewart à la couleur. Le titre est publié aux Etats-Unis chez Dark Horse Comics et en France chez Delcourt en 2019.

Mars 1955, deux membres du BPRD,  Hellboy et Woodrow Farrier, docteur en biologie de l’Université de Chicago, se retrouvent dans l’Oregon. Un fermier a signalé une bête surnaturelle qui semble avoir décimé son troupeau. Ce périple au coeur des Etats-Unis n’est que le début d’une longue série d’enquêtes qui emmène Hellboy des îles Marshall au fin fond de la Floride et le voit affronter des créatures de l’Au-Delà ou des animaux victimes d’expériences atomiques.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Hellboy_BPRD_1955_2L’idée de situer les aventures d’Hellboy dans une année précise est, à mon sens, particulièrement intéressante car cela permet de placer des éléments de contexte historique tout en faisant progresser l’histoire et la connaissance des personnages principaux, qu’il s’agisse d’Hellboy ou de ses comparses du BPRD.

1955 est, de plus, une année particulière pour les droits des Noirs aux Etats-Unis, la présence de Woodrow Farrier, jeune biologiste noir aux côtés d’Hellboy n’est pas anodine. Dans le premier récit, un paysan de l’Oregon appelle le BPRD pour enquêter sur la mise à mort de son troupeau par une créature surnaturelle. Alors que l’homme ne paraît pas perturbé par la présence d’un démon rouge, il fait preuve d’un racisme primaire envers Woodrow. Cette attitude hostile s’inscrit dans le contexte de la décision de la Cour Suprême en 1954 de mettre fin à la ségrégation dans les écoles puis de la mort d’Emmett Till, assassiné le 28 août 1955 dans le Mississippi. 1955 marque aussi un tournant avec la résistance passive de Rosa Parks qui, le 1er décembre, refuse de céder sa place à un blanc dans un bus de Montgomery.

Ce contexte est certes bien présent mais il n’occulte pas la lutte du BPRD contre des forces démoniaques, bien au contraire. Cette première aventure reste dans la veine des récits de Mignola et garde un caractère surnaturel très marqué, accentué par le trait à la fois réaliste et puissant de Shawn Martinbrough et la colorisation de Dave Stewart. Le récit marque enfin la très bonne entente d’Hellboy et Woodrow face à un monde hostile fait de démons et de racistes.

L’aventure suivante conduit Hellboy et sa bande sur les îles Marshall. Là encore, la connaissance du contexte historique permet d’apprécier encore davantage ce récit. En effet, les îles Marshall sont envahies par les Etats-Unis en 1944 et passent sous leur tutelle en 1947. C’est le champ d’expérimentation idéal pour des essais atomiques, qui plus est dans un contexte extrêmement tendu avec la Chine communiste. Cette histoire explore donc les conséquences désastreuses de l’atome sur la faune locale, évoque les peurs de la Guerre froide avec la présence d’espions soviétiques et d’agences agissant toutes dans l’ombre en se faisant parfois concurrence. D’autres intrigues secondaires se mettent en place. J’ai beaucoup aimé le style de Brian Churilla sur ce récit, un style moins classique que celui de Shawn Martinbrough, plus dynamique rendant les personnages plus mystérieux et intrigants.

Hellboy_BPRD_1955_3Enfin, ces aventures d’Hellboy nous ramènent aux Etats-Unis avec une histoire se déroulant au cœur de la Floride afin d’évoquer les Séminoles, un peuple composé d’agrégats de tribus indiennes auxquelles sont venus s’ajouter d’anciens esclaves noirs en fuite. Ces Séminoles ont donné tellement de fil à retordre à l’armée américaine qu’ils ont été surnommés « le peuple invaincu ». C’est donc contre l’esprit des Séminoles que le groupe d’Hellboy doit lutter, rappelant les souffrances subies par ce peuple au cours des siècles de guerres avec les envahisseurs blancs. C’est Paolo Rivera qui se voit confier l’illustration de ce récit et son style fonctionne parfaitement en accord avec l’excellent Dave Stewart à la couleur.

Alors, convaincus ?

Ces aventures annuelles d’Hellboy et du BPRD sont une vraie bonne idée. Elles ne sont certes pas indispensables mais si vous êtes un mordu du diable cornu, vous y prendrez un vrai plaisir. Les différents récits restent dans une veine ésotérique que les fans connaissent bien et apprécient et entrent en résonance avec le contexte politique et social de l’époque de manière harmonieuse. C’est exactement ce que j’aime retrouver dans les comics : une histoire prenante, des personnages attachants et un contexte qui enrichit le propos.

Autre point positif : le travail d’édition avec un volume soigné dans lequel on trouve également un très beau sketchbook dans lequel les artistes expliquent leur manière de travailler et c’est passionnant.

Sonia D.

 

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. YRADON - YourReadingsAreDoomed...OrNot dit :

    Encore un article qui me donne envie d’acheter un comics. 😉

    J'aime

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