[review] Kill or be Killed tome 4

Voici une sortie que je redoutais autant que je l’attendais car ce tome 4 de Kill or be Killed marque la fin de l’aventure de Dylan, personnage ambivalent et terrible né de l’imagination d’Ed Brubaker. Il fallait, pour cette série dense en émotions, une conclusion à la hauteur, tant la tension était montée tout au long du volume précédent.

Un résumé pour la route

kill_Or_Be_Killed_4_1Kill or Be Killed tome 4 est scénarisé par Ed Brubaker et illustré par Sean Phillips. On retrouve Elizabeth Breitweiser à la couleur. Ce volume reprend les épisodes #15-20 sortis aux Etats-Unis chez Image Comics. En France, le titre sort chez Delcourt en 2019.

Après avoir tenté de se suicider, Dylan passe un marché avec un démon qui lui propose d’assassiner un salopard tous les mois pour gagner le droit de survivre. Après les révélations à propos de son père et de son frère, Dylan est plus perturbé que jamais. Il est désormais dans un asile psychiatrique après avoir frappé son voisin. Tandis qu’il lutte encore avec le démon qui l’enjoint de continuer à tuer, Dylan apprend qu’un autre meurtrier sévit sous son identité. Le démon a-t-il trouvé un autre allié ?

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Ce quatrième volume s’ouvre sur une réflexion philosophique générale : l’être humain, trop occupé à survivre au jour le jour, n’a plus assez de recul pour tenter d’améliorer le monde et, lorsqu’il ouvre les yeux, la catastrophe est déjà imminente. Ed Brubaker met tout de suite son lecteur dans l’ambiance et profite pour glisser un constat général peu réjouissant : rien ne va plus et personne ne peut plus y remédier. Tel semble d’ailleurs être le cas pour Dylan qui se retrouve dans un asile psychiatrique. L’auteur reprend sa technique habituelle du flashback pour expliquer la situation présente de son personnage. Le lecteur se dit d’ailleurs très vite que Dylan est peut être enfin à sa place, entouré de médecins à même de le soigner si on part du postulat que le démon qui lui dicte ses actes n’est qu’une émanation de lui-même, mais, comment en être totalement sûr ?

Kill_or_be_killed_3Encore une fois, Brubaker s’amuse à perdre son lecteur et torturer son personnage. Dylan est enfermé dans ses soucis qui l’empêchent de profiter de sa vie de couple, il ne sait plus démêler ce qui est réel ou pas et ne sait pas plus que nous si le démon qu’il voit partout existe ailleurs que dans son imagination. Cela provoque un récit anxiogène, dans lequel le scénariste sait très bien faire ressentir au lecteur les angoisses de Dylan. On tourne en rond dans sa tête et on ne sait comment en sortir. En pleine introspection, Dylan ne sait plus faire les choses simplement et l’amour des siens ne parvient pas à le sortir de son mal-être. Il est tellement perdu qu’il en devient violent ce qui provoque son hospitalisation. Dylan est-il schizophrène ou tout simplement hyper sensible aux injustices qui parsèment notre quotidien. Alors qu’il tente de se reconstruire, l’horreur le rattrape entre les murs de l’hôpital sous les traits anodins d’un aide-soignant pervers.

On se pose encore une fois la question : les actes de Dylan, soufflés ou non par un démon retors, sont-ils pires que ceux des humains que nous croisons tous les jours. Est-il plus terrible de tuer des mafieux ou des pervers que de les laisser agir en toute impunité ? Dylan est-il un malade mental ou un justicier qui pallie l’insuffisance de la justice des hommes. Brubaker met encore une fois son lecteur face à lui-même : comment supporte-t-on la laideur du monde qui nous entoure ? En choisissant de s’étourdir, de détourner le regard ? Dylan est certes un meurtrier, mais c’est aussi un être blessé par la souffrance des autres, par l’indifférence face au mal qui ronge la société. Cette introspection que nous propose l’auteur est proprement glaçante, d’autant plus que Dylan se rend compte qu’il a généré un imitateur qui n’a pas ses scrupules : alors qu’il ne tue que des criminels, son émule tue n’importe qui. Tout tourne au fiasco et la croisade de Dylan perd peu à peu son sens. Mais l’imitateur est lui aussi victime de névroses qui le conduisent à une lecture fasciste du monde qui l’environne.

Kill_or_be_killed_2Ed Brubaker est aussi bon lorsqu’il se lance dans un récit policier que quand il explore les tréfonds de l’âme humaine loin de tout manichéisme. Il montre les dégâts causés par une dépression profonde qui prend les traits d’un démon et entraîne son personnage dans la pire déchéance tout en nous le rendant attachant. L’auteur tente de nous faire comprendre son personnage sans porter de jugement sur lui. Brubaker est plus sévère toutefois sur l’état de la société : violente, individualiste et indifférente et pose un constat simple : « ce monde tombe en ruines ». C’est ce monde qui fabrique des Dylan. La conclusion du récit est d’ailleurs dans la droite ligne de ce propos, d’une grande force et d’une profonde évidence.

Sean Phillips ne change pas sa narration et reste sur le principe efficace des volumes précédents, alternant phases d’action urbaines d’une grande densité et planches d’introspection réalistes et inquiétantes. Soulignons à nouveau la qualité du duo formé avec la coloriste Elizabeth Breitweiser. Cette dernière souligne l’aspect d’enfermement subi par Dylan avec des jeux de clair-obscur d’une grande justesse. La noirceur envahissante du démon est également très angoissante. Ce titre est une vraie réussite graphique, chaque ambiance étant retranscrite avec vérité, qu’il s’agisse de l’univers aseptisé de l’hôpital ou des rues aussi encombrées que l’esprit de Dylan.  On trouve même un étonnant hommage à Stan Lee puisqu’un des enquêteurs se voit affublé de ses traits et de son prénom.

Alors, convaincus ?

Kill or be Killed est décidément un des titres qui m’ont le plus marquée ces derniers mois. On peut se dire qu’on a affaire à l’histoire d’un méchant, Dylan étant objectivement un meurtrier. Ed Brubaker propose à son lecteur d’aller plus loin dans l’analyse et de comprendre comment son personnage en est arrivé là. En outre, l’auteur ne donne jamais réellement la clef du mystère, le lecteur pouvant décider à son gré si le démon de Dylan existe en tant qu’entité ou s’il n’est qu’une partie de la psyché complexe de son héros. Ed Brubaker propose de nous conter l’histoire d’un homme dépressif en quatre tomes sans jamais le juger. Dylan est la résultante de ses propres troubles mais il est aussi le symptôme d’une société malade qui s’enfonce peu à peu dans l’autodestruction. Kill or be Killed n’est pas un titre gai mais un titre d’une grande justesse confirmant les extraordinaires qualités d’écriture de Brubaker tout comme les talents d’illustrateur et de coloriste de Sean Phillips et de sa comparse Elizabeth Breitweiser.

Sonia D.

 

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