[Review] Les Archives de la Suicide Squad (tome 1)

Il suffit parfois d’un bon coin pour déclencher un article. En l’occurrence, une annonce sur ce site qui m’a poussé à acheter les trois premiers volumes des Archives de la Suicide Squad puis de vous en parler. Embarquez avec moi en mission.

Un résumé pour la route

Ce volume contient les épisodes Suicide Squad 1à 16, Secret Origins 14 et 28, Doom Patrol/Suicide Squad 1 et Justice League International #13 qui ont été publié aux États-Unis par DC entre 1987 et 1988 puis en France par Urban comics en août 2016

Les scénaristes sont John Ostrander (Union JackThe Spectre) pour la série principale avec Paul Kupperberg (Wonder WomanThe Checkmate) pour le crossover avec la  Doom PatrolRobert Greenberger (Superman, Star Trek), Keith Giffen (52Legion of Super-Heroes) et J.M. DeMatteis (Spider-ManX-Factor) pour la Justice League. Les dessinateurs sont Luke McDonnell (Iron ManJustice League) pour la série principale mais aussi Erik Larsen (Savage DragonSpider-Man) pour la Doom Patrol, Keith Giffen pour la Justice LeagueRob Liefeld (Captain AmericaX-Force).

Pour protéger la sécurité du monde libre mais surtout les intérêts des États-Unis, l’agent spécial Amanda Waller met en place un groupe secret agissant en dehors des règles dans et hors des États-Unis. La particularité de ce groupe est d’être composé de super-vilains. Ils acceptent les missions les plus dangereuses en échange d’une remise de peine… s’ils s’en sortent.

On en dit quoi sur Comics have the power ?

Comme l’indique le sommaire, ce volume rassemble les débuts de la nouvelle Suicide Squad. Il manque cependant leur première apparition dans la série Legends de John OstranderLen Wein et John Byrne. Le premier épisode montre bien qu’il a existé d’autres groupe portant ce nom. Au départ, ce sont des militaires, des têtes brûlés ayant des problèmes avec la discipline, piégés sur une île peuplée de dinosaures. Une nouvelle équipe arrive dans les années 50 plus axé sur la lutte contre les criminels. Une personne Flag fait le lien entre cette équipe et la nouvelle Suicide Squad. Dans la première version, il semblait représenter le nationalisme par son nom (drapeau) et les interventions du groupe pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée. Cet épisode est aussi un voyage dans les comics car l’équipe suit les modes : les récits de guerre, les polars, le pulp… Après cette introduction, j’ai eu le sentiment de plonger dans les efficaces films d’action de l’époque. Le premier épisode démarre par une fausse attaque terroriste de super-humains contre Air force One. On découvre ensuite la composition de l’équipe qui devra agir lors d’un briefing puis leur équipement dans la prison de Belle Reve. La série est violente et donc plus réaliste sur les combats : lors de l’attaque terroriste, un maire poignardé et des cadavres gisent de l’aéroport. Les surprises sont très nombreuses par les rebondissements mais aussi car les opérations suivent rarement le plan prévu. C’est vif et tendu mais le lecteur tient par la force des personnages. Alors qu’elle n’est jamais dans l’action, Amanda Waller est très réussie. Elle est un chef impitoyable qui utilise les autres sans pitié pour changer le monde. L’encadrement est assuré par deux personnages positifs : le colonel Rick Flag et l’ancien héros Tigre de Bronze. Il y a également dans le premier épisodes deux agents surprises : Nightshade et Némésis.

Cette cohabitation entre des agents de l’Etat et des criminels pose la question morale du bien et mal : le président Reagan hésite à accepter le programme Suicidal Squad mais Waller froidement machiavélique le convint. Création d’Ostrander, Amanda Waller est une femme forte. Son absence de pitié impressionne. Elle recrute des criminels mais elle se moque de leur survie ou des conséquences de ces missions suicides sur leur santé mentale. Elle n’est qu’efficacité : elle fait équiper chaque nouveau membres ou les plus versatiles ont un bracelet qui explose s’ils s’éloignent trop du commandant. Waller confrontée à ses limites morales en fin de volume quand le président lui demande de truquer une élection. A l’opposé Flag veut faire respecter des règles morales mais dans sa vie personnelle il a abandonné sa compagne en dépression. Cette question concerne aussi les pratiques de l’Etat, car lors de la visite de la prison, on découvre qu’un extraterrestre est mis en coma artificiel car il se nourrit des êtres vivants autour de lui. Venant de lire Stormwatch, je vois beaucoup de lien entre les deux séries : Waller est le Weatherman et la question de la justesse des actions.

La lecture est aussi tendue car, à chaque mission, une partie de l’équipe ne revient pas. Le lecteur a un plaisir malsain de parier sur les victimes. Ce principe fait également qu’il y a une valse de personnages. Je me demande si ce n’est pas plus un moyen de se débarrasser d’ennemis démodés ou ridicules plus que de les remettre en lumière. La tension existe aussi par les tensions à l’intérieur de l’équipe. Ce ne sont pas juste des désaccords comme les équipes de héros ou héroïnes mais les membres n’ont aucune patience et se haïssent : Captain Boomerang un collègue abusif. Le paradoxe c’est qu’avec le succès des ventes de la séries, certains méchants deviennent populaires : Captain Boomerang – et ne sont donc plus sacrifiables. Je pense aussi que cette présence continue d’une base de personnages était nécessaires pour que je m’attache. On peut le voir dans le crossover avec la Doom Patrol car le récit ne fonctionne pas quand une équipe toute neuve disparaît. Deadshot est l’envers de Flag car il est prêt à tuer pour s’en sortir. Captain Boomerang est le plus drôle par ses défauts. Il est râleur, misogyne et obsédé. Il n’a aucune pitié en mission pour ses adversaires mais également pour les autres membres de l’équipe si bien qu’il est très rapidement détesté par l’ensemble de l’équipe. L’ancien héroïne de la Justice League Vixen, ayant tué un baron de la drogue se croit obligé de travaillée avec des criminels. Mais, en fait, tous ont un problème psychologique : les criminels bien entendu mais également Flag aurait un comportement suicidaire et la programmation mentale du Tigre serait si forte qu’il pourrait redevenir méchant. L’Enchanteresse est la plus fragile car June Moone ne contrôlant pas sa créature magique est une bombe mystique à retardement. Une question se pose : que faire de ces exclus ? La réponse de la réinsertion par l’ordre apportée par la Suicide Squad m’a fait peur : si les membres sont de bons soldats, ils ont une porte de sortie et donc ils doivent rentrer dans la norme. La suite m’a donné tort. En fait, ils ne se rachètent pas une conduite ou ne veulent pas changer mais juste sortir plus vite de prison. L’État les utilise et eux aussi. Le rapport contractuel de l’économie capitaliste est poussé au maximum en touchant des êtres humains. Et si Suicidal Squad dénonce le salariat ?

En effet, j’ai été surpris de l’engagement. Dès l’épisode un, Waller lance une pique contre le démantèlement des programmes sociaux par l’ultra-libéral Reagan. Pourtant, elle est l’apologie de la réussite individuelle. Cette fille venue du ghetto de Chicago s’est mariée très tôt et a de nombreux enfants mais la bonne épouse a vu sa vie brisée par le ghetto (la drogue, la violence des gangs et l’absence de justice). Malgré la mort de son mari et deux enfants, elle reprend ses études et devient directrice de campagne puis assistant d’un élu au Congrès. L’exemple de Waller pourrait faire croire qu’il n’y a pas de libération collective possible. Cependant, dans l’épisode sur Guillaume Hell, le scénariste dénonce comment les riches manipulent l’opinion pour développer le racisme. Le scénariste met dans les mots d’un personnage un éloge de l’union de toutes les groupes raciaux pour ébranler le pouvoir. On peut voir un espoir vite douché car, pour Ostrander, les gens n’agissent pas pour le bien commun mais dans leur intérêt. C’est par l’égoïsme qu’ils peuvent s’unir. Il n’hésite pas également à expliquer que Deadshot a été un militant au parti communiste. Dans le premier épisode, Ostrander envoie même une pique à Marvel en affirmant (à juste titre) qu’un quatuor fantastique s’est inspiré de la deuxième Suicide SquadOstrander est très direct : une scène de shoot pour montrer les dangers du ghetto, on ne le voit pas mais on comprend très quand il y a un viol. Le vocabulaire est aussi plus cru que d’habitude par les paroles de Waller, incarnant pourtant l’autorité : parler de l’équipe comme des agents impitoyables et sacrifiables qui doivent la fermer et qu’il est normal d’utiliser car ces criminels coûtent chers en prison. Raciste, Captain Boomerang est proche de dire le n word (nègre). Ce côté frontal rend le scénariste très attachant.

Ostrander est très doué dans le négatif mais il est moins subtil pour les sentiments positifs. Les tensions amoureuses entre Flag et Karin sont convenues et la résolution invraisemblable. A l’inverse, quand Ostrander n’est plus maître de ses récits dans le monde réel, c’est bien moins réussi. Sa participation aux crossovers est ratée tout comme l’aventure dans un royaume magique à la fin. Greenberger, responsable éditorial, se charge du scénario de deux épisodes annexes et assez ratés. Il n’est parfois pas précis en géopolitique : un djihadiste est Iranien ou Irakien. Cependant, le contexte de l’époque est présent. La mission en Russie montre bien le contexte de la guerre froide mais on reste au départ sur les lieux communs : Gorbatchev reste attaché au maintien de la censure alors que l’on est pourtant pendant la perestroïka. Tout change avec l’opposant politique qui refuse de s’exiler mais veut agir dans son pays. On retrouver l’éloge des choix individuels. La guerre contre la drogue est présente par une intervention contre le cartel de Medellin. Au contraire, l’intervention de l’équipe au Nicaragua chez les Sandinistes est bien moins juste. Les dialogues sur la non-intervention et les méchants communistes sont caricaturaux. Plus léger, l’hélicoptère moderne de l’équipe fait penser à Supercopter.

On voit aussi que l’on est dans les années 80 car Deadshot et Flag fument sans cesse. A l’inverse, Duchesse préfigure les femmes badass des années 90. Guillaume Hell, justicier urbain avec un costume renaissance et une arbalète comme Tell, ressemble au Punisher mais recrute pour un groupe raciste, l’empire aryen. Il prononce un discours raciste et décliniste qui serait caricatural à l’époque mais fait froid dans le dos à l’agrégation de Zemmour. On est avant 2001 car les premiers opposants, djihad, est un groupe de mercenaire d’un pays arabe imaginaire. Il rassemble un mélange entre des influences orientalistes (un génie numérique sortant d’une lampe par exemple) et médiévales (manticore, chimère venue des manuscrits médiévaux). Quand l’équipe est confrontée à des ennemis de plus grande envergure – les Furies de Darkseid mais l’équipe incomplète et désunie est sommairement battue. En effet, Ostrander a un souci de vraisemblance : on explique souvent le plan, la barbe pousse le lendemain d’une mission sans salle de bain.

La présence d’un épisode de la Justice League International est un vrai plaisir. Même à la troisième lecture, ces épisodes sont toujours aussi drôles par des dialogues hilarants. Batman est rigide comme une trique alors que les autres font n’importe quoi. Il est amusant de comparer leur représentation du président Reagan. Avec Ostrander, on le voit directement agir mais avec réflexion alors que chez Keith Giffen et J.M. DeMatteis il est un abruti ne montrant jamais son visage. 

Même si j’ai adoré ce premier tome, je dois avouer que j’ai dû passer outre le dessin de Luke McDonnell. Il retranscrit très bien l’action et, sans être gore, il est explicite dans la représentation de la violence. Hélas, son dessin est sans personnalité et manque de relief. Sur son épisode de Justice League, Giffen fait des choix différents de McDonnell. Les cases sont plus grandes et les personnages souvent en gros plans. J’aime qu’il montre les violentes conséquences des actes de la Suicide Squad par rapport à la Justice League.Par contre, les visages ou certaines cases sont souvent esquissées. 

Ce volume est aussi l’occasion pour moi de voir les débuts de deux futures stars de Marvel puis d’Image mais ils sont méconnaissables. Erik Larsen a un style figé, surtout les visages sont grimaçants et les corps ont d’importants problèmes de proportion. Assez étrangement, Liefeld est plus précis et réaliste y compris ses pieds. J’ai du mal à retrouver son style sauf les sourires XXL.

Alors, convaincus ?

Les Archives de la Suicide Squad ont été pour moi une réelle découverte. Ostrander réussit un récit d’action très fun. L’équipe va tout droit même si contre Hell il adopte un plan plus subtil. C’est une véritable lecture mensuelle avec surtout des récits courts et un très fin fil rouge autour des personnages. Les criminel.les sont rarement enjolivés : Captain Boomerang est une ordure mais paradoxalement on s’y attache. Ce côté sarcastique se retrouve dans la présentation de l’action internationale des États-Unis. Tout n’est pas subtil mais c’est très intéressant. On peut aussi voir l’évolution de DC à l’époque par des crossovers nombreux qui brisent un peu le rythme en fin de volume. Ce groupe mineur au début, les références aux séries plus populaires sont nombreuses, devient de plus intéressant.

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