[review] Spider-Man : L’Enfant intérieur

Ayant découvert très récemment La dernière chasse de Kraven, je me suis demandé ce qu’avait ensuite écrit J.M. DeMatteis mais surtout j’avais hâte de relire des épisodes dessinés par Sal Buscema dont j’avais apprécié le travail dans le magazine Nova.

Un résumé pour la route

Spider-Man_1Ce volume rassemble les épisodes de Spectacular Spider-Man 178 à 184 puis 189 et 200 en 1976. Le scénario est de J.M. DeMatteis (Justice League International, La dernière chasse de Kraven entre autres pépites). Les dessins sont de Sal Buscema qui a commencé comme encreur de son célèbre frère John puis a mené une carrière prolifique de dessinateur chez Marvel (Captain America, Hulk, Rom).

Traumatisé par son dernier combat contre Kraven, Peter Parker se reconstruit mais tout est remis en cause par la fuite de Vermine de son hôpital psychiatrique puis par la transformation de Norman Osborn en Bouffon vert.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Ces épisodes prolongent le récit mythique de La dernière chasse de Kraven. C’est le cas par la thématique par l’idée de traumatisme et visuellement par des pastilles de l’arc précédent qui représentent les flashs mémoriels traumatiques de Peter. J’ai redécouvert à travers ce récit Vermine, un Mister Hyde très touchant.

Comment son titre l’indique, c’est un récit psychologique. C’est explicite dès les premières pages avec Dr. Kafka qui soigne Vermine. On retrouve en filigrane des récits sur les liens problématiques du père avec son enfant : Vermine avec un enfant noir puis son père, Harry Osborn avec son père et son fils, Peter Parker et ses parents. Chacun de ces personnages réagit différemment à ces traumas anciens qui remontent. Vermine et Harry résolvent leur trauma de la mauvaise manière, par la violence.

Vermine ramène l’enfant dans la maison de son enfance et cherche à y comprendre son traumatisme d’enfance, très subtilement amené par DeMatteis et Buscema mais sans euphémisation. La plupart des épisodes commencent par des archives de la thérapie de Vermine dans un dégradé de marrons. Le lecteur observe donc la psychothérapie passée de Vermine qui vise à retrouver l’homme derrière la bête tout en suivant son parcours au présent pour retrouver l’origine de sa rage. Ses pouvoirs reflètent cette peur car Vermine diffuse sa peur. Sa peur transpire de lui et contamine les autres si on s’approche. L’histoire a la bonne idée de continuer après la conclusion d’un combat. Il est très intéressant de voir Vermine qui se reconstruit après le choc psychologique alors qu’Osborn semble sombrer.

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Harry Osborn bipolaire voit le fantôme de son père. Celui-ci le force à incarner la figure traditionnelle du pater familias mais Harry est un être tendre. Peter est une autre hallucination pour la bonté. Ces deux images violentes exigent qu’Harry soit un homme. Cependant il est en plein dilemme. Dans la réalité, Peter, le bien, a tué le mal, le Bouffon vert mais le mal est son père, Norman Osborn. Harry n’arrive pas à l’accepter et ne trouvera la solution qu’en s’identifiant à son père et endossant le rôle du Bouffon vert. Osborn veut que Peter souffre psychologiquement pour que sa psyché aille mieux et tue celui qui a sali l’image idéale de son père qu’il s’est construit pour s’en sortir. C’est aussi un récit sur la masculinité : Norman croit qu’il faut être violent pour être un homme mais, en fait, se réfugie dans un personnage imaginaire alors que Peter est un homme car il survit à ses démons. 

Peter a un trauma d’enfance avec la mort accidentelle de ses parents. Ce récit soulève l’impensé de la mort des parents de Peter alors que la mort de l’oncle Ben revient très souvent. Peter se rend compte qu’il est sorti de l’enfance et a dépassé le trauma grâce à l’amour de sa tante et son oncle. Peter accepte la perte de ses parents et Vermine le trauma en gardant l’amour de sa mère.

Cette réflexion permet de croiser plusieurs fils narratifs liés à un personnage ce que réussissent très bien à faire les bandes dessinées car on change de récit quand on change de page. On retrouve plusieurs thèmes autour du trauma enfantin et de l’animal : Peut-on sauver un monstre ? Doit-on devenir un monstre pour respecter son père ? Peut-on survivre à un trauma d’enfance ? Les liens entre les trois histoires sont le plus souvent très subtiles avec parfois des thèmes communs entre deux personnages, des lieux communs ou un lien par le texte entre deux récits. C’est un magnifique exercice de style scénaristique : comment croiser les fils sans que cela gêne la lecture ?

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Peter est encore en couple avec Mary-Jane ce qui constitue la meilleure période. En effet, on retrouve le Spider qui se pose des questions, qui regrette de délaisser sa femme ou de la mettre en danger. Pour ceux qui aiment le Spider-man bondissant et blagueur, cela sera un choc. Le scénariste montre une période dure avec un Spider-Man sans pitié mais, heureusement, les remords viennent plus vite. Certains passages sont même très glauques. Le fils de Norman, bien que très jeune, semble contaminé par la folie paternelle. Sal Buscema lui dessine des regards terribles.

En effet, ce récit est aussi l’occasion pour moi de retrouver un dessinateur très sous-évalué. J’adore son style qui réussit à être dynamique mais avec un encrage tranchant qui renforce le côté sombre. Cet encrage superbe, réalisé par Buscema lui-même, permet de sentir le stylo qui dessine. L’organisation dans la page est simple mais c’est discrètement superbe. C’est un dessin classique par le découpage, les corps peu déformés et assez statiques et certains choix graphiques (les phares, la pluie) mais ces codes fonctionnent très bien. L’ensemble peut apparaître assez statique mais cela va très bien pour les pensées et ces personnages bloqués. Le fil de toile de Spider-Man forme un cordon agrippé à la main mais plus fin que celui de McFarlane. J’avoue préférer Sal Buscema à McFarlane.

Sal montre différents moyens graphiques de représenter une vision de l’esprit : en blanc pour le père d’Osborn et donc un code clairement intégré pour le lecteur, en couleurs et donc cela surprend le lecteur lors de la révélation. Le parallèle sur deux pages entre la mère d’Edward et celle qui veut être la mère de Vermine est graphiquement superbe. Il utilise souvent la même scène avec un cadre qui se resserre sur différentes images comme un zoom au cinéma. Globalement, il est très fort dans les scènes sans texte et sentimentales comme le départ d’Osborn. Buscema sait aussi très bien représenter l’effroi ou la rage incontrôlée par les expressions sur les visages de Peter ou du fils d’Harry. Les couleurs sont très belles mais semblent modernisées.

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La traduction et la qualité matérielle sont irréprochables. Cependant, le choix éditorial de Panini peut surprendre. Ils ont uniquement rassemblé les épisodes autour du bouffon vert et de Vermine. Il manque des épisodes au milieu puis avant le numéro 200. C’est assez frustrant pour moi qui aime les intégrales et cela oblige à avoir quelques pages de résumé qui répètent l’épisode lu juste avant. 

 

Alors, convaincus ?

J’ai été emballé par ce volume. L’idée de transposer des réactions diverses à un traumatisme d’enfance est passionnante et l’imbrication des différents récits est un modèle de scénario. Tout cela se lit avec facilité même si la réflexion sur le trauma est ponctuellement un peu trop visible avec des textes parfois trop explicatifs. Sal Buscema réalise des pages superbes que l’on relit avec plaisir.

Thomas S.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. L’époque ou Peter et MJ étaient encore ensemble était vraiment la meilleure dans le sens maturité et questions existentielles qui vont avec. Je maudis One More Day… surtout que depuis MJ sert à rien! Heureusement qu’elle est parti du côté de Iron Man. Et le titre Spidey a depuis longtemps perdu de sa saveur, c’est un Tony Stark bis maintenant avec ses gadgets etc…

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  2. Thomassavidan dit :

    On est tout à fait d’accord. C’était vraiment intéressant de voir le quotidien d’un jeune couple plongé dans les problèmes de super-héros.
    Thomas S.

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