[Keep comics alive] Intégrale Wolverine 1990

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Je poursuis ma lecture accidentelle des intégrales Wolverine. Accidentelle, à chaque fois, ce sont des trouvailles en occasion qui me poussent à lire la suite. J’en arrive au troisième tome, l’année 1990.

Une petite présentation

Ce volume est composé des épisodes 20 à 35 de la série Wolverine parus aux États-Unis chez Marvel entre janvier et décembre 1990 puis en France dans les versions intégrales et sous ce format chez Panini en février 2009. Les scénaristes sont Archie Goodwin (Star WarsIron Man) et John Byrne (Iron Fist2112) qui se charge aussi des dessins pour les épisodes 20 à 23 puis Peter David (HulkScarlet Spider), Mary Jo Duffy (X-FactorStar Wars) et Larry Hama (G.I. JoeTransformers). Les dessins sont de Gene Colan (Captain MarvelIron Man), John Buscema(Silver Surfer, Thor), Klaus Janson (DaredevilSpider-Man), Barry Kitson (LegionGolgoth), Bill Jasska (The New TitansSable) et Marc Silvestri (CyberforceDarkness).

Logan, dit Wolverine, est un mutant canadien possédant un facteur auto-guérisseur qui a reçu un squelette en adamantium par l’armée canadienne. Il a rejoint les X-Men mais il vit ici des aventures solos. Dans l’intégrale précédente, il est devenu un caïd sur le territoire asiatique de Madripoor et se retrouve dans une dictature en Amérique du Sud pour sauver un ancien camarade de guerre et lutter contre une drogue frelatée.

Ce comics a-t-il le power ?

A cette époque, Wolverine reste une série essentiellement d’action, distrayante mais avec peu de fond. Les premiers épisodes achèvent le périple sud-américain de Wolverine. Il est venu aider la super-héroïne la Bandera contre un dictateur soutenu par les cartels de la drogue. Les rebondissements sont très convenus suivant les films d’action des eighties : un dictateur sanguinaire soutenu par les États-Unis, la difficulté de gouverner une fois la dictature tombée, l’opportunisme des alliés américains ne cherchant qu’à maintenir leur emprise, une trahison féminine par amour maternel. Plus original, une alliée de Wolverine, la Bandera, a un pouvoir allégorique. Elle canalise les ressentiments ou l’allégresse des victimes de la dictature pour en faire une force. Le seul avantage de ce voyage c’est qu’il clôt tous les récits depuis le début de la série en Amérique du Sud et à Madripoor puis Wolverine revient en Australie.

La série traverse alors par une période de transition de sept épisodes revenant dans un passé proche quand Wolverine était le Borgne à Madripoor. Cette ville est si gangrenée par le crime et donc l’absence de morale que seuls un anti-héros peut y agir. Dans l’épisode 24, Peter David plonge Wolverine dans un polar d’espionnage très agréable mais ayant un goût de trop peu. Il utilise toujours aussi bien les récitatif à la fois informatifs et intrigants. Le premier récit écrit par Mary Jo Duffy et la suite n’ont rien d’exceptionnels et reprennent les codes de cet anti-héros, sa violence et sa sauvagerie : il redevient une bête à cause d’une cocaïne empoisonnée. Par contraste, ce héros bourru se retrouve souvent à protéger des enfants : il raconte à un enfant comment il a survécu dans la forêt canadienne en intégrant une meute de gloutons (wolverine en anglais). Même si c’est peut-être un rêve, on part dans le passé de Wolverine pendant la Seconde Guerre mondiale contre les SS. On sent que la série est annexe car aucun épisode n’est une révélation ou n’a un impact durable pouvant gêner la série principale des X-Men. Le seul intérêt de ces épisodes est que Mary Jo Duffy complète les trous des premiers épisodes de Claremont. J’ai aussi été heureux de retrouver Karma, une membre originelle des New Mutantsque j’apprécie mais que l’on retrouve peu souvent. On découvre comment elle s’est émancipée de son oncle puis pourquoi Jessica Drew, Spider-Woman, a quitté Madripoor. Mais, jamais le récit n’arrive au niveau des épisodes de Claremont. Par l’attaque de de mercenaires blancs d’un village asiatique dans la jungle, on peut voir que les violences de l’armée américaine au Vietnam ont marqués les esprits.

La série achève dans l’épisode 31 cette transition commencée dans le tome précédent car une équipe créative plus stable arrive avec Hama (qui reste jusqu’en 1997) et Silvestri. Ensemble, ils trouvent la bonne formule reprenant pourtant de nombreux codes précédents. Hama poursuit la lutte des gangs à Madripoor où Logan est une gêne que l’on doit éliminer. Pour cela, une nouvelle drogue gonfle les forces et la folie meurtrières des yakuzas. L’écriture n’est pas très recherchée mais elle est ultra efficace pour lancer l’action. Ses métaphores sont souvent très drôles : une « lame peut traverser un bar en acajou comme si c’était du tofu ». Certaines scènes souvent vues deviennent originales. Un tueur prêt à tirer attend ses poursuivants mais c’est le corps de son otage qui sert à caler son arme. Les références à l’Asie ne font pas exotiques mais plantent magnifiquement le décor. Prenant le temps de décrire les effets et le circuit d’une nouvelle drogue de synthèse, Hama la rend plus plausible. Logan participe ensuite à une chasse à l’homme contre un loup-garou. Le scénariste reprend la dualité entre la nature et la culture. Logan est une machine de guerre bestiale, un tueur au milieu du monde du crime mais aussi un homme respectant un code. Cependant, la société n’est pas toujours bonne. Le capitalisme sauvage détruit l’environnement du bon sauvage.

Pour les dessins, l’alignement des noms au sommaire impressionne car on trouve des références des débuts de Marvel jusqu’à un jeune dessinateur star en passant par des révolutionnaires des eighties. Hélas, Wolverine n’est pas la meilleure série pour découvrir le talent de John Byrne. Dans les premières cases, on reconnaît certes son style mais avec l’impression qu’il a livré des croquis bâclés tant aucune case n’est terminée ou encrée. Au fil des épisodes, il fait de mieux en mieux et le quatrième épisode est impressionnant de dynamisme et de muscles. Le cadrage est plus original, l’encrage précis et dessin achevé. Les dessinateurs se succèdent ensuite pour quelques épisodes. Gene Colan a marqué les comics d’horreur et se retrouve ici dans un genre plus d’action. Il est expressif par un jeu sur le clair-obscur et sur la présence/absence des décors. Sa mise en page déstructurée jusqu’aux case de pensée est moderne et dynamise cet épisode. Après avoir lancé la sérieJohn Buscema revient pour un épisode très agréable mais sans le génie de son passage sur Silver Surfer. Surtout connu comme encreur, j’ai découvert le talent de dessinateur de Klaus Janson dans Curse of the White Knight mais son style est ici plus proche de Byrne ou Frank Miller mais sans leur talent de composition. Étrangement pour un encreur, les traits sont bien trop nombreux. Barry Kitson est à ses débuts et réussit à transmettre l’horreur du massacre des villageois. Son dessin réaliste est très agréable mais manque encore de personnalité et de fluidité. Croisé dans X-Men, je suis toujours allergique aux dessins de Bill Jasska. Je trouve ses visages déformés et ridicules et sa composition totalement figée. Heureusement, Marc Silvestri arrive. Il trouve des angles originaux illustrant le passage de Wolverine en bête sauvage quand l’action devient dangereuse. Les scènes violentes sont bien plus réalistes et donnent de l’intérêt à la lutte des gangs car on voit Wolverine souffrir. Il représente très bien les singes et la diversité des peuples. L’encrage de Dan Green ne lui rend cependant pas toujours justice. Il semble noyé dans la colorisation avec des surface planes manquant de relief et donnant une impression de gâchis ou de brouillon. Est-ce à cause de l’encreur ou du dessinateur ?

Alors, verdict ?

Après avoir adoré le premier volume et la première partie du deuxième, je suis plus mitigé ici. Je suis soulagé d’Archie Goodwin achève son récit et John Byrne propose enfin un bel épisode mais ensuite il y a une longue période de sept épisodes dispensables avant l’arrivée de Hama et Silvestri qui rehaussent largement le niveau. On reste dans des récits d’action simples mais l’écriture concise de Hama et les dessins ultra dynamiques de Silvestri fonctionnent me donnant à nouveau envie de lire la suite. C’est une vrai malédiction cette série.

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