[review] Intégrale X-Men 1993 III

Les années avancent… y compris dans les intégrales. Après avoir chroniqué le tome I et II de l’année 1993, j’ai continué à suivre les aventures de mes mutants adorés mais, ce n’est pas une période qui était gravée dans mes mémoires. Que vaut cette relecture quelques siècles après ?

 

Un résumé pour la route

X_Men_1993Ce recueil rassemble l’annual 17 d’Uncanny X-Men puis les épisodes 301 à 304. Une nouvelle série apparaît ici, X-Men Unlimited. En raison du crossover Attractions fatales composé d’épisodes deux fois plus long, ce volume nous permet aussi de redécouvrir les séries X-Force pour l’épisode 25 et Facteur-X pour le 92. Ces séries ont été publiées entre juin et septembre 1993 aux États-Unis et en France une première fois chez Semic.

Dans le volume précédent, Magnéto qui a disparu sur l’astéroïde M a fait des disciples, les Acolytes. Un groupe de puissants personnages, les Parvenus, ont aussi organisé un concours aux enjeux assez fumeux. Arbitré par le Maître du jeu, chacun essaye de faire le crime le plus impressionnant pour gagner. Enfin, un virus, Héritage, a été lancé par Stryfe le clone maléfique de Cable pour exterminer les mutants.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

L’Annual 17 est le seul épisode que je n’avais pas lu à l’époque. L’histoire est de Scott Lobdell. Le Cerveau, mutant aux pouvoirs psychiques, est dans le coma à cause du virus Héritage. Il piège les X-Men dans leur esprit. On découvre le rêve de chacun. Bishop retourne dans son futur. Jean Grey mène une vie de famille banale avec Scott. Iceberg est une idole et le leader des X-Men. Ce point de départ est assez intéressant mais les dialogues idiots amoindrissent l’intérêt. Ce défaut est amplifié par le dessin de Jason Pearson sur les visages bien que son style soit intéressant pour le reste – le mélange d’un style réaliste mais avec des zones de couleur sans dégradé.

L’humour trop présent et raté détruit l’intérêt d’une histoire dramatique d’un super-vilain qui se repent sur son lit de mort. Facteur X est bien plus drôle grâce au personnage de Guido. On se sent plus chez Spider-Man que les X-Men alors que la mort héroïque du Cerveau est très réussie. Il se retourne sur sa vie et constate l’échec de son désir de recréer une réalité. Depuis sa création, je suis touché par l’idée du virus Héritage, parabole évidente du sida – cela se voit dans l’aspect cadavérique du Cerveau. Cet épisode permet aussi de comprendre l’arrivée de Siena Blaze, nouvelle compétitrice des Parvenus. On croise aussi un nouvel ennemi le Bourreau, prêt à tout pour tuer les super-vilains. C’est assez amusant d’ailleurs de voir que cet ennemi si puissant n’apparaît quasiment plus ensuite. Le Bourreau est totalement contemporain de l’époque. Dans la série Facteur X, ce sera Random qui est le badass. Havok contrôlé par Cooper devient aussi violent.

Le dessinateur change avec le premier épisode d’Unlimited. Chris Bachalo adopte à cette époque un style très surprenant, plus proche de Jim Lee que plus tard. J’avais été très heureux de découvrir ce nouveau dessinateur à l’époque mais aujourd’hui il me paraît encore impersonnel. La compétition entre les Parvenus reprend. Lobdell écrit un bon épisode de survie et permet de faire le point sur trois personnages : Tornade développe une pensée écolo car elle voit littéralement la nature comme une peinture qu’elle recompose. Lobdell réussit à replacer Xavier au centre alors qu’il devenait un élément archaïque. Il n’est plus un chef d’équipe car chaque héros assume ses responsabilités d’adulte et de leader mais un stratège et un leader moral qui a sacrifié sa vie pour ses élèves. Scott est touchant quand il est trop respectueux pour appeler Xavier par son prénom. C’est un père plus que spirituel car il venu le chercher à l’orphelinat. Globalement, Lobdell est très fort pour la psychologie des personnages mais on a du mal à voir où le récit général conduit.

X_Men_1993_1

Dans l’épisode suivant, le groupe des Parvenus illustre un visage odieux d’une compétition pour le pouvoir et de complots mesquins. Ces personnages sont presque tous de riches héritiers égoïstes. Sélène, qui pensait les manipuler, est piégée à son propre jeu. On retrouve un thème classique pour cette série – les mutants haïs pour leur différence sont attaqués par une foule d’humains fanatiques et idiots. Un policier aide Tornade car il comprend son sens du devoir et son sentiment de rejet.

Bishop découvre les relations humaines et donc apprend à mentir. Colossus – représentant la solidité psychologique et morale du groupe – pète un câble sous la pression de la maladie de sa sœur. Il sombre dans le radicalisme et il est irrationnel. L’épisode 303 est un récit en flash-back sur les derniers jours d’Illyana par un dialogue entre Jubilé et Jean. Lobdell est un auteur sensible qui refuse de montrer la mort d’une enfant mais on le comprend par un encéphalogramme plat. A l’annonce de la mort de sa sœur, Peter ne réagit pas. Le colosse froid s’effondre mais l’armure s’est refermée le protégeant de la douleur. Plus loin, Colossus brûle ses toiles – signe de sa sensibilité mais pour lui de sa faiblesse. On peut le voir comme un symbole de l’évolution des comics avec le Grin and Gritty car l’artiste s’efface devant la brute. Ce geste est aussi typique du fondamentaliste qui se coupe de son passé. Je trouve ce thème non seulement très touchant – j’adore Colossus – mais encore très actuel.

Pour l’épisode 303, Richard Bennett est le dessinateur. L’encrage est très fin et le dessin très précis mais le fond reste très souvent dans le flou et les couleurs sont très laides. Romita Junior est l’artiste de plusieurs épisodes d’Uncanny X-Men mais trop peu à mon goût. Fan des architectures délirantes, il subit un encrage parfois inachevé mais il a un sens très juste du cadrage. L’armure de Fitzroy a un design intéressant mêlant des morceaux de diamant et des blocs de métal pour les pieds. Ce dessinateur arrive à faire de Colossus, souvent présenté comme un homme en métal brillant, une masse froide qui correspond parfaitement à sa tristesse pour sa sœur. Il transforme Iceberg en un bloc de neige compacte, un bonhomme de neige doux et menaçant.

Lobdell coscénarise tous les épisodes du crossover. Le crossover Attractions fatales – qui rassemblent des épisodes doubles pour les trente ans des X-Men – commence par un épisode double de Facteur-X. C’est par cette série que j’ai découvert le dessinateur Joe Quesada. Son trait dynamique amplifié par une mise en page bousculée me ravit toujours autant. Les couleurs vives et le clair-obscur sur les visages sont magnifiques. Il est très fort sur les contrastes de précision pour exprimer les sentiments – comme dans les cases à l’hôpital où Pietro, Vif-Argent, est dans le noir car il a honte des actions de son père. Quesada n’hésite pas à recourir à des images violentes comme les brûlures du fouet de Senyaka sur le cou de l’infirmière, la mort de Mellancamp quand Madrox se multiplie en lui.

X_Men_1993_2

C’est assez compliqué de tout comprendre avec un seul épisode car il manque le contexte. Globalement, la thématique n’est pas originale et on reste dans la continuité de Claremont mais c’est extrêmement bien fait – on lit des débats sur l’avenir des mutants tout en combattant. Deux idées s’opposent – la tolérance et le multiculturalisme contre la domination des plus forts – ce qui est hélas encore très actuel. On voit même des allusions au nazisme dans les dialogues. Les trois scénaristes – Scott Lobdell, Joe Quesada et J. M. de Matteis – critiquent le fanatisme quand un Acolyte s’incline devant Pietro en criant « le fils » car Magneto est le messie pour les Acolytes. Les éléments politiques sont très bien écrits avec un vocabulaire mystique ou spécifique – les scan-plats pour les humains – comme dans tous les discours radicaux.

L’étape suivante du crossover se passe dans la série X-Force du scénariste Fabian Nicieza et du dessinateur Greg Capullo. Je n’arrive pas être objectif en relisant ces épisodes car j’adore ces personnages avec qui j’ai grandi comme Rocket et Solar. Magneto est de plus en plus visible même caché sous une capuche. Cet épisode marque aussi le retour de Cable dans X-Force après sa disparition dans le crossover précédent, le Chant du bourreau. Le maître s’excuse devant ses anciens élèves aujourd’hui émancipés. Cable parle d’X-Force comme sa famille et on y croit. Rocket joue au gros dur devant les autres mais Cable voit l’ado qui a pris un masque et s’est isolé pour être le chef. Il est en colère quand il se rend compte que Magneto a volé sa base – sa maison – et son ordinateur – comme son père. Il craint de perdre les maigres vestiges de son passé. Dans une inversion des générations, c’est Cyrène qui le calme. Nicieza pose la question du choix pour des jeunes adultes qui s’émancipent – faut-il suivre la vision de Xavier, de Magneto ou de Cable ? L’enjeu du conflit est ici bien plus fort – l’avenir de la jeunesse mutante. On sent l’époque – Rictor en mode grunge et Warpath écoute Porno for Pyros.

X_Men_1993_3

Le style de Capullo n’est pas encore affirmé par rapport à Spawn – peut-être à cause du manque de diversité dans les couleurs – mais on en reconnaît des éléments – la forme des visages. Il reste encore sage dans l’organisation dans la case et les visages. Ce sont hélas les derniers épisodes de ces deux dessinateurs chez Marvel.

L’épisode anniversaire des trente ans des Uncanny X-Men commence sur un enterrement. C’est une triste idée mais cela permet d’expliquer le rassemblement de tous les groupes. Magneto redevient le grand méchant impitoyable avec ses ennemis et ses alliés désobéissants. Colossus, va au bout du fanatisme en trahissant ses amis. La Terre est perdue à cause du virus et donc les mutants élus doivent la quitter. On retrouve la thématique mystique – Exodus est l’Archange messager de Magneto. Il a le même visage et les paroles d’illuminé que les Acolytes. Il ressemble à un personnage de manga médiéval. On commence à voir une face moins monolithique, plus sombre de Xavier. Il est ici un manipulateur qui a créé le protocole Magnéto secret. Xavier agit en contrôlant Magneto par son pouvoir mental mais pourquoi l’a-t-il fait si tard ? Le texte est très présent mais en fait le contenu est assez faible.

Plusieurs dessinateurs se succèdent. Je déteste ce genre de best-of si ce n’est pas lié à l’histoire – X-O Manowar 2. Les souvenirs de Magnéto sont réalisés par Jae Lee que j’adore mais j’ai été ici marqué par le superbe retour de Paul Smith au trait très simple mais beau. Au contraire, Romita Jr réalise trop de visages brouillons. Brandon Peterson le retour. Il massacre littéralement ses pages. On sent que Marvel est encore sous le coup du départ de nombreux grands dessinateurs qui continuent à partir vers Image Comics et on a les restes comme Chris Prouse.

Panini réalise une bonne introduction mais il manque toujours un sommaire incomplet avec la liste des artistes pour chaque épisode et pas une liste globale sans aucun intérêt en début de volume. Il y a également une nouvelle traduction qui garde moins de termes anglais mais, en tant qu’ancien lecteur, cela m’a paru parfois étrange – le virus héritage ou legs, la dame vive…

Alors, convaincus ?

Comme vous avez pu le lire, je ne suis pas complètement emballé par ce volume. On se retrouve avec une intégrale de transition qui ne rassemble pas un récit ou une série unique. Je commence aussi à sentir l’excès de séries trop nombreuses avec trop de personnages. Je réalise aujourd’hui que les séries dérivées sont à l’époque meilleures que les X-Men. Il s’agit pour moi plus d’un volume pour les complétistes que les néophytes. On y trouve pourtant dessinateurs déjà majeurs ou de futures stars.

Thomas S.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s