[Review] Psi-Lords

Quand le scénariste d’Archer & Armstrong s’associe avec le dessinateur de X-O Manowar, je suis forcément client. Mais ces Psi-Lords apportent-ils un nouvel l’univers à Valiant ?

Un résumé pour la route

Ce récit complet en un tome rassemble les huit épisodes de la série Psi-Lords publiés par Valiantaux États-Unis entre juin 2019 et janvier 2020 puis en France par Bliss éditions en mai 2021. L’ensemble est écrit par Fred Van Lente (Ivar Timewalker, War Mother) et dessiné par Renato Guedes (Bloodshot SalvationX-O Manowar).

Quatre astronautes sont torturés dans une prison extraterrestre, la Gyre, mais tous se sont réveillés sans souvenirs sur une table d’opération alors qu’un laser leur gravait une marque sur la tête et un code barre sur le bras comme des produits. Ils ne comprennent pas ce qui leur arrive mais une voix leur indique comment sortir par leurs superpouvoirs. Cette voix leur demande de partir en quête des mystérieux Psi-Lords.

On en dit quoi sur Comics have the power ?

Le début par Scion, cette voix sans corps est classique mais lance rapidement l’action et la présentation des personnages. Ils ont été enlevés par les Starwatchers, un peuple extraterrestre vivant autour d’une étoile vampire. Comme une arche de Noé, la Gyre rassemble un bestiaire étrange – comme un peuple de chat sans poils marchant sur deux pattes – qui a pris racine dans la Gyre, piégé par l’étoile qui absorbe l’énergie des vaisseaux. La Gyre est une société de castes distinguant les marqués choisis par les Starwatchers pour recevoir un pouvoir du reste des naufragés. Les marqués seraient si puissants que le seul moyen d’éviter les conflits internes est de respecter la tradition. Chaque peuple a sa zone et les conflits entre groupes sont géré par une Diète. Toute cette organisation ressemble à la République de Star Wars ou dans l’histoire au St-Empire romain germanique. Chacun des astronautes est associé à une couleur :

  • Vert pour Tank, un soldat russe dur à cuire en recherche de missions. Alors que ce rouquin à lunettes vient d’être torturé il a le courage de faire un doigt d’honneur à ses geôliers.
  • Jaune pour Signal, une historienne afro-française. A peine réveillée, elle recherche des données pour comprendre la situation. 
  • Orange pour Artisan, un scientifique chinois prétentieux qui cherche comment s’échapper.
  • Rouge pour Hazard, une tueuse psychopathe américaine. Elle refuse les messages de Scion et veut la tranquillité. 

Marqués, ils ont un pouvoir exacerbant un élément de leur personnalité. Il en découvre progressivement l’étendue :

  • Hazard se crée des griffes et, comme une prédatrice, elle possède des sens surdéveloppés
  • Artisan peut créer des objets de sa couleur comme Green Lantern
  • Tank peut construire un champ de force
  • Signal a bien plus de connaissances comme la traduction de tous les langages.

Ils ont tout oublié mais Signal est la première à reconstituer leur passé. Transportant une charge nucléaire, ils étaient une mission de sauvetage de l’O.N.U. pour empêcher la Gyre de se fracasser contre la Terre. On pense à une variation des Quatre Fantastiques – Tank est rondouillard et drôle comme la Chose, Signal, à peine sortie de sa cellule, analyse le décor comme le scientifique Reed. Les Psi-Lords s’en éloignent cependant par la parité et Tank pense être gay ce qui modernise le modèle des super-héros puissants, souvent hétéros. Hazard est très différente. Par esprit d’équité, elle veut aider les plus faibles soumis à une violence injuste pendant que les autres cherchent à comprendre les règles de ce monde extraterrestres. 

Contrairement à Archer et ArmstrongFred Van Lente propose ici moins d’action ou d’humour et plus la création d’un univers reprenant les codes de la science-fiction mystique. A chaque épisode, les Psi-Lords en comprennent un peu plus sur eux-mêmes et le rôle que les Starwatchers leur avaient attribués. Les talents des Psi-Lords sont enfouis en chaque homme et l’apparition des Psy-Lords originels a donné le concept de dieu. Mais ces humains préfèrent utiliser ce savoir pour sauver la Terre. Le discours de Scion m’a fait penser à 2001 l’odyssée de l’espace ou aux bd de Jodorowsky. Il a fait un long voyage pour arriver à la Gyre et meurt en sauvant les Psi-Lords. Cependant, il a deux frères jumeaux et partage avec eux un esprit commun. Ensemble, ils ont été le premier vaisseau piégé par l’étoile vampire des Starwatchers. En poursuivant l’apprentissage du groupe, le dernier frère survivant fait de ce livre un récit de formation et d’initiation. Ce gourou n’est pas fiable car il distille les réponses gardant une grande partie de la vérité pour lui. Scion manipule les humains pour retrouver les monolithes des Psi-Lords, et ainsi devenir un dieu. Pour lui, les êtres humains sans dieu vivent dans la haine et l’ignorance. Seuls des dieux peuvent les empêcher de mal agir. J’en suis venu à me demander si ce comics n’était pas anticlérical. La série semble valider l’existence d’un être supérieur qui guide les êtres humains mais ce guide est néfaste et l’être humain doit refuser le pouvoir. Quand ils vivaient sur Terre, les trois frères ont suivi un apprentissage au Tibet puis ont créé une secte, abusant de femmes et propageant la mort. En récupèrant tous les artefacts divin pour les plonger dans le soleil, la Gyre sert à confiner le virus dieu qui pour les Starwatchers pousse à dominer et contrôler les autres. Ces idées sont intéressantes mais les dialogues sont très bavards et confus. Les ennemis manquent d’ampleur car les combats durent très peu de temps. Ce n’est pas ce qui intéresse Fred Van LenteMatt Kindt dans le même genre y arrivait mieux avec Divinity.

Cette série est très détachée de l’univers partagé Valiant, à peine voit-on X-O Manowar qui, manquant de puissance, sert à montrer la force de Psi-Lords. Ce volume est la remise à jour d’une série de dix épisodes de Tony Bedard et David Ross. Le scénariste n’a gardé que deux vaisseaux de la série originale. On retrouve la composition multiraciale mais cette première série faisait plus explicitement de la science-fiction car elle se déroulait au XLIe siècle. Il s’agissait d’un groupe plus large d’une dizaine de militaires. Ses membres ont accepté des opérations chirurgicales qui leur donnait une base de données Harbinger de rang oméga grâce à la nanotechnologie. Comme le H.A.R.D. Corps, ils ont un seul pouvoir à la fois. Les Psi-Lord se divisent donc en fonction de cette spécialité : les rouges pour la force et l’invulnérabilité, les oranges pour la projection d’énergie et les jaunes pour le vol et l’invisibilité. On voit donc un mélange de Bloodshot et Harbinger. Les Starwatchers n’étaient les ennemis mais le nom de ce groupe au XXXIIe siècle.

Le dessin m’a beaucoup plu. Renato Guedes est très réaliste dans les visages et les décors. La prison est un bloc de pierre gris. Il a su rendre réaliste les Hommes-chats par leur peau et leur gueule. Les nombreux traits et les effets numériques de structure donnent une densité presque claustrophobique à chaque case. Mais, en même temps, l’encrage peu présent voire absent pour le décor. Ce contraste crée un flou. Il sait aussi jouer de la colorisation comme cette double page avec une couleur par héros sauf un. A partir de l’épisode cinq, il change de colorisation réduisant ses effets de texture pour privilégier des aplats sans doute pour tenir les délais mais cela appauvrit son style. On peut d’ailleurs voir son travail dans les bonus par plusieurs pages avant colorisation et deux pages avec des illustrations commentées du scénaristes ainsi que toutes les couvertures alternatives.

Alors, convaincus ?

Psi-Lords est une œuvre sur la connaissance de soi, la remise en cause nécessaire pour franchir une nouvelle étape plus profonde et plus riche. Si le scénario a quelques faiblesses à la fin selon moi, ce livre permet tout de même un voyage très agréable embelli par les passionnants dessins de Renato Guedes. Psi-Lords est une parfaite porte d’entrée pour découvrir la richesse de l’éditeur Valiant. En effet, on suit des nouveaux personnages sans passé dans un récit complet en un tome. La fin ouverte – les Psi-Lords partent en quête – laisse présager d’une suite possible.

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