[Review] X-O Manowar volume deux

Conquis par le premier tome, j’avais vraiment hâte de lire la suite mais aussi la crainte habituelle d’assister à l’essoufflement d’une série adorée. X-O Manowar est-elle toujours la meilleure série de science-fiction ?

Un résumé pour la route

XO_1Aric de Dacie est un barbare wisigoth qui a été kidnappé par des extra-terrestres. Il est revenu sur terre en portant une armure surpuissante : X-O Manowar. Dans le début de l’intégrale, Aric a quitté la Terre pour une raison mystérieuse. Débarrassé de son armure, il vivait une vie simple de fermier sur Gorin mais la guerre sur sa nouvelle planète le poussait à reprendre les armes. Gravissant les échelons, le barbare devenait un élément essentiel de la stratégie de l’empereur pour conquérir la planète. Face aux menaces croissantes, Aric se retrouvait forcé d’utiliser à nouveau l’armure. A la fin du premier tome, de mystérieux monolithes sont apparus et la guerre reprend contre ces étrangers… mais aussi contre l’empereur.

Éduqué par la bd franco-belge, j’ai tendance à préférer une équipe créative stable comme dans Black Science. Même si le scénariste reste Matt Kindt (Divinity, The Valiant), c’est tout le contraire ici pour les dessinateurs. On observe à une valse de quatre dessinateurs avec des styles très différents : Clayton Crain (X-Force, Rai, Harbinger) pour les épisodes sept à neuf, Renato Guedes (Wolverine, Superman) pour le dix, Ryan Bodenheim (The Dying & The Dead) pour les épisodes onze à treize et enfin Ariel Olivetti (Punisher, Hulk) pour l’épisode quatorze. Est-ce que l’ensemble reste cohérent ?

X-O Manowar est publié en octobre par Bliss comics et aux États-Unis par Valiant Entertainment entre septembre 2017et avril 2018.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Comme pour le premier tome, Aric a un rapport toujours ambigu avec son armure comme un drogué. La bague de l’armure lui parle et le convainc de l’utiliser comme dans le Seigneur des anneaux. Au milieu du volume, Aric est sans pouvoir car il a perdu son armure. Sans X-O Manowar, il est couvert de cicatrices et manchot. Il se retrouve même nu car il n’est plus rien mais il semble guéri de son addiction. Cependant, on constate rapidement qu’il ne peut vivre sans son armure et donc l’appelle comme on appellerait un amant : « Tu n’es pas qu’une arme. Tu es mon corps… Tu es ma peau. Je t’accueille en moi. » Il entre de plus en plus en dialogue avec son armure qui grandit avec lui. Il terminera le volume en acceptant la totalité des pouvoirs de l’armure alors que jusqu’à présent il refusait la symbiose voulant garder le contrôle.

Matt Kindt donne une vision sombre de la guerre. J’ai retrouvé avec plaisir son rapport ambigu à l’héroïsme. X-O Manowar est à la fois une bd guerrière et pacifiste. Aric utilise l’armure pour piloter les monolithes et ainsi les armes s’autodétruisent. Les armes les plus puissantes sont détruites par un seul homme.

Le général wisigoth garde le même rapport ambigu au pouvoir. Aric se rêve en héros d’une épopée victorieuse et désormais, on s’agenouille devant lui. Dans de l’épisode sept, le texte est écrit dans le style d’une épopée de bataille. Il illustre l’idéal d’Aric de se voir en héros – « qui oserait lancer des gravillons à un géant ? ». Lui ose. J’ai trouvé que cet épisode reprenait les récits classique – dans le sens de l’antiquité ou du Moyen-Âge. Avant la bataille, le général va voir chacun des membres de son équipe qui lui parle ses attentes ou ses craintes. Wynn est un idéaliste qui affirme sa fierté de combattre avec lui pour en finir avec les discriminations. Catt lui transmet une autre définition de la monarchie. Le roi doit régner pour le bien de son peuple. On est très loin de la vision de l’empereur, proche d’un Machiavel où le roi est puissant en exerçant sa force. Globalement, Kindt a une vision très sombre de la politique – comme le montre aussi son regard sur la civilisation romaine. Aric – ou Kindt – est persuadé que personne, sauf lui, ne peut résister à l’ivresse du pouvoir qui pousse à en abuser. Il refuse donc de partager son pouvoir car lui seul sait ce qu’il faut faire. X-O Manowar a une vision moyenâgeuse de la négociation – il montre sa force puis impose ses conditions.

Par sa puissance, X-O Manowar m’a fait penser à Superman – on le voit léviter devant un aqueduc – mais à un Superman qui assumerait son rôle de leader. Ayant vaincu les peuples de Gorin, c’est maintenant les monolithes qu’il faut combattre. Alors qu’il ne rêve que de paix en rassemblant tous les peuples de la planète, la menace ne cesse jamais. Cette vision ressemble à la stratégie des États-Unis au Moyen-Orient. Mais, comme dans cette région complexe, ce beau projet est dès le départ voué à l’échec. L’arrivée au pouvoir de notre héros déstabilise l’équilibre précédent et renforce les conflits internes.

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Dès l’épisode huit, Aric devient empereur. Ce succès est rapide car le récit de la conquête du pouvoir n’est pas le but du scénariste mais c’est la difficulté de gérer un pays qui l’intéresse. Un épisode plus tard, tous ses anciens alliés sont réunis autour d’une table ronde comme des chevaliers et se déchirent – « Tu as gagné la guerre mais tu as perdu tout le reste ». Kindt arrive très bien à créer différents peuples et les contradictions internes de chaque civilisation. Le nouvel empereur n’arrive plus à imposer son autorité.

Trois alliés font appel à Rawn, un mercenaire, pour tuer Aric. On suit alors un sympathique récit d’évasion au présent et la lutte pour la survie au passé. Je me suis vite attaché à ce mercenaire au casque de smiley car le scénario nous conte son amitié ou son amour avec sa collègue Hesnid.

Par flash-back, on comprend dans l’épisode treize les raisons de son départ de la terre. Une perte l’a poussé à l’exil. Cette disparition m’a rendue Aric encore plus attachant. Ce n’est pas lui mais moi qui suis accro. Il cherche à échapper à cette douleur en étant l’empereur d’une planète mais c’est encore un échec. On comprend sa haine de l’armure et pourquoi il refusait de partager le pouvoir. Aric est contraint de rentrer sur Terre mais est-ce un retour au point de départ comme le dit le titre du recueil ? Le retour au début est impossible. Dans les dernières cases, Aric est de nouveau aspiré par une guerre.

Chaque dessinateur apporte son ambiance et la liaison entre les différents styles se fait harmonieusement car le changement est inclus dans le scénario. Clayton Crain, avec sa peinture numérique, crée une ambiance crépusculaire. Il apporte une touche futuriste par le métal brillant des architectures urbaines et des monolithes. J’aime beaucoup le contraste qu’il crée entre des aplats métalliques et des lignes courbes complexes comme des jets de peintures. Avec les vaisseaux fonçant vers les monolithes, il apporte une dimension épique à la bataille. Au contraire, les visages justes esquissés m’ont moins convaincu.

Renato Guedes intervient pour l’épisode dix qui est justement un épisode à part sur Rawn, le nouvel ennemi. Son style, tout aussi superbe, est très différent avec des couleurs plus claires, une peinture aquarelle, je pense, à la fois précise et floue par les traits d’aquarelle. Son style m’a fait penser à des bd de science-fiction seventies. La transition avec Crain ne m’a pas choqué car l’histoire se passe sur une planète différente.

De la même manière à l’épisode suivant, l’histoire revenant sur Gorin, la transition avec le nouveau dessinateur Ryan Bodenheim est tout à fait logique. Il apporte bien plus de lumière. Dans cette ambiance colorée différente de The Dying & The Dead, il fait penser à Ryan Ottley d’Invincible. Son sens du mouvement est très appréciable lors des combats. Plus classique dans la mise en page avec des grandes cases aux bords blancs, cela change des pleines pages avant. L’armure est différente car on voit bien plus le visage d’Aric.

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L’épisode quatorze prend la suite directe mais avec un nouveau dessinateur qui correspond à un nouveau cadre géographique. Le style hyper réaliste d’Ariel Olivetti avec beaucoup de détails en particulier sur les visages. Olivetti fait à la fois les dessins, l’encrage et la couleur tout en numérique je pense. Il intègre des architectures de la Rome antique en numérique. L’ambiance est très lumineuse par rapport au début.

Pour terminer, je voudrais saluer les superbes bonus proposés par Bliss comics. De manière habituelle, on retrouve l’intégralité des couvertures dont celles de Rocafort que j’adore. On apprend aussi comment conçoit un personnage. Kindt étant dessinateur, il fait donc les esquisses puis Larosa termine le travail. On peut comparer les esquisses puis les pages achevées de Crain et Bodenheim. Le scénariste explique aussi ses motivations pour reprendre X-O Manowar et son intérêt pour la planète-prison.

Alors, convaincus ?

Avec ce deuxième volume, X-O Manowar reste pour moi la meilleure série de Bliss. Matt Kindt propose par un récit de science-fiction fun mais aussi une description d’une planète, le récit d’un homme brisé et une parabole sur la politique étrangère américaine où un étranger pense mieux savoir que les locaux. Les thèmes peuvent être complexes mais ce comics se lit très facilement et plus rapidement que le premier tome. Les dessinateurs aux styles très différents sont tous excellents.

Thomas S.

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