[Review] Divinity : Intégrale

Alors que Sonia vous avait parlé du premier tome et deuxième tome, j’avais lu uniquement le dernier tome. L’édition de cette intégrale était pour moi un bon moyen d’avoir en un seul volume l’ensemble de cette série cosmique mais aussi de vous proposer un article retraçant le parcours des différents personnages.

Un résumé pour la route

Divinity_3_1Il est à signaler que c’est la même équipe sur l’ensemble du titre, ce qui est de plus en plus rare. Le scénario est de Matt Kindt (Eternity, X-O Manowar) alors que les dessins sont de Trevor Hairsine (Judge Dredd, Captain America). Les couleurs sont de David Baron. Seuls les one-shots des héros de Valiant dans le monde communiste sont écrits par Jeff Lemire, Joe Harris, Scott Brian Wilson, Eliot Rahal et les dessins par Clayton Crain (Harbinger, Rai), CAFU (Vie et mort de Toyo Harada, Imperium), Robert Gill (Britannia), Francis Portela (Faith) et Juan José Ryp (Britannia). Ce volume rassemble les trois mini-séries Divinity et les séries Valiant dans un monde communiste publiées par Valiant Entertainment entre février 2015 et mars 2017. Bliss éditions propose l’ensemble de la série depuis novembre.

En plein cœur de la Guerre froide, la science soviétique doit être la preuve de la supériorité du communisme. Une mission spatiale secrète est envoyée dans ce noble but vers l’Inconnu, aux confins de l’univers avec deux hommes Abram (Divinity), Kazmir et une femme Myshka. Une fois arrivés, un phénomène inconnu modifie chacun d’eux. En revenant des années plus tard, ils réalisent que le rêve communisme s’est effondré mais désormais dotés de super pouvoirs, ils ont un rôle à jouer dans l’Histoire. Peut-on revenir en arrière quand on les moyens de tout changer ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Divinity est un récit d’action comme lors du combat épique entre Abram et Myshka. Elle le précipite au centre de la Terre en traversant le magma. Elle tape la tête d’Abram et fait apparaître des images du passé. C’est simple mais superbe. Comme un bon James Bond, le dernier cycle est une course de vitesse entre les réseaux d’espionnage et des individus. Après le centre de la terre les duellistes vont dans l’espace.

Chaque mini-série de quatre épisodes est centrée sur un de ces trois spationautes : Abram, Myshka puis Kazmir. Le ton des trois séries varie. La fin de la première est très pessimiste contrairement aux deux suivantes. Bliss a la bonne idée de publier en intégrale mais il ne s’agit pas d’une simple photocopie de l’édition précédente. En effet, la dernière partie est complètement remaniée et c’est très bienvenu. J’ai trouvé cette série bien meilleure en lisant à la suite qu’entrecoupé par les tie-ins.

Alors que j’avais raté Ninjak et Divinity à leur sortie, je suis devenu vraiment fan de l’écriture de Matt Kindt avec X-O Manowar. Le texte est très court et limpide. Il prend le temps de poser les enjeux : il n’annonce que dans le troisième épisode qu’Abram n’était pas le seul cosmonaute. Chaque mini-série enrichit la découverte de l’Inconnu. On découvre dans la deuxième qu’Abram a abandonné ses compagnons. Myshka suit l’idéologie de l’État : pour achever la mission en rentrant, elle utilise le corps de Kazmir comme énergie pour la capsule. Ce dernier subit le plus et se venge donc sur la réalité. La mission traumatise chacun. En effet, la fusée part en 1960 mais ils ne reviennent qu’en 2015. C’est lors du voyage retour que chacun découvre les bouleversements géopolitiques en interceptant par accident des infos sur la Terre. Excellent sur un cycle, des épisodes sont très bons comme le premier épisode du troisième cycle qui présente tous les changements des héros Valiant à partir d’interviews par Ninjak. Au début, on suit assez classiquement deux lignes temporelles, l’arrivée de Divinity dans le présent et la vie d’Abram dans les années 1950 avant sa mission. Kindt réalise des liens subtils entre les périodes. Par exemple, une fleur dans le jardin d’Eden au présent devient un bouquet offert en U.R.S.S. Une pièce anglaise du deuxième cycle fait le lien avec une pièce soviétique fausse du troisième.

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La première série pose au centre une question : comment cohabiter avec un dieu ? Les États puissants réagissent en envoyant Unity. Cependant, les individus ont des réactions plus subtiles : Aric est sceptique. Cette intervention permet d’ailleurs de voir l’attachement du scénariste pour Ninjak qui est le seul à démasquer la supercherie de Divinity puis à comprendre que le monde communisme est un mensonge. J’ai cru lire un élément autobiographique dans la place de l’écrit car Ninjak trouve un espace de liberté dans l’écrit. Abram utilise le dessin pour exprimer une vérité interdite : le monde est faux.

Le rapport à l’État est un autre élément fort dans la série. Les secrets d’État sont nombreux : non seulement le vol vers la fin de l’univers n’est jamais dévoilé mais l’U.R.S.S. a déjà envoyé trois femmes cosmonautes avant les États-Unis. Chaque cosmonaute a une relation différente à l’État. Les parents de Kazmir l’ont donné à l’État. Bébé noir afro-américain abandonné devant l’ambassade d’U.R.S.S., Abram Adam se révèle être un enfant surdoué. Repéré par l’État communiste, il est poussé vers l’excellence mais rapidement, on comprend qu’il est un outil au service de l’État qui le traite comme du bétail. Abram Adams scientifique naïf ne se préoccupe pas de politique. On surveille chacun de ses gestes, on le gave de médicaments inconnus. Cependant, ce soviétique modèle garde une vie secrète : contrairement au règlement, il a une amoureuse. Des livres de science-fiction ont été déterminants dans la destinée d’Abram. Derrière cette littérature de gare, c’est un moyen pour les parents d’apprendre le pacifisme, la résistance et l’esprit critique sans le faire savoir à l’État extérieur. Au bout de l’univers, Abram veut rentrer et désobéit aux ordres de la mission. Pour Divinity depuis leur retour, débarrassés de la tutelle de l’État ils peuvent choisir leur liberté.

Par Valentina Volkov dit Myshka le deuxième récit est l’envers du premier. Froide disciple du régime, elle n’a pas d’amoureux car c’est contraire au règlement. Pourtant, elle connaît la réalité de l’URSS : orpheline, elle survit dans la rue en mangeant un rat. Elle est recueillie par un médecin car il a décelé en elle un talent. Son père lui inculque l’importance de respecter les règles collectives pour faire triompher le communisme. Son surnom de Myshka, petite souris, vient de sa mère adoptive qui lui donne cette seule marque d’affection lors de son agonie. Mais, pour son père ce surnom a un autre sens : elle est son cobaye. Elle n’a donc connu que l’amour factice d’un père fanatisé et refoule toute émotion. Par ces trois figures différentes, Kindt montre aussi le rôle de l’éducation dans le caractère. Pour elle, Abram a trahi la mission avec son corps et Kazmir avec son esprit. Une fois sur Terre, constatant qu’elle n’a plus rien, elle s’identifie à l’État russe. N’ayant aucune inhibition contrairement à Abram, elle se met au service de Poutine. Le président en costume militaire à la Staline, est présenté comme le diable. Il est d’ailleurs assez surprenant de voir revenir l’anticommunisme dans les comics. Myshka modifie la réalité faisant de la Russie la seule superpuissance. Dans un superbe combat, la vérité et de l’idéologie luttent : Time Square du côté d’Abram est réelle et communiste du côté de Myshka. Les deux cosmonautes parcourent les moments forts de l’U.R.S.S. lors de ce combat. Il y a également une dimension féministe dans le récit. Myshka doit être la première. Néanmoins, elle n’est recrutée que pour être la taupe dans l’équipe.

Au fil des mini-séries, la réalité s’efface et aboutit à un monde communiste. Kindt réussit à mêler l’intime et la géopolitique en présentant le changement du monde comme une psychose mentale. Des images sont très violentes : Colin découpe Bloodshot en tranche puis télécharge l’internet du monde réel à partir de son cerveau. Plus loin, Kazmir arrache la tête d’Abram. Est-ce parce que le monde a perdu la tête que Kindt a cette obsession ? Toujours aussi ambigu, Divinity restaure le monde à la fin de la dernière mini-série en manipulant les médias. Il ne dit pas la vérité mais introduit un remède.

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Myshka veut assurer l’égalité matérielle. Elle redistribue toutes les richesses et cela provoque la victoire du communisme. Abram a aussi un objectif politique : rendre tous les humains égaux face au bonheur. Cette série intègre une réflexion sur le bonheur assez rare dans les comics alors que la recherche du bonheur dans la Déclaration d’indépendance des États-Unis est présente. Différentes interprétations du bonheur parcourent la première mini-série. Pour le communisme c’est servir l’État. Pour Divinity ce serait retrouver sa famille mais peut-on revenir en arrière pour retrouver le bonheur perdu ? Ce dieu malheureux offre donc à chacun bonheur : devenir un homme oiseau, des papillons multicolores dans une nature vierge, rajeunir… Sa définition c’est trouver une meilleure place que ce que l’on espère. Cependant, pour cela, il fouille l’esprit en profondeur. Le bonheur signifie donc la fin de la liberté. Ce bonheur passe parfois par la foi. Le premier homme qu’Abram a aidé crée un évangile et rassemble des fidèles.

Je suis devenu très fan du dessin de Trevor Hairsine qui peut apparaître simple au premier abord mais se révèle très prenant par une mise en page virtuose. J’aime qu’il privilégie les petites cases rendant le récit dense mais agréable. Son trait est composé de peu de lignes toujours précises. Les scènes de combat sont à la fois vives et planantes. Par une superbe mise en page, il réussit à illustrer ce que pensent les soldats d’Unity et le combat figé dans le temps. Il crée aussi des liens entre les mini-série avec un début identique pour les deux premières : un alignement de plusieurs cases rectangulaires sur l’enfance. Hairsine intègre des pages de livre dans une superbe double page pour expliquer le passage du temps. Il faut aussi signaler les couleurs très contrastées de David Barron. Les couleurs vives amplifient le choc de la chute d’un alpiniste. Dans l’espace, on sort du noir assez convenu pour des violets magnifiques et une abondante lumière blanche. En plus de crayonnés et de toutes les couvertures, Bliss propose des bonus nombreux dont un que j’adore : des pages coupées en 3 (croquis, encrage et colorisation) avec des annotations du scénariste, du dessinateur, de l’encreur ou du coloriste.

Alors, convaincus ?

Alors que la seule lecture du tome trois m’avait simplement distrait, j’ai été bien plus touché par ce recueil. Abram est un être sensible plongé dans un régime inhumain mais au cours du volume il acquiert l’indépendance et trouve le bonheur. A plusieurs reprises, la réflexion sur le temps qui passe est émouvante. C’est donc selon moi une très bonne idée de rassembler ces trois séries en un volume. Mais je dois vous laisser car je vais me relire Eternity qui clôt en beauté ce cycle dément.

Thomas Savidan

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