[Review] Captain America Steve Rogers #1

Comics have the Power reste fidèle au héros à la bannière étoilée. Après All-New Captain America et Sam Wilson, on commence la nouvelle série Steve Rogers. Comment s’intègre ce deuxième Cap au nouveau run de Nick Spencer ?

Un résumé pour la route

Captain_America_Rogers_1Cet album rassemble les épisodes Captain America : Steve Rogers (2016) 1 à 6 et le volume pour le Free Comic Book Day de 2016. L’ensemble est scénarisé par Nick Spencer (Bedlam, Secret Avengers) qui, avec Captain America Sam Wilson, maîtrise ainsi tout l’univers du héros symbolique des Etats-Unis. Les dessins sont de Jesus Saiz (Checkmate, Swamp Thing) puis de Javier Pina (Batman & Robin Eternal, Birds of Prey).

Steve Rogers a retrouvé sa jeunesse après le crossover Avengers : Affrontement et reprend son rôle de Captain America mais il a un comportement de plus en plus étrange et éloigné de son passé… Steve Rogers a en fait été manipulé par Crâne rouge et a rejoint l’Hydra. Comment ce symbole de droiture dans l’univers Marvel a-t-il pu basculer ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Pour nous raconter ce basculement, Nick Spencer se réapproprie le passé de Steve Rogers. Dans les premières cases, on assiste au retour de Rick Jones, personnage un peu ridicule qui servait dans les années 1950 d’identification pour le lecteur. Le scénariste l’actualise avec brio comme hacker repenti et maladroit. On croise aussi Sam Wilson et le nouveau Faucon. On retrouve même des personnages mineurs comme Jack Flag et Free Spirit créés par Mark Gruenwald et Dave Hoover en 1994. Comme Grant Morrison avec Batman, Spencer reprend tout le passé de la série pour en rebattre brusquement les cartes. C’est aussi valable pour l’uniforme du héros avec, certes un nouveau bouclier modernisé par une pointe brûlante et des bords éjectables, mais ce bouclier a le même design que dans les années 1940. Comme Remender dans All-new Captain America, le scénario alterne l’action contemporaine et le passé – réel ou modifié – de Steve Rogers.

Spencer continue sa relecture politique de Captain America. Dans le premier épisode, pendant que Cap agit, le lecteur voit son cauchemar à l’arrière – des soldats de l’Hydra en formation. Ces images dénoncent les discours de guerre contre le terrorisme. Profitant de la crise des années 1930, Spencer glisse le lien entre le chômage et le développement du populisme. Par l’Hydra, il prend position contre les extrêmes en mélangeant l’extrême-droite américaine et les groupes terroristes. Crâne rouge reprend le discours de l’alt right américaine pour convaincre des citoyens américains exclus. Ce nazi réussit ainsi à se faire passer pour un modèle américain. L’Hydra est une organisation totalitaire qui nie l’individu et ne pense qu’au groupe comme le nazisme ou le stalinisme. Spencer s’y oppose et montre, comme dans la série Sam Wilson, l’importance de reconnaître chaque individu.

L’Hydra me semble aussi être une parabole d’Al-Qaïda avec une division interne comme celle entre Daech et al-Qaïda. Spencer décrit comment un homme tombe progressivement dans la radicalisation. Il ne fait pas de cet homme un monstre mais le kamikaze reste un humain bien que manipulé. Mis à part cet attentat, Spencer ne met pas en avant la violence dans le reste du volume mais la création d’un complot.

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Le but politique de Spencer est plus flou. La loi S.H.I.E.L.D. est-elle une dénonciation du Patriot Act ou de la soumission des États-Unis à l’O.N.U. ? On peut se féliciter de la place grande et diversifiée des femmes : Sharon Carter – femme de tête et chef politique, l’agent Hill – femme d’action et drôle, Sin – la dangereuse vamp – et la mère de Cap – mère courage qui se laisse abuser.

 

Steve, vieilli brusquement, devient étranger à son corps rajeuni. Cette série montre les traumatismes d’un homme. Un choc d’enfance de Steve a fait bifurquer son destin non pas vers l’héroïsme mais vers l’Hydra. Dès le premier épisode, moment clef sur le retournement de Steve, le lecteur redécouvre à la fois le passé et le présent. Le thème de l’enfance embrigadée réapparaît dans l’épisode deux. La voix off de Crâne Rouge raconte le passé de Kobik le cube cosmique en montrant la technique perverse qu’il a utilisée. Crâne Rouge manipule l’enfant surpuissant puis l’enfant pervertit ensuite les adultes.

Plus loin, on découvre les motivations cachées de Steve Rogers dans les différents crossovers récents. J’ai été un peu perdu car je n’ai pas tout suivi. Spencer veut mettre de la logique dans Marvel pour raconter son grand bouleversement ce qui me paraît impossible.

 

Ce récit en voix off et en flashback permet de montrer comment Cap a rejoint Hydra. Spencer montre parfois des failles dans le conditionnement de Steve. Le lecteur est ensuite encore plus choqué de voir Steve, symbole de droiture et de liberté, se peindre les couleurs de l’Hydra puis tuer. Ce choc est-il celui de Spencer qui voit les U.S.A. mal tourner ? L’Amérique est-elle pire sous la surface ? Le lecteur est aussi perdu car la réalité n’est plus stable – est-ce le passé véritable ou la version modifiée par Kobik ? On s’attend à une prise de conscience de Steve mais l’évolution est bien plus sombre. Rogers ne résiste pas mais crée sa propre vision de l’Hydra, encore plus rigoriste que celle de Crâne rouge.

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Spencer adopte globalement le même choix chromatique avec un passé en nuances de gris et un présent en couleur. Jesus Saiz réalise les dessins et l’encrage. Saiz et Pina ont un style hyper réaliste qui est renforcé par l’encrage et la couleur numériques. Très doué pour les visages, les couleurs sont très belles mais la texture numérique est un peu perturbante. Ce dessin hyperréaliste est un peu sans style, sans âme. On a eu du mal à repérer les artistes mais cela reste très beau. Le dessin hyperréaliste de Saiz est un peu figé mais cette lecture ralentie sert l’angoisse et la montée en tension : jusqu’où peut-aller Steve ?

Alors, convaincus ?

Après Captain America Sam Wilson, la refonte de l’univers du symbole national se poursuit toujours avec brio. Nick Spencer orchestre peu à peu un complot à l’échelle du pays en relisant le passé de Steve Rogers. Bien que moins convaincu par le style des dessinateurs, j’ai hâte de voir ce que va devenir ce Captain totalitaire.

Thomas S.

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