[interview] Stéphanie Hans

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Lors du dernier TGS Springbreak de Toulouse, j’ai pu avoir la chance d’interviewer Stéphanie Hans dont j’admire le travail depuis des années et que j’avais déjà pu rencontrer en 2016 pour Planète BD. L’occasion de faire un petit bilan deux ans plus tard, cette fois pour Comics have the Power.

Stéphanie, bonjour et merci de répondre aux questions de Comics have the Power !

Quand on suit ton actualité, on sait que tu as pas mal voyagé durant l’année dernière, notamment au Japon,  quelle expérience en as-tu retiré, est-ce que ça t’a aidé pour ton travail ?

Oui, forcément, pour une raison ou pour une autre, même si je ne sais pas si les éditeurs y ont pensé, on m’a proposé pas mal de choses en rapport avec le Japon depuis, encore maintenant d’ailleurs. Moi, ça m’a nourrie et cela a également changé ma façon de travailler parce qu’avant je travaillais en atelier, je veillais tard la nuit, ça m’a permis de trouver un autre rythme de travail : je travaillais dans des ateliers de coworking, dans des cafés car en Asie il y a beaucoup de cafés qui sont ouverts tard mais du coup, je tentais de finir mon travail avant minuit, alors qu’avant, minuit, c’était tôt pour moi ! Ça a aussi changé ça en me donnant un meilleur rythme de vie, j’essaie de m’y tenir. Ça m’a beaucoup ressourcée, on en a tous besoin à un moment ou à un autre, surtout en tant qu’illustrateur, on vit beaucoup les uns sur les autres ou surtout beaucoup sur soi-même, on tourne beaucoup en rond, on est dans une logique de travail pour honorer la prochaine commande, on ne fait que ça donc partir n’importe où, partir longtemps, ça fait du bien, ça fait réfléchir.

Ça fait maintenant quelques années que tu évolues dans le monde des super-héros et notamment dans l’univers Marvel ou DC, si tu devais faire un bilan, quel serait-il ?

Jean_Grey_Hansça fait huit ans maintenant ! Je fais régulièrement des bilans que je publie sur mon site, je vais en publier un bientôt. Il y a plusieurs vies dans les comics, il n’y en a pas qu’une, pour moi, tout se passe bien ! J’ai tendance à dire ces derniers temps que j’ai changé de paradigme : il y a quelques années, je ne savais pas tellement où j’allais, à l’horizon de deux trois mois, je ne savais pas ce que j’allais faire, je courais après les projets alors que maintenant, je suis occupée sur à peu près deux ans sur un gros projet, peut-être plus suivant comment cela se passera. Je ne sais pas tellement où je vais pour le reste de ma vie mais ça, en tous cas, c’est stable pour le moment : deux ans, c’est beaucoup pour un illustrateur. C’est à l’inverse de ce que j’étais il y a encore trois ans où je trouvais que ma vie était sur des rails tandis que j’étais dans une grande expectative dans mon boulot, aujourd’hui c’est totalement l’inverse et je préfère cet état de fait au précédent, ça me va mieux.

Tu disais qu’on te confiait des projets de plus en plus importants ?

Oui, c’est comme ça que toutes les carrières devraient se passer, c’est juste qu’en France, ça ne se passe pas comme ça; Aux Etats-Unis, plus tu en fais, plus les gens te font confiance et plus ils vont penser à toi pour des projets énormes. Qu’on s’entende bien, j’ai souvent plus d’ambition que de raison mais même quand j’ai commencé, malgré toute ma hargne, je ne pensais pas que je ferai ce que je fais aujourd’hui, j’en suis la première surprise. J’ai très peu de temps en ce moment pour faire d’autres projets que celui sur lequel je suis et j’ai refusé vachement plus de travaux que je n’en ai acceptés cette année. C’est du luxe mais c’est un peu stressant, c’est toujours stressant quand on est illustrateur parce que quand on n’a pas de boulot, on stresse parce qu’on n’a pas de boulot, quand on dit non à un projet, c’est culpabilisant, c’est stressant et on se dit qu’on ne nous fera plus jamais confiance si on dit non donc souvent, je dis oui alors que je ne devrais pas mais j’apprends à dire non en ce moment, c’est difficile !

Lorsqu’on s’était vues en 2016, tu disais à l’époque que tu étais plus à l’aise avec les personnages féminins, est-ce que cela a évolué ?

Stéphanie_Hans_PhoenixJe suis contente qu’on me confie des choses sur lesquelles je n’ai pas encore travaillé, j’accepte n’importe quel challenge, du moment que j’ai le temps mais par force, je suis plus à l’aise avec des personnages féminins mais est-ce qu’on doit toujours se complaire à faire des choses pour lesquelles on a des facilités, c’est trop facile ! Il faut un peu de défi, j’adore ça. En ce moment, ça fait un ou deux ans que je suis dans une production intense, j’ai un peu moins le temps de me poser des défis mais je m’en pose régulièrement, même si on ne m’en demande pas, j’ai besoin d’apprendre, j’ai besoin de faire des choses, de réfléchir à ce que je fais. On a tellement de personnes qui travaillent et ne se posent plus de questions, par manque de temps ou d’envie mais je trouve ça tellement dommage, il y n’y a rien qui n’est aussi peu stable que la relation qu’ont les gens à ce qui est beau, à ce qui est attractif, c’est complètement volatile : des choses qui ont fait des succès dans les années 80 ne pourraient jamais connaître le succès maintenant, les goûts ont trop changé, on ne les aime que par nostalgie ces années-là. Moi, j’ai besoin de travailler beaucoup en même temps que le monde évolue.

Parlons un peu du métier de cover artist que tu pratiques, comment est-on contacté pour faire une cover ?

Le cover art, c’est un métier très particulier, il y a un certain nombre de personnes, dont je pense faire partie, dont on sait qu’on pourra toujours les appeler pour un travail qui sera globalement plutôt pertinent et de temps en temps vraiment bon (rires). C’est important d’avoir une base solide. La question est surtout de savoir comment on est contacté pour faire sa première couverture parce qu’une fois qu’on a fait ses preuves, le boulot arrive. Moi, en l’occurrence, j’ai fait ma première BD chez Emmanuel Proust, Hachette m’a contactée pour faire des couvertures, l’exercice m’a plu mais ça ne me plaisait pas de continuer à le faire comme je le faisais à l’époque. J’ai fait un portfolio avec ce que je voulais faire, on m’a présentée à d’autres éditeurs, ces éditeurs-là ont aimé mon travail, mon travail a circulé, Olivier Jalabert l’a présenté à C.B Cebulski qui l’avait trouvé trop jeune encore mais intéressant et deux ans après seulement, on m’a appelée pour faire mes premières covers chez Marvel, et ensuite, on m’a appelée tous les mois. C’est comme ça que ça se passe, il y a eu une petite période il y a cinq ans où pendant cinq mois on ne m’a pas proposé de travail et j’étais un peu paniquée mais finalement, ça m’a aussi permis de contacter d’autres éditeurs, je leur ai envoyé un portfolio.

Est-ce que tu connais l’histoire dont tu vas faire la couverture ?

Ça dépend ce pourquoi on est engagé, ça dépend des éditeurs, je fais beaucoup de couvertures alternatives et sur ces couvertures on va beaucoup chercher – et c’est aussi ce pourquoi on va m’embaucher parce que c’est ma force – à faire des personnages qui sont un peu iconiques, un truc un peu fort, là dessus, on sait qu’on peut me faire confiance en général. A côté de ça, on peut être embauché pour faire les couvertures de toute une série. Dans ces cas-là, effectivement, on est plus impliqué dans le processus créatif et encore une fois, ça dépend des éditeurs, il y en a qui ont leurs idées, d’autres qui sont en attente de propositions, mais quand on est impliqué dans un projet à plus long terme, on connait un peu plus l’histoire, on peut créer des couvertures un peu plus pertinentes, mais c’est assez peu souvent le cas.

Tu parles de personnages iconiques et en effet, tes personnages sont souvent vus en contre-plongée dans une posture qui leur donne souvent un caractère mythologique, est-ce que tu as en tête ces références à la mythologie quand tu dessines ?

Oui, évidemment les vues en contre-plongée sont présentes mais je suis plus intéressée par la composition en général. Quand je compose une image, je vais toujours placer les personnages sur la diagonale parce que cela fait ressortir les compositions. Ce pour quoi je pense être forte, c’est que je gère bien l’espace négatif et l’espace positif et c’est important parce qu’une couverture, on la voit d’abord de loin et il faut qu’elle se détache, quand il y a cinquante couvertures autour, il faut qu’on puisse la voir. Il y a un petit côté renifleur de tendance, j’achète régulièrement des bouquins sur ce qui se fait en ce moment en illustration et ainsi de suite pour voir où j’en suis par rapport à tout ça et aussi construire mes images par rapport à cela, même si c’est de façon plus ou moins consciente.

Je trouve aussi qu’il y a beaucoup de rapprochements à faire avec l’Art Nouveau, tu es d’accord ?

Oui, bien sûr, comme beaucoup pour d’illustrateurs, Mucha est toujours une de mes idoles. Je suis très fan de l’Art Nouveau, du Jugendstil mais aussi beaucoup des peintres classiques de cette époque : l’Expressionnisme et l’Impressionnisme en général, je trouve que mon travail vogue un peu entre ces deux tendances et parfois vers des trucs un peu plus stricts, j’ai un trait plutôt nerveux, j’ai besoin que ça se sente.

Generation_PhoenixPeut-on parler de ce personnage de Jean Grey qui m’est cher et pour lequel tu as fait des couvertures alternatives magnifiques, est-ce que ce personnage te parlait au départ ?

Alors, moi, mon personnage préféré, c’était plutôt Storm chez les X-Men mais en fait, j’ai une affinité avec les rousses que j’aime bien dessiner. Une de mes éditrices m’a dit un jour : « tu fais des super flammes ! » Je me suis dit qu’il y avait peut-être un truc à creuser. Jean Grey, c’est un personnage que j’aime bien mais en fait, je les aime tous bien mais Storm était un personnage qui me fascinait quand j’étais jeune mais il y avait aussi dans les Nouveaux Mutants Mirage que j’aimais beaucoup qui a un côté fascinant et aussi Illyana Rasputin, je trouve que c’est un personnage qui est tellement sous-exploité ! Quand je lisais les histoires, je me disais « mais c’est elle la plus forte, pourquoi elle est toujours en retrait ! »

Quel est ton rapport avec les fans un peu « hardcore » qui peuvent parfois scruter le moindre petit détail ?

Je mesure ma chance, qu’on soit bien d’accord mais je suis toujours passée entre les gouttes, je n’ai jamais eu de problème avec qui que ce soit, par contre, je sais que c’est quelque chose qui arrive souvent. Au début, j’ai eu quelques remarques parce que je dessinais Storm trop jeune et ils avaient raison mais du coup, j’ai ajusté parce qu’ils avaient vraiment raison et je ne les aurais pas écoutés si je n’avais pas trouvé leurs remarques pertinentes.

Un très grand merci Stéphanie !

Un grand merci également à l’équipe d’attachés de presse du TGS qui a pu permettre cette interview.

 

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