[review] Captain America : Sam Wilson 3 Qui mérite le bouclier ?

La vie compliquée de Sam Wilson en tant que symbole national continue. Après le premier et le deuxième volume, comment Nick Spencer va-t-il faire évoluer ce héros si critiqué ?

Un résumé pour la route

Wilson_3_1La continuité est assurée par Nick Spencer ((Bedlam, Secret Avengers) mais, comme dans le second volume de Steve Rogers les dessinateurs se succèdent : Paul Renaud (Uncanny Avengers, Secret Wars), Angel Unzueta (Titans, Star Wars), Szymon Kudranski (Green Lantern, Spawn) et Daniel Acuña (Uncanny Avengers, La veuve noire). Je le répète souvent mais j’ai un vrai problème avec les sommaires de Panini qui, contrairement à Bliss ou Urban, ne précisent pas quelle équipe créative a réalisé quel épisode. Ce volume rassemble les épisodes 14 à 18 de Captain America : Sam Wilson qui ont été publiés aux États-Unis en 2018 par Marvel et en France par Panini en septembre 2018.

Steve Rogers ayant prématurément vieilli, il confie la tâche d’être Captain America à son partenaire Sam Wilson, le Faucon. Après s’être questionné sur son rôle dans All-New Captain America, Sam a lutté contre la Société du serpent tout en devenant un loup-garou dans un premier volume. Les tensions avec la frange la plus réactionnaire montent alors que Sam défend les migrants puis lutte dans le deuxième volume pour l’égalité des minorités. Il ne lutte pas seul mais un groupe se crée autour de lui. Pendant ce temps, Steve Rogers a retrouvé son âge. Il partage désormais le rôle de Captain America mais le lecteur découvre dans sa série qu’il est un agent double de l’Hydra.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Comme nous l’avions écrit dans l’article sur le deuxième volume de Steve Rogers, Nick Spencer crée un passionnant diptyque. Sam Wilson est le versant optimiste et idéaliste des États-Unis. Il représente la lutte pour l’idéal. J’adore le personnage de Sam car il n’est jamais monolithique mais plein de questions comme pour la vidéo de l’agression de Rage par les Americops. Doit-il la diffuser ? Le héros prend différents avis. Ses sidekicks sont pour alors que l’adjoint au maire craint l’émeute. Il ne faut cependant pas être allergiques aux dialogues assez longs. Spencer relie plus cette série avec le plan de Rogers. Dans l’épisode quatorze, Sam rate son tir de bouclier et le député est abattu. Toute cette attaque était un piège fomenté par Steve pour tuer un député – qui connaît la vérité sur le recrutement d’U.S. Agent. Steve ne veut pas tuer Sam, ce qui en ferait un martyr. Il préfère le laisser créer des polémiques et salir le faux idéal de liberté. Dépité et honteux, Sam lui rendra le bouclier. C’est pour cela qu’il le pousse à diffuser une vidéo compromettante.

Cependant, dans ce volume, le scénariste a choisi de se concentrer sur les proches de Sam. L’épisode quinze est l’occasion d’une sortie au catch avec Rage et le Faucon. Pour une œuvre caritative, leur collègue D-Man remonte sur le ring contre un invité mystère – Battlestar. C’est un ancien équipier de Rogers et, par son costume, un porteur noir de la bannière étoilée. L’idée de multiplier les références anciennes à la continuité de Captain America – et la place de la minorité noire chez Marvel – m’a fait penser à Grant Morrison avec ses versions passées de Batman. Moins politique, cet épisode est aussi un hymne pour un spectacle populaire qui rassemble, sur la revanche d’un catcheur humilié et la solidarité des catcheurs contre les voleurs.

Wilson_3_2

Cette description de l’équipe est un moyen pour Spencer d’élargir sa description des minorités. D-Man est en couple homo. Assez justement, il est loin de l’image de l’efféminé fragile mais, hélas, son ami fait un peu folle hystérique. L’épisode seize présente le féminisme. La couverture reprend celle d’All-New Captain America mais avec Misty Knight. Elle raconte sa vie professionnelle et personnelle avec Sam. Meilleure en combat rapproché, elle le remplace pendant un break. Elle doit retrouver pour la Femme échasse l’auteur d’une fausse sextape qui est un mafieux, la Limace. Cette mission d’action est aussi un récit féministe sur le harcèlement virtuel mais, après cette mission solo, elle retrouve sa place auprès de son homme – elle ne s’émancipe pas. Joaquim Torres est étudié dans l’épisode dix-sept car le naïf nouveau Faucon veut discuter avec la polémiste Ariella Conner qui propose de l’expulser. Ces épisodes sur l’équipe sont sympas mais j’ai ressenti une baisse de régime. Ils apportent peu de nouveauté sur l’intrigue générale. Cependant, à la fin de l’épisode dix-sept, Rage est arrêté pour vol alors qu’il tentait d’arrêter deux super criminels.

Spencer approfondit sa description de l’Amérique de Trump. Par le discours d’un politicien d’extrême-droite lors d’une collecte de fonds, il dénonce la déportation de masse et le refus du changement climatique. Dans l’épisode 17, dans un talk-show, Harry Hauser, modèle de l’alt-right, reçoit une jeune polémiste Ariella Conner. Sous ses apparences polies, elle ne propose rien de moins que la fermeture des frontières et l’expulsion des super-héros étrangers.

Cependant, Spencer ne fait pas pour autant un éloge du radicalisme après le personnage de Rage. En effet, ce politicien est agressé par le groupe Ultimatum qui porte des bérets noirs – comme les Blacks Panthers – et leur héros Flag-Smasher – « écraseur de drapeau ». Smasher réclame la venue des deux Captain. Il représente le radicalisme à l’américaine – comme le montre son discours sur « le retour du fascisme ». De plus, cette attaque est une diversion pour effacer la liste d’interdiction de vol puis les comptes bancaires des États voyous, les données de la N.S.A. et le code de lancement des missiles nucléaires. Mais tout ce groupe est manipulé par l’Hydra. Dans l’épisode 17, l’attaque des Grenades – un groupe d’étudiants libéraux aux idées extrémistes – illustre à nouveau ce refus de tous les extrêmes. Comme dit Sam, les super-héros – et donc les progressistes dans la vision de Spencer – sont pris en tenaille. Il se souvient avec Rage de ses jeunes années radicales et admet s’être assagi. Cependant, il reconnaît que parfois l’action politique radicale est importante.

Le racisme est encore présent mais sous une forme discrète – mais pas moins douloureuse. Le président de la fédération de catch dit à Sam qu’il est « plus ou moins » Captain America. Plus frontalement, Spencer donne des chiffres sur les dysfonctionnements de la justice pour les Noirs et les pauvres qui font froid dans le dos – un Afro-américain sur trois a connu des problèmes judiciaires. Cette répression différenciée crée tout une industrie pénitentiaire. Rage, fidèle à sa ligne politique pure, refuse les passe-droits des super-héros – solidarité d’autres super-héros pour la caution et l’avocat – pour dénoncer le système. Sam choisit une autre voie en faisant une enquête personnelle pour le sauver et pervertit la vidéosurveillance. Le lecteur est pris dans une course contre la montre et la tension remonte.

Wilson_3_3

La logique de faire un épisode par équipier fait passer le changement de dessinateur ce qui m’a fait penser à Valiant mais je trouve qu’ainsi il n’y a plus d’équipe créative et le scénariste devient un donneur d’ordre. Malgré la valse horripilante des dessinateurs, on peut trouver des similitudes entre les artistes mais aussi des différences avec Steve Rogers. Alors que Rogers vise un photoréalisme le plus proche de la réalité, les artistes de Wilson ont un trait plus proche de la bd et une matière plus matte. Les couleurs sont aussi plus chaudes. Le dessin de Paul Renaud est très agréable à lire mais plus plat que dans le volume un. Pour le dernier épisode, Daniel Acuña a un style personnel intéressant et une mise en page discrètement plus variée. Les images silencieuses de la réaction des Noirs face à l’agression de Rage sont très belles. Panini propose en maigre bonus l’ensemble des couvertures alternatives mais aussi des esquisses de différents personnages.

Alors, convaincus ?

Malgré quelques épisodes plus faibles, je reste toujours totalement convaincu par cette série. J’aime suivre ce modèle contesté de l’Amérique. Sam partagé entre espoir de progrès continu et lassitude, est très touchant. Si on peut, c’est très agréable de lire la série en parallèle avec Steve Rogers.

Thomas S.

Publicités

2 commentaires Ajoutez le vôtre

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s