[review] Harleen

L’avis de Sonia Dollinger

Ayant découvert de talent de Stjepan Sejic avec Sunstone, j’étais inévitablement curieuse de voir comment l’auteur allait s’emparer du personnage d’Harleen Quinzel, celle qui deviendra Harley Quinn. Si les origines du personnage ont déjà été magistralement mises en scène par ses créateurs, Paul Dini et Bruce Timm, cette nouvelle version apporte une vision approfondie et revisitée de la manière dont la jeune psychiatre se mue peu à peu en criminelle et de sa relation toxique avec le Joker. C’est subtil et superbe.

Un résumé pour la route

harleen_1Harleen est un titre scénarisé et illustré par Stjepan Sejic remarqué pour sa série Sunstone et pour ses travaux sur certaines séries DC comme Aquaman, Suicide Squad ou encore Justice League Odyssey. Le titre est publié chez DC Comics en 2019 et 2020 dans la collection Black Label. En France, Urban Comics publie Harleen dans un beau volume sorti en 2020.

Harleen Quinzel est une jeune psychiatre qui travaille sur le traumatisme et ses conséquences. Elle étudie notamment la manière dont l’empathie disparaît chez certains individus après une situation de stress intense qui provoque une rupture. Le jeune médecin a pu étudier le cas des soldats qui ont perdu les pédales et perpétré des crimes de guerre. Afin d’élargir ses recherches et prouver ses théories, Harleen cherche des financements. Alors qu’elle pense avoir échoué et se demande ce qu’elle va faire de sa vie, elle se retrouve au milieu d’une expédition menée par le Joker et ses sbires. Jaillissant au milieu des explosions, le Joker pointe une arme sur Harleen mais lui laisse finalement la vie sauve. C’est la première rencontre avec celui qui va définitivement bouleverser son existence.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Revisiter les origines des personnages afin d’en donner une vision nouvelle ou différente est un grand classique du genre avec de grandes réussites et quelques échecs. Pour ma part, je suis toujours extrêmement intéressée par ce type de récit, surtout quand l’auteur a carte blanche et qu’il peut donc donner sa vision des personnages sans être obligé de s’inscrire dans une continuité qui l’enserrerait comme un carcan. Par chance, DC Comics a donc fait appel à Stjepan Sejic, un artiste à l’écriture d’une grande profondeur et d’une douceur vénéneuse. Confier la naissance de la relation toxique d’Harleen Quinzel et du Joker à l’auteur de Sunstone ne pouvait être une mauvaise idée.

L’ouvrage s’appelle d’ailleurs Harleen et non les origines d’Harley Quinn, c’est une première indication. C’est bien l’histoire du docteur Quinzel que nous conte Stjepan Sejic, celle d’une jeune psychiatre idéaliste qui cherche à comprendre les troubles de l’empathie. L’auteur nous permet de la voir évoluer dans son travail de suivi des militaires rentrés des zones de combat. C’est l’occasion d’une réflexion sur la transformation d’un homme en monstre dénué d’empathie, sur les ravages et les traumatismes indélébiles que la guerre provoque chez les soldats. L’auteur montre comment ces expériences avec les militaires marque fortement le docteur Quinzel et l’aide à élaborer sa théorie sur les causes de la disparition de l’empathie chez certains individus.

N’étant pas psychiatre, je ne sais pas si les descriptions des méthodes d’Harleen sont justes mais elles sont en tous cas très crédibles pour un lecteur lambda. On s’attache vite à cette jeune femme passionnée, très professionnelle et timide qui est très vite confrontée à la réalité avec des recherches de financement privé pour ses recherches, on la voit surmonter sa timidité pour tenter de décrocher des fonds devant un parterre mutique de financeurs potentiels. Sejic montre très bien le décalage qui existe entre une chercheuse passionnée par son métier, convaincue du bien-fondé de ses travaux face à une assemblée qui se demande quel profit tirer de tout ceci. Si la recherche de financement privé est très répandue aux Etats-Unis et un peu moins en France, cela m’a toutefois rappeler quelques réunions compliquées de recherche de mécénat. Ce type de situation très réaliste donne vraiment du corps au récit, montrant une Harleen aux prises avec les difficultés quotidiennes d’un médecin chercheur.

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Sejic montre aussi les difficultés d’une jeune femme douée (voire surdouée) qui a du mal à s’intégrer au monde qui l’entoure. Plutôt que de penser aux mecs de son âge, elle est attirée par un de ses enseignants. On voit combien Harleen a soif de connaissances, elle ne peut aimer qu’un homme qu’elle admire avant tout intellectuellement. L’auteur évoque les rivalités au sein des laboratoires de recherches, les mesquineries inévitables, Harleen étant taxée de femme facile puisqu’elle a eu une aventure avec un enseignant. Cette aventure lui colle à la peau et l’isole encore davantage de ses camarades d’études. Malgré toutes ses qualités intellectuelles – ou à causes d’elles – Harleen est en marge, isolée avec une seule amie et confidente. Sejic montre avec brio comment une jeune femme extrêmement brillante à qui tout réussit professionnellement a toutefois une vie personnelle un peu triste et solitaire. La fragilité du personnage apparaît à cette occasion. Harleen est en quête d’idéal et d’amour, elle est prête à sombrer.

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Par ailleurs, tout au long du récit, l’identité du docteur Quinzel lui est souvent presque déniée : personne n’arrive à prononcer son nom correctement, comme si elle n’avait aucune importance et que personne ne fait l’effort de lui prêter assez d’attention pour l’identifier. Etant moi-même régulièrement confrontée à ce processus, je comprends assez bien l’agacement et la lassitude d’Harleen et son envie de hurler à ses interlocuteurs d’être un peu plus attentifs. Le déni d’identité est une technique assez usitée hélas dans les mécanismes de rabaissement de l’autre, on le voit jusque sur la porte du bureau d’Harleen à Arkham où son nom est encore une fois écorché.

Sa rencontre avec le Joker est à la fois violente puisqu’elle se retrouve au milieu d’un brasier d’où surgit le clown et ses troupes. J’ai beaucoup aimé l’esthétique du Joker, son allure de gentleman, le Joker est beau, effrayant et séduisant, on est loin de certaines caricatures et on comprend pourquoi Harleen est finalement obsédée par ce personnage. Sur le plan de la composition, Sejic magnifie la confrontation entre les deux. Harleen et le Joker sont-ils deux faces d’un même personnage ? J’ai aussi beaucoup aimé que Batman soit peu présent, même si certaines de ses paroles sont décisives et marquantes pour Harleen.

L’entrée d’Harleen à Arkham est également très spectaculaire et assez étonnante : Sejic renverse le paradigme habituel : lorsque le docteur Quinzel franchit les portes du lieu, le soleil brille et le bâtiment n’a pas l’air si inquiétant. L’accueil, par contre, est plutôt froid et encore une fois Harleen se retrouve isolée. Son seul recours est de se plonger immédiatement dans les archives d’Arkham et de faire connaissance avec les dossiers des pensionnaires. Là encore, Sejic traite son personnage en véritable chercheuse : avant de son plonger dans les entretiens avec les patients, Harleen se documente, prépare le terrain. J’aime beaucoup la façon dont l’auteur s’attarde sur ces parties qui donnent du corps au personnage ainsi qu’une vraie légitimité. Harleen, avant d’être Harley, était une chercheuse rigoureuse et investie. N’est-ce pas d’ailleurs ce qui la fait en partie basculer? Etre profondément investi dans son travail dans un monde pour qui tout zèle paraît suspect est déjà une preuve de marginalité.

Le point d’orgue de l’ouvrage est évidemment la série d’entretiens menée par Harleen auprès du Joker. Sejic insiste sur le charme vénéneux du Joker qui enferre la jeune psychiatre dans ses mensonges. Il décrit le classique processus qui veut que le médecin tombe amoureux de son patient, notamment à cause de son envie de le sauver alors qu’en fait, c’est Harleen qui se perd. Mais finalement, dans cette société qui lui dénie ses compétences et même son nom, le Joker – et dans une moindre mesure Poison Ivy – est le seul qui semble lui prêter réellement de l’attention, le seul qui prétend souhaiter son épanouissement (puisque son seul désir est de la voir sourire). Est-ce donc si étonnant qu’Harleen bascule ? La lente descente aux enfers d’Harleen est dépeinte avec brio, Sejic sachant évidemment particulièrement restituer l’atmosphère sado-masochiste qui s’installe entre le Joker et la future Harley Quinn. Il décrit la plénitude du plaisir physique avec un érotisme poétique, loin de toute vulgarité. J’ai aussi apprécié que l’auteur sache placer l’amorce d’une attirance entre Harleen et Ivy, cette dernière tentant même de la sauver de l’emprise naissante du Joker. J’aimerais d’ailleurs beaucoup que l’on confie à Stjepan Sejic un titre Harley Quinn / Poison Ivy, je suis sûre qu’il ferait des merveilles.

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Enfin, l’une des grandes réussites de ce titre est le personnage de Double-Face. La transformation d’Harvey Dent est concomitante de celle d’Harleen mais sa descente aux enfers est celle d’un homme reconnu, installé et respecté, dont tout le monde connaît le nom et redoute la rectitude. Au contraire d’Harleen, il est loin d’être invisible et c’est ce qui lui vaut ses déboires. Une surexposition médiatique masculine et une invisibilisation systématique féminine aboutissent au même résultat : un basculement dans la folie. Le parallèle de ces deux destins est vraiment intéressant et l’un des points forts du titre.

Alors, convaincus ?

Harleen est un des plus beaux titres consacrés au personnage d’Harley Quinn, tout simplement parce qu’il parle avant tout du docteur Quinzel avec une grande tendresse tout en n’occultant rien de la violence physique et psychologique qui préside à la naissance de l’Arlequin. Au delà d’un titre de super-vilains, Harleen est une réflexion sur la place de la femme dans un monde masculin, de la condition de chercheuse dans un univers régi par des intérêts financiers et carriéristes. Stjepan Sejic a, à mon sens, compris l’essence de tous les personnages qui défilent dans ce titre et son style élégant et vénéneux se prête de fort belle manière à son propos. Sejic chez DC Comics, on en redemande !

L’avis de Siegfried « Moyocoyani » Würtz

Harleen : origin story définitive ou Jarley fanfic ?

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Harleen appartient à ces projets que l’on ne voyait pas venir et qui enthousiasment dans leur principe seul en rappelant la capacité de DC Comics à faire assez confiance à un auteur fort pour lui confier soudain SA série, même sur un personnage aussi emblématique que Harley Quinn. Certes Stjepan Šejić avait déjà représenté l’arlequine dans Harley Quinn Annual, mais c’était l’affaire de quelques planches, qu’il n’écrivait pas et où il ne se démarquait pas réellement du délire général.

Le dessinateur croate s’était après tout surtout illustré sur The Darkness ou le webcomic lesbien/BDSM Sunstone, et son style pictural lui avait permis de se faire remarquer comme cover artist. Mais c’est sur l’arc Underworld du run d’Abnett sur Aquaman (Rebirth) qu’il avait vraiment commencé à travailler pour DC… de façon plus que convaincante, étonnant les lecteurs par sa capacité à livrer d’aussi belles planches dans un titre devenu mensuel pour lui, alors même que la sortie imminente du film aurait pu inciter les décisionnaires éditoriaux à opter pour un artiste plus régulier, conservant une production (et des ventes) bi-mensuelles. C’est bien simple, à son départ de la série, on lui demanda de réaliser tout de même quelques couvertures des numéros suivants et on les confia au non moins pictural Riccardo Federici, seul moyen de ne pas décevoir les lecteurs en passant d’un artiste exceptionnel à quelqu’un de plus ordinaire.

Est-ce pour des problèmes personnels ou de lenteur créative qu’il quitta Justice League Odyssey en plein arc, après le numéro 2 ? Toujours est-il qu’il avait su établir dans le mainstream comme dans l’indépendant son talent pour les environnements forts et (quand il est scénariste) pour une jolie peinture douce-amère d’une certaine mélancolie psychologique, notamment chez les personnages féminins. De quoi inspirer fortement confiance pour un comics de Stjepan Šejić sur Harley Quinn, surtout sans réelle pression de calendrier ou créative puisqu’il en serait l’auteur complet dans le cadre permissif du Black Label.

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Or comme peut l’indiquer le titre, reprenant le prénom « véritable » du personnage et pas le patronyme ni le pseudonyme, il s’agit dans Harleen de raconter à nouveau son origin story. À ce stade, il me semble que vous pouvez faire partie de deux écoles, celle qui reprochait déjà (un peu injustement, on l’expliquait ici) à Breaking Glass ses libertés par rapport au canon, et pourrait donc redouter comme la mort une véritable origin story trahissant tout à fait celle de Paul Dini, et celle qui espère au contraire d’un nouveau comics une nouvelle histoire, a fortiori dans un Black Label promettant une approche personnelle et originale, dont il reste à souhaiter qu’elle soit assez différente de celle de Dini pour ne pas s’y confronter directement – un peu à la manière d’un Breaking Glass justement ou d’un Earth One. Vous l’aurez compris, je fais plutôt partie du deuxième public quand Šejić écrit plutôt pour le premier un récit multipliant à ce point les références à Mad Love qu’on peut le voir comme son expansion modernisée plutôt que comme un titre distinct offrant quelques hommages bien sentis.

Or Mad Love avait-il besoin d’une telle expansion, transformant ses flash-backs en longue introspection très premier degré ? Après avoir lu Harleen, il me semble qu’il faut bien répondre par la négative, Mad Love trouvant une grande force d’évocation dans la suggestion et les ellipses, alors que détailler aussi longuement et verbeusement chaque méditation de l’héroïne ne fait pas particulièrement honneur à son intérêt.

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Jeune diplômée, elle reçoit l’assistance financière de Bruce Wayne pour interroger les patients de l’asile d’Arkham et tenter de prouver sa grande thèse… qu’ils ont probablement perdu leur empathie à force de vivre dans un environnement violent, bref qu’ils se sont endurcis parce que leur monde était dur. On nous l’expose à peine plus savamment, mais dans une rhétorique qui tient plus de l’enfumage que de la véritable théorie révolutionnaire, et juste au cas où le lecteur serait perdu par tant de science, on a droit à plusieurs rappels… Bref elle doit essayer de comprendre l’origine du Mal chez les différents super-vilains auxquels elle a accès, et tenter ensuite une thérapie en se souciant d’eux… on suppose – ce n’est jamais vraiment formalisé, et les rarissimes entretiens se résument à une case, bien loin du génie d’un Tom King dans Heroes in Crisis pour beaucoup dire si vite. Il était évidemment important qu’elle soit découragée de travailler sur toute la galerie de méchants du Batverse pour se focaliser sur un patient plus prometteur comme le Joker, mais elle ne paraît pas assez essayer avec les autres pour qu’on lui imagine une quelconque compétence, et on passe ainsi à côté de nombreuses occasions de scènes savoureuses voire un peu intéressantes, pour son développement et celui de son univers.

Même avec le Joker, je ne suis pas convaincu qu’on gagne beaucoup plus à leurs longues discussions que dans les quelques planches merveilleuses de Dini et Bruce Timm. Harley doit découvrir qu’aucun des six analystes précédents du clown fou ne lui ont jamais posé cette question cruciale « Avez-vous déjà éprouvé du remords vis-à-vis de vos victimes ? » (euh…) pour lui montrer qu’elle s’intéresse à lui d’une manière différente des autres, qu’elle veut vraiment l’aider… et complètement manipulée en plus d’être en manifeste crise hormonale (elle multiplie les fantasmes où le Joker la sauve et l’embrasse), elle parvient à oublier complètement qu’il en a manipulé d’autres et que toute l’humanité qu’elle croit lui trouver ne l’a pas empêché de commettre quantité de meurtres affreux.

Il y a pourtant de l’idée, quelque chose de presque frais, dans cette hypothèse d’un Joker humain. On a après tout si vite tendance à oublier sa nature qu’on l’enferme en effet vite dans la case « super-vilain qu’il ne faut même pas essayer de comprendre », alors que le montrer comme un homme de grands discours un peu ridicules, au corps couvert de cicatrices, bref ébrécher le mythe du beau parleur et montrer sa vulnérabilité a quelque chose d’assez saisissant…

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Cela aurait sans doute mieux marché encore si on pouvait le soupçonner une seule seconde amoureux réellement de Harley. Or on est supposé en douter, l’auteur le fait assez dire par ses personnages, sans se soucier de le raconter, de le donner à voir. Les images elles-mêmes ne traduisent guère que la manipulation la plus éhontée d’une psy bien naïve, échouant à prendre toute la mesure du « mythe Jarley ». Finalement, Harleen… est un comics un peu plus intéressant sur le Joker que sur Harley, puisqu’il en est le seul objet. Tant qu’on ne le voit pas, on se demande comment elle va parvenir à lui, quand on le voit, on se demande comment ils vont se séduire l’un l’autre, et comme elle peine à donner de vraies raisons de l’aimer, on se demande comment il va parvenir à la transformer, ou plus précisément à cueillir le fruit déjà archi-mûr et suppliant qu’on le cueille. Ainsi, quand on cesse de croire à l’étude menée par le docteur Quinzel sur le Joker n’a-t-on plus d’yeux que pour l’étude menée par Mr. Jay sur Harley, et qui en est l’amusant inversement, puisqu’elle fonctionne sur le même principe d’apporter du sourire et de la sympathie à l’autre pour l’ouvrir à soi, sauf que le patient y parvient autrement mieux que l’analyste…

En tant que fanfiction Jarley, il y a heureusement quelques idées et planches à sauver, ne serait-ce que dans le physique effrontément sexy du Joker, et dans la manière qu’a la timide Harley d’apprendre à assumer son corps et à affirmer son existence grâce à lui, dans un empowerment tordu mais qui fonctionne. Si elle fréquente par moments des femmes, son évolution professionnelle ne la met par exemple plus au contact que d’hommes qui, du Joker à Batman, du chef de la sécurité à Hugo Strange, de Harvey Dent à Bruce Wayne, l’écrasent tous d’une manière ou d’une autre, et face auxquels toute expression libre de soi peut donc paraître un saut nécessaire vers l’existence. En outre, le dessin de Stjepan Šejić, quoique trahissant parfois trop le numérique pour réellement vibrer, donne lieu à de vrais posters, par exemple quand elle trouve son costume, quand elle rêve qu’ils dansent, dans une scène d’union charnelle…

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Surtout, il faut apprécier que l’on sorte un peu de la redite en moins bien de Mad Love à partir du deuxième fascicule, et plus encore dans le troisième, grâce à la mise en scène d’intrigues secondaires dont on ressentait cruellement le manque dans le premier. Rappelez-vous, dans Mad Love lui-même l’origin story n’apparaissait que comme une série de flashbacks dans un nouveau plan délirant du Joker pour s’attaquer à Batman aussi cruciale fut-elle d’ailleurs, tandis que dans deux des meilleurs récits autour de Harley Quinn de ces dernières années, cette dernière parvient à être essentielle et l’objet d’une réinvention forte alors même qu’elle n’est pas le sujet premier du récit (White Knight) ou les auteurs racontent-ils une Harley sans l’asile ou avant l’asile (Breaking Glass), dans trois superbes manières de contourner l’origin story pure et dure, auxquelles on pourrait même ajouter la série en cours Criminal Sanity faisant de Harley une profileuse extrêmement compétente, poursuivant le Joker dans un récit extrêmement noir. S’en contenter sans apporter plus de profondeur au moins psychologique que cela pouvait décevoir, de sorte que l’arrivée d’une nouvelle substance dramatique ravive avec bonheur l’intérêt général pour la proposition de Šejić, même si l’on aura déjà compris à ce stade qu’il ne faut pas y rechercher la personnalité forte et l’inventivité tant scénaristique que graphique d’un Sean Murphy ou d’un Lemire/Sorrentino (Killer Smile), ou même d’un Kami Garcia/Badower & Suayan & Mayhew (Joker/Harley : Criminal Sanity).

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Il est en l’occurrence question de justiciers masqués tuant les criminels, et faisant donc sans mandat et enfin efficacement le travail que ni la police ni Batman ne se résolvent à accomplir. Or Batman en appréhende un… démasquant l’un des meilleurs éléments du GCPD. Ainsi une atmosphère soupçonneuse, quasi-paranoïaque, naît-elle dans la ville vis-à-vis de ses agents de l’ordre, et au sein du département lui-même entre agents ne sachant plus à quels collègues se fier.

Une belle idée pour renouveler l’antagonisme convenu entre le super-héros qui tue et celui qui ne tue pas, d’autant plus étonnant qu’il n’est pas trop mal imbriqué avec la naissance de Double-Face et qu’on n’attendait assurément pas une idée aussi dense dans un comics Harleen. Cela a beau se conclure n’importe comment, on retient que l’auteur a su créer un véritable arrière-plan au parcours de son héroïne, que l’on pourrait presque prendre plaisir à explorer à nouveau, surtout si l’origin story est actée et qu’il peut donc poursuivre vers d’autres voies…

Des déclarations récentes laissant croire qu’il pourrait abandonner DC pour l’indépendant sont encore assez ambiguës pour faire espérer la suite prévue de cette Harleen. Si je n’ai pas été totalement embarqué dans le récit, il a posé les bases de quelque chose me paraissant bien plus digne d’attention et plus frais, la relation entre l’arlequine et le clown une fois son empowerment acté, dont je suis sûr que le pinceau numérique de Stjepan Šejić et son attrait pour ces personnages saura lui donner l’iconicité et la complexité espérées une fois que Harley pourra réellement réfléchir à la compatibilité entre ses valeurs et celles de son amant, que l’on pourra penser plus profondément son émancipation totale, certes de la société mais aussi d’un Joker qui en incarne un revers tout aussi oppressif. En l’état, Harleen est surtout un Mad Love pour ceux qui n’adhèreraient pas aux dessins de Bruce Timm, peut-être pour un nouveau lectorat idolâtrant Harley suite aux films et à sa surexposition médiatique et cherchant donc une origin story moderne, belle et sans doute plus « facile ».

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