[review] Bloodshot (tome 1)

Un dessinateur aimé depuis longtemps et un héros au concept passionnant, j’attendais donc la relance de Bloodshot depuis très longtemps et le confinement a accru mon impatience mais, au final, cette série valait-elle l’attente ?

Un résumé pour la route

Bloodshot_1Ce volume rassemble les épisodes 1 à 3 de la nouvelle série Bloodshot sortie aux États-Unis entre septembre et novembre 2019 par Valiant ainsi que le Free Comic Book Day de 2019. Elle est éditée en France par Bliss en mai 2020. Le scénario est de Tim Seeley (Nightwing, Shatterstar) et le dessin par Brett Booth (Fantastic FourTitans) pour la série régulière et Tomás Giorello (X-O ManowarHarbinger Wars : Blackout) pour le FCBD. Les couleurs sont d’Andrew Dalhouse puis de Diego Rodriguez.

Bloodshot était un soldat d’élite dopé à la technologie des nanites qui était envoyé dans les missions les plus dangereuses. Cependant, il a découvert que toute sa vie n’était qu’un mensonge fabriqué par l’entreprise Rising Spirit. Désormais libéré de cette tutelle, il décide de mener ses propres missions.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Tout est fait pour que le lecteur qui n’a jamais lu un comics de l’univers Valiant puisse comprendre. Avant le premier épisode, une page comme prélevée d’un dossier secret résume le personnage. Ensuite, un passage explique ses pouvoirs mais c’est aussi un moyen de résumer les runs précédents surtout celui de Lemire qui semble avoir plu à Tim Seeley. Ces intrigues précédentes sont en arrière-plan : dans un flashback de quelques pages, on retrouve Bloodshot – de l’intégrale Bliss – manipulé par Rising Spirit vivant en plein délire de guerre du Vietnam. Le lien avec la dernière série est fait par quelques mots de Bloodshot. Il a quitté son repaire et sa famille pour réparer les torts provoqués par le Projet Rising Spirit. Il commence par s’attaquer à des fanatiques de la science dans le court épisode du Free Comic Book Day. L’action est tout de suite mise en avant. À New York, pendant une tempête de neige, un trio de cyborgs, Les derniers fils de la chair, kidnappent une scientifique. On baigne dans une ambiance mystico-numérique. Ces fanatiques veulent se débarrasser de la chair afin de devenir des êtres supérieurs. Ils ont créé leur propre hiérarchie où le chef est le cybergothi. Loin de mépriser Bloodshot, ce groupe l’admire car il est l’übermenschmachine, l’alliance ultime entre science et humanité. Bloodshot fonce dans le tas pour tout arrêter mais, par son pouvoir et le talent de mise en page, les scènes sont originales. Plutôt que faire ralentir la camionnette des terroristes, il fonce droit dessus et se fait logiquement rouler dessus. Dans la case suivante, on voit le conducteur disparaître sous le sol.

Bloodshot_2

Le récit fonce toujours aussi vite dans la série régulière malgré deux lieux d’action grâce à des dialogues limités à l’essentiel. Lors d’une réunion des maîtres du monde – enfin ils le croient – le Général Grayle est un invité caché. Comme dans le monde réel, cette réunion se passe dans le grand hôtel de Biarritz pour le G7. Mais, dans la page suivante, on est au Yémen en pleine guerre civile où des mercenaires viennent de voler un chargement de nourriture. Ils sont interrompus par Bloodshot. Visuellement, Booth vise aussi le réalisme – le char est très récent. Comme un jeu vidéo, le combat y va à cent à l’heure et passe d’un décor à l’autre – le port, des maisons en ruines, un porte-avion. Plus que la technologie militaire, le véritable danger est une femme. Eidolon, est une psiotique vendue au général pour être une arme vivante, l’assistante du général. Un retournement du dernier épisode propulse le récit d’une opposition entre un individu et un groupe à une lutte entre deux groupes secrets. En effet, Bloodshot est libéré puis recruté par Les brûlés, d’anciens agents secrets traumatisés qui se sont rassemblés pour se venger.

Tim Seeley vise l’efficacité et la tension ne se relâche jamais. Le Général Grayle demande de l’argent pour lutter contre Bloodshot mais montre ainsi aux puissants qu’ils ne savaient rien. Grayle veut en fait recréer le Rising spirit par The Black Bar. Le général voit l’existence même de Bloodshot comme une menace pour l’espèce humaine. Avant de le voir agir, il pensait qu’il n’était qu’une machine binaire – on pense à Terminator où les résistants humains se trompent – mais il comprend que la volonté, les émotions et l’esprit du héros, les trois parties d’une âme font tenir le héros. Pour Grayle, s’il est humain, il est faillible et donc encore plus dangereux. Quelques blagues parsèment avec talent les dialogues. Par contre, Seeley est pour l’instant moins à l’aise pour la profondeur psychologique. La personnalité du héros est surtout celle d’un gros bourrin. Le scénariste veut nuancer l’opposition binaire car le général n’est pas le diable : il distribue la nourriture aux pauvres yéménites comme il l’a promis à Bloodshot. C’est pour l’instant maladroit. Les arguments de cet ennemi m’ont perdu. Pour lui, avec Bloodshot « dieu ne croit plus en l’Homme » et que veut-il dire par « dieu juge et ne donne pas de pouvoir » ?

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Tomás Giorello est vraiment très fort pour la mise en page et son style est très toujours aussi beau. On va être honnête, plus que le scénariste, c’est le dessinateur Brett Booth qui m’attirait. J’aime son style vif et d’inspiration manga depuis Backlash et il me séduit toujours autant. Dans le premier épisode de présentation, le dessinateur réussit très bien à montrer en parallèle l’échange de coups de feu et les pouvoirs de Bloodshot : comme il ne ressent pas la douleur, son dos déchiqueté par les balles lui sert de bouclier pour protéger une civile. Ayant accès à internet, il lui parle en arabe. Quelques pages plus loin, il copie le corps d’un mercenaire. Par une image tout en rouge, le dessinateur montre qu’il contrôle une machine. Comme dans ses œuvres précédentes, il est toujours très doué pour les designs. Eidolon qui a des bras en métal rouge, porte une capuche et un masque sur la bouche. Son design est simple mais mystérieux. Les cases alternent gros plan et plan large comme la scène de combat d’un film. La mise en page apparemment anarchique renforce la vitesse et l’action. Par les bonus, on comprend l’importance de la couleur dans son travail. Comme à chaque livre, Bliss propose en effet de nombreux et riches bonus : les nombreuses couvertures variantes, des esquisses de Giorello et Booth.

Alors, convaincus ?

Cette nouvelle série est une des meilleures portes d’entrée pour un nouveau lecteur vers Bliss. Par un dessin vif et un scénario ultra speed, on est plongé dans un blockbuster mêlant action et quelques piques de rire. Les fans de Lemire trouveront sans doute le propos léger (pour l’instant) mais j’ai pris un grand plaisir de lecture qui donne envie de lire la fin pour me faire un avis complet.

Thomas Savidan

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