[review] Die ! Die ! Die ! tome 1

Après avoir refermé le dernier tome de Walking Dead, j’étais un peu en manque de Robert Kirkman. Oblivion Song est certes intéressant mais m’a paru un peu fade au regard de la grande saga de Rick Grimmes au pays des Morts Vivants et je ne me suis pas encore attaquée à Invincible (Shame on me). Fort heureusement, Delcourt a pensé tout de suite aux lecteurs en publiant Die ! Die ! Die ! Un titre à la fois gore et extrêmement drôle.

Un résumé pour la route

DIE DIE DIE - C1C4.inddDie ! Die ! Die ! est un titre scénarisé par Robert Kirkman sur une idée de Scott M. Gimple. Le dessin est confié à Chris Burnham et la couleur à Nathan Fairbairn. Le premier tome publié en France chez Delcourt en 2020 reprend les huit premiers numéros de la série sortie en 2019 aux Etats-Unis par Image Comics sous le label Skybound.

Sur un champ de courses au Royaume-Uni, des lévriers s’épuisent devant les yeux hypnotiques des parieurs. Un jeune homme bouscule un vieillard et lui tend un ticket. Quelle n’est pas la surprise du vieux monsieur lorsqu’il regarde la mise : ce n’est pas son ticket mais il vient tout de même de remporter un sacré pactole ! L’élégant jeune homme qui vient de changer sa vie n’est autre qu’un terrible agent secret aux prises avec des adversaires sans pitié. Mais pourquoi être intervenu dans la vie d’un vieillard sans histoire ? Et pourquoi cet agent est-il impitoyablement mutilé par de mystérieux poursuivants ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Une série d’espionnage avec des courses poursuites, des explosions, des cadavres et des intrigues, exposé comme ça, ça sent un peu le déjà vu. Certes, et pourtant, il y a mille et une façons d’exploiter un tel récit pour permettre d’accrocher le lecteur et c’est ce que font ici Robert Kirkman et Scott M. Gimple. Evidemment, il faut être amateur du genre, ce qui est mon cas, puisque je suis fan inconditionnelle de James Bond dont Kirkman offre une parodie bienvenue et très bien réalisée.

Le récit se déroule au Royaume-Uni et démarre sur un champ de courses. On imagine tout de suite que le bel agent dans son costume bien taillé va se tirer sans mal du mauvais pas dans lequel il se trouve et pourtant ça n’est pas le cas. Dès les premières pages, Robert Kirkman fait chuter celui dont on pensait qu’il serait le héros de l’histoire, comme si James Bond disparaissait dans les dix premières minutes du film et l’auteur n’y va pas par quatre chemin car il mutile son personnage, le sang gicle partout et Chris Burnham nous gratifie même d’un gros plan sur le visage du personnage en train de se faire trancher le nez. Amateurs de poésie, veuillez passer votre chemin !

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D’ailleurs, notre espion, qui est en fait un tueur, n’est pas un seul homme, il appartient à une terrible famille dont le père tenait les rênes, l’occasion de réfléchir à la manière dont un destin peut être conditionné par l’éducation qu’on inculque. Notre tueur appartient à une fratrie de triplés et là encore, on est bien loin de l’angélisme auquel on pourrait s’attendre : non, les trois frères ne font pas équipe et non, ils ne s’aiment pas, on le découvrira bien assez vite.

Derrière tout espion se cache un deus ex machina, en l’occurrence ici, la sénatrice Lipshitz, une femme désabusée et pourtant idéaliste, qui reste persuadée que les mauvaises actions des politiciens et autres hommes d’influence doivent être punies quitte à se salir les mains pour cela. Je ne sais pas si son nom est un hommage à Will Eisner car Lipshitz est aussi le patronyme du personne d’Un Pacte avec Dieu.

Bien que cynique et parfois très borderline, la sénatrice est sans doute l’être le plus intéressant à mes yeux : malgré ce qu’elle peut voir, elle ne renonce pas au bien commun et à travailler au service du public. A ses yeux, il faut conserver en tête le but ultime qui est de bâtir un monde meilleur, même avec des méthodes peu orthodoxes. Ce personnage machiavélique est vraiment une très belle trouvaille de Kirkman et c’est elle qui m’a rendu le récit attachant malgré son aspect gore assumé.

Son antagoniste, le sénateur Barnaby est une parfaite ordure, petit, affreusement dépourvu de sens moral et mu par sa haine des femmes en particulier. Il représente l’inverse de la sénatrice, un homme prêt à tout pour faire triompher ses intérêts au détriment du bien commun, le type qu’on adore détester et ça fonctionne très bien. Les protagonistes sont au centre de complots visant à éliminer des adversaires ou imposer leur vision de la société. Ils ont à leur service de gros moyens, des agences gouvernementales et des tueurs moins officiels. Avec Die ! Die ! Die ! Kirkman montre les dessous de la politique et des affaires, faisant apparaître les recoins sordides, les arrangements avec l’Histoire officielle. On reconnaît d’ailleurs un président des Etats-Unis qui semble très réel, ce qui permet à Kirkman d’encrer son récit dans notre réalité. On peut y voir une histoire complotiste ou la peinture d’une société bien malade qui est la nôtre.

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Pour habiller ce récit assez sombre, Kirkman sort la grosse artillerie et offre à Chris Burnham l’occasion de se déchaîner dans des planches explosives où le sang règne en maître. Toutefois, certaines planches contrastent avec ces couleurs vives et sanglantes, celles dont l’action se déroule dans les coulisses de la politique : ambiance feutrée, visages grimaçants émergeant à peine d’un halo de lumière, on entendrait presque les adversaires se susurrer des menaces de mort à l’oreille. Les deux ambiances sont d’ailleurs volontairement complémentaires, Kirkman montrant que la violence des tueurs et des agents de terrain n’est pas forcément la pire, comparée à celle du monde politique.

Alors, convaincus ?

Die ! Die ! Die ! est, pour moi, une très bonne surprise, à la fois par son ton cynique assumé et par le rythme du récit. Les protagonistes les plus intéressants ne sont pas forcément ceux qu’on rencontre en premier et, sous des dehors très gore – pouvant parfois rappeler les titres de Garth Ennis – Kirkman livre un récit très politique et bien ficelé. On peut aussi prendre le titre au premier degré et se faire plaisir à voir gicler des morceau de viscères au détour des pages, on peut enfin trouver son bonheur dans cette parodie de films de complots et d’agents secrets. Cela n’enlève rien à la profondeur des propos. Vivement la suite !

Sonia Dollinger

 

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