[review] Walking Dead tome 33 : Epilogue

Comme pour un grand nombre de lecteurs, le tome 32 de Walking Dead fut pour moi un véritable choc. Cette fin inattendue, préparée en secret, était finalement assez logique au regard du déroulé général de l’histoire et, pour clore le récit en beauté, Robert Kirkman choisit de proposer un épilogue qui se déroule bien après le drame. Si la perspective de voir la série se terminer me rend triste, la manière dont l’auteur a choisi de mettre fin à sa série phare a de quoi nous consoler.

Un résumé pour la route

Walking_Dead_33_1Wallking Dead est scénarisé par Robert Kirkman et dessiné par Charlie Adlard. On retrouve également Cliff Rathburn pour les trames et niveaux de gris. Ce tome 33 sorti en France chez Delcourt en 2020 reprend l’épisode 193 publié aux Etats-Unis chez Image Comics. Cet épisode 193 est un numéro spécial de 70 pages. Delcourt y ajoute les interviews et textes de Robert Kirkman, Charlie Adlard et Eric Stephenson, le rédacteur en chef d’Image, sortis pour le dixième anniversaire de la série.

Des années après la mort traumatisante de Rick Grimes, le monde semble en paix, les humains ont repris le contrôle de la terre. Les communautés se reconstituent sur des bases solides et saines. Pourtant, toute menace n’est pas encore écartée et la pire d’entre elles reste encore la bêtise humaine.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Robert Kirkman aurait très bien pu conclure avec l’épisode 192 sur une note extrêmement sombre et dramatique. Il a toutefois choisi de nous proposer un épilogue qui se déroule bien après la mort de Rick et qui offre une vision optimiste de l’avenir, malgré la couverture de l’ouvrage qui conserve un caractère quelque peu effrayant. En effet, on y voit une maison paisible dans le soleil couchant mais, au premier plan, apparaît le bras décharné d’un mort-vivant, rappelant la menace sourde qui continue à peser sur le monde. Cette image m’a immédiatement fait penser à la citation attribuée à Berthold Brecht : « le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde« . Robert Kirkman et Charlie Adlard ont-ils voulu rappeler la précarité de la paix par cette couverture ?

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Comme on pouvait s’y attendre, Carl est au cœur du récit, le jeune garçon est devenu un homme et un père attentionné qui évoque la figure de Rick par bien des égards : sa droiture, sa volonté de protéger les siens quitte à passer outre les règles établies. Il porte en lui l’héritage de Rick, celui qui a su préserver l’humanité des siens par delà les épreuves, qui a su ne pas devenir un Gouverneur ou un Negan malgré les horreurs qu’il a pu traverser. Carl est celui qui entretient le souvenir de son père par delà la légende, il est là pour rappeler qu’avant d’être un mythe, Rick était un homme, avec ses peurs, ses faiblesses mais avec sa droiture et, lorsqu’il se dresse face à la statue qui a été érigée en son honneur, il tente de rétablir une vision plus juste et moins idéalisée. Kirkman montre avec cet épisode combien la société a besoin de figures héroïques, quitte à réécrire l’histoire.

Avec cet épilogue, Robert Kirkman montre un monde qui renaît, des hommes qui s’attachent à rebâtir tous ensemble une civilisation plus ouverte et accueillante. Pourtant, le scénariste nous met en garde : très vite, les mauvais réflexes peuvent revenir : l’égoïsme, la cupidité, la bêtise n’attendent qu’un signal pour rejaillir et ravager à nouveau une société en train de se reconstruire. L’auteur pointe l’indifférence ou l’insouciance des jeunes générations face à des dangers qu’ils n’ont pas connu et qui leur semblent théoriques, les problèmes que peuvent poser les protections politiques ou familiales qui laissent prospérer des foyers de danger. Kirkman oppose ainsi ceux qui veulent maintenir le souvenir d’une période sombre pour éviter d’avoir à la revivre et ceux qui préfèrent oublier et vivre dans l’instant présent quitte à voir resurgir des dangers qu’on croyait enfouis. Cela me fait penser aux débats actuels sur le devoir de mémoire en particulier au sujet des génocides du XXe siècle.

Le discours de Michonne, redevenue magistrate, est un moment d’anthologie de cet épilogue. Par sa bouche, Kirkman livre une accusation de notre époque, accrochée à sa télévision et obnubilée par la consommation de masse qui ne sait plus où se trouve l’essentiel. « Les morts nous ont appris à vivre » dit-elle très justement, n’est-ce pas ce que traverse toute personne en phase de deuil ? Face à la mort d’un proche, tout ce monde d’apparence et de futilités ne paraît-il pas caduque ? Le chemin de Carl est celui d’un homme qui a traversé toutes les étapes du deuil : il accepte l’héritage de son père sans l’idéaliser, il en prend le meilleur pour le transmettre à son tour à sa fille. En père aimant, il la préserve des aspects les plus atroces du passé tout en évoquant les événements et la figure paternelle. On sent, à travers ce passage, toute la tendresse que le scénariste, a éprouvé pour son personnage principal, dont il a fallu qu’il se sépare, sans doute à regret. Et, même si Rick m’a énervée plus d’une fois, je dois dire que j’ai trouvé très beau ce texte rendant hommage à celui qui fut le fil rouge de Walking Dead.

 

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Oui, ce 193e épisode est optimiste, il montre que l’homme se reconstruit toujours, même après avoir subir les plus grands traumatismes. L’humain repart toujours de l’avant et remet en marche une société sans doute plus douce, plus juste, mais, pour combien de temps ? Derrière l’optimisme de Kirkman qui montre que l’homme de bonne volonté est celui qui laissera sa marque dans l’Histoire, il reste malgré tout une ombre, celle du mort-vivant, pas tout à fait mort, prêt à jaillir des buissons comme une vieille idéologie nauséabonde et à contaminer celles et ceux qu’il croise. Optimisme oui, mais pas béat, le scénariste invite également à la vigilance et à la sauvegarde de la mémoire des faits passés, une mémoire juste et pas seulement mythifiée qui permet la mise en garde et donc d’éviter les erreurs du passé. Selon la phrase prêtée à Winston Churchill, « un peuple qui oublie son passé est condamné à le revivre« . C’est la leçon que semble vouloir nous donner Robert Kirkman.

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Dans cet ultime épisode, Charlie Adlard livre un travail à la hauteur de la tâche avec ses personnages aux expressions fortes. On lit aussi facilement la colère d’un Carl qui voit sa famille menacée, le caractère sournois d’un enfant gâté qui joue avec la mort, la dureté bienveillante de Michonne ou la bonté d’un père aimant. Chaque expression est juste, tout comme les gestes et attitudes de chacun. L’atmosphère donnée par Adlard au récit est également très intéressante : on se croirait parfois au temps de la conquête de l’Ouest avec des saloons, des caravanes promenant des freaks ou des chemins de fer dévorant les plaines sauvages. Le Nouveau Monde ressemble terriblement à celui qui précéda les folies d’un XXe siècle devenu fou, est-ce un éternel recommencement ?

Alors, convaincus ?

Walking Dead marquera pendant longtemps la culture populaire. Même si le point de départ – une invasion zombie – n’est pas forcément original, Robert Kirkman a tenté un pari risqué avec son récit. Le Mort-Vivant n’est pas le personnage principal de Walking Dead, il n’est même plus la menace majeure lorsque la société s’est effondrée. Sa morsure tue, elle met fin à l’étincelle d’intelligence plus ou moins présente en chacun d’entre nous, elle éteint l’espoir mais le plus terrible des adversaires reste l’Humain. L’Humain qui, pour survivre, est prêt à tout, l’Humain qui sombre dans le sordide ou le meurtre, c’est lui qu’il faut craindre. Pourtant, celui qui survit peut aussi être celui qui transmet l’espoir, qui ne renonce pas à l’optimisme malgré la peur, celui qui ne transige pas avec ses valeurs lorsque les temps sont difficiles. Cet épilogue clôt l’oeuvre de Robert Kirkman de main de maître, avec douceur et conviction et laisse son lecteur apaisé tout en lui offrant matière à réflexion. Le volume édité par Delcourt est d’ailleurs très intéressant également par les textes présentés qui présentent la genèse du projet et montrent combien l’auteur a pu évoluer par rapport à son projet initial.

Merci Robert Kirman et Charlie Adlard pour ces années en votre compagnie.

Sonia Dollinger

 

 

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