[review] Fire Power tome 1

Robert Kirkman aime à revisiter les différents genres de la culture populaire, qu’il s’agisse des super-héros avec Invincible, des morts-vivants avec The Walking Dead, un univers de série d’horreur avec Outcast, de la Science-fiction avec Oblivion Song ou encore le monde de l’espionnage avec Die ! Die ! Die ! Il manquait donc un incontournable des années 1970 : les récits sur les Arts martiaux. C’est désormais chose faite avec l’arrivée de son tout nouveau titre : Fire Power.

Un résumé pour la route

Fire Power est scénarisé par Robert Kirkman et illustré par Chris Samnee. La couleur est confiée à Matt Wilson. Le titre est paru aux Etats-Unis chez Image sous le label Skybound en 2020. En France, l’ouvrage sort chez Delcourt.

Owen Johnson marche péniblement sur les toits du monde, au milieu des neiges éternelles. Après des jours d’errance, le jeune homme arrive en bas des marches d’un mystérieux temple shaolin. Il fait alors la connaissance avec son futur maître. Owen a-t-il trouvé enfin l’endroit où il pourra se reconstruire et éventuellement trouver des réponses aux questions qui le hantent.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Dans les années 1970 et 1980, les arts martiaux sont à la mode que ce soit dans les comics avec Iron Fist notamment, les séries comme Kung Fu avec David Caradine ou Karaté Kid pour les films. Dans ce nouvel ouvrage, Robert Kirkman intègre parfaitement tous les codes du genre et offre des hommages appuyés à tous les titres cités ci-dessus. On retrouve en premier lieu la quête de l’homme seul perdu au milieu des montagnes. Cette introduction est particulière : pas un mot, Owen est seul face à l’immensité d’un monde entièrement vide. La double page dans laquelle Chris Samnee montre Owen seul face à la montagne est tout simplement magnifique et remet l’humain à sa juste place. Pour parvenir au bout de sa quête, Owen doit aller au bout de lui-même, de sa motivation et de ses forces physiques et psychiques. C’est une métaphore habituelle de ce type de récit : il faut se dépouiller entièrement pour trouver la voie.

Ici, la voie est particulière : Owen tombe bien sur un maître shaolin, toutefois, celui-ci apprécie la technologie dernier cri et les apports de la société moderne. Kirkman ajoute une bonne dose d’humour et d’autodérision à un récit bien ficelé qui montre toutes les étapes de l’initiation d’Owen qui perd peu à peu son identité au profit d’un nouvel aspect plus « moine shaolin ». Tout le titre est un gros clin d’œil à Iron Fist, à commencer par le titre Fire Power et l’objet de la quête ultime de tous les élèves du monastère : retrouver la maîtrise de l’art perdu du lancer de boules de feu que seul un élu peut maîtriser. Mais après tout, le lancer de boule de feu peut tout aussi bien rappeler Street Fighter et le fameux « hadouken » de certains personnages.

Robert Kirkman prend le temps de détailler son univers qui se résume au monastère et ses abords avec forces détails. Inévitablement, il ne manque pas de décrire les rivalités internes et les petites jalousies entre élèves, les tentations amoureuses et le fonctionnement quotidien de ce lieu d’entrainement hors normes. Ce qui est intéressant également est de constater que, malgré son savoir, le maître n’a pas toutes les réponses et qu’il passe sa vie à tenter de progresser et de trouver un secret perdu. On est donc loin du personnage omniscient qu’on aurait cru voir au début du titre : aussi goguenard soit-il, il reste sur un échec depuis des dizaines d’années.

L’aspect graphique est un autre bon point du titre, Chris Samnee offre des cases aux ambiances variées et les premières pages, entièrement muettes, sont de toute beauté. Il sait montrer combien l’homme est petit au milieu des décors naturels. Les scènes d’entrainement et de combats sont fort bien menées également et la mise en page plutôt sage au début du récit devient plus inventive vers la fin. On peut regretter que, parfois, Samnee cède à la facilité en ne dessinant pas certains visages, ce qui laisse une impression d’inachevé, mais, dans l’ensemble, le rendu est plutôt cool.

Il va sans dire que la vie assez autarcique et plutôt paisible du monastère va se trouver perturbée par une guerre de clan, inévitable dans ce type de récit et, si Kirkman ne cherche pas à dissimuler certaines grosses ficelles, l’arrivée de nouveaux protagonistes donne un nouveau souffle à l’histoire et nous permet désormais d’attendre avec impatience le deuxième volume pour savoir comment Owen se place au milieu des conflits tribaux.

Alors, convaincus ?

Fire Power est avant tout un hommage assumé de Robert Kirkman à un genre qui fut très en vogue il y a trente ou quarante ans. On pourrait dire qu’il condense dans Fire Power tout ce qui a fait le succès des récits d’arts martiaux, un peu comme Quentin Tarantino le fait dans Kill Bill. La pointe d’humour que Kirkman parsème ici et là n’est pas grossière et montre que Kirkman n’écrit pas un récit premier degré. Attention : pour ceux qui chercheraient un ouvrage novateur, ce n’est, à mon sens, pas le propos de l’auteur qui se fait plaisir avec un genre qui a bercé son enfance et comme cela a aussi bercé la mienne, ce genre de titre est un vrai petit plaisir de lecture.

Sonia Dollinger

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