[review] Super-héros, une histoire politique

Les super-héros existent depuis maintenant quatre-vingts ans si on prend la naissance de Superman comme point de départ. Si, comme le dit Xavier Fournier, « les super-héros sont des contes et des légendes modernes » qui marquent notre enfance et notre imaginaire, il n’en est pas moins vrai qu’ils sont le reflet de notre société, ils en expriment les peurs et les espoirs et leurs aventures sont aussi des messages politiques.

C’est tout l’art de William Blanc dans son ouvrage, Super-héros, une histoire politique que de nous en faire la démonstration dans un récit passionnant sous forme de tableaux successifs. Nous avons interviewé William Blanc à la sortie du livre et nous vous invitons donc également à lire cet entretien afin de faire connaissance avec cet historien médiéviste.

Un résumé pour la route

Super_hérosSuper-héros, une histoire politique est un ouvrage de William Blanc sorti chez Libertalia en 2018. Nous vous invitons d’ailleurs à faire connaissance avec le catalogue de cet éditeur qui a déjà publié plusieurs ouvrages de cet historien, notamment une étude très complète intitulée Le roi Arthur, un mythe contemporain, qui revient sur la naissance et l’utilisation du mythe arthurien, y compris dans les comics où les références à Camelot sont particulièrement nombreuses.

Super-héros, une histoire politique, après une préface signée Xavier Fournier, gage du sérieux de cet ouvrage, débute d’ailleurs par une évocation du Moyen Age puisque William Blanc démontre avec soin combien les comics de super-héros font référence à cette époque qui peut pourtant paraître un peu lointaine. L’historien analyse ensuite dans plusieurs chapitres distincts ce que représentent les grandes figures des comics en commençant par la trinité de DC. Le voyage se poursuit avec des personnages emblématiques des combats qui agitent la société américaine et le monde contemporain de manière générale.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Dans son étude, William Blanc décide de choisir quelques figures majeures ou représentatives des comics de super-héros afin de démontrer combien ces figures que nous connaissons bien peuvent être des symboles des luttes ou des interrogations actuelles. L’historien évoque la célébration de la modernité à travers le personnage de Superman, rappelle combien Batman doit beaucoup au Moyen Age et que Wonder Woman est une icône féministe dès l’origine. Les créateurs des super-héros ne sont pas oubliés et, dans les temps troublés qui sont les nôtres, il n’est pas inutile de songer que les créateurs de nos héros préférés sont bien souvent des immigrés d’origine juive ou des militants féministes et progressistes.

Wonder_WomanA travers les héros choisis pour son étude, William Blanc décrit la lutte contre le nazisme grâce au personnage de Captain America dont l’auteur montre l’évolution et la complexification jusqu’à Secret Empire. L’auteur évoque aussi les combats écologistes et anticolonialistes avec un antihéros qui m’est cher : Namor. L’Atlante montre qu’un héros est souvent bien plus complexe qu’on ne peut le penser au premier abord. Les préoccupations écologiques sont d’ailleurs assez présentes dans les comics comme le montre le blog Unspoiled Comics que je vous invite à consulter. On retrouve ensuite deux héros noirs emblématiques de leur époque : Black Panther, qui apparaît au moment de la lutte des Noirs pour les droits civiques et Luke Cage, symbole de Harlem et de la blaxploitation. William Blanc montre ensuite combien un personnage comme Red Sonja, créée pour devenir un fantasme masculin est ensuite devenue une figure féministe. Un chapitre entier est consacré au Robin des Bois moderne, Green Arrow, un héros symbolisant les luttes sociales tandis que dans une autre partie de l’ouvrage, l’historien s’attaque à un symbole bien plus sombre : le Punisher.

D’autres sections du livre mettent en lumière des personnages moins souvent traités comme Howard the Duck qui apparaît dans une Amérique en plein doute après l’affaire du Watergate et la démission de Richard Nixon. L’auteur revient ensuite sur l’influence arthurienne et chevaleresque dans les comics en mettant en avant la figure d’Iron Man dont le costume rappelle les armures médiévales ou une équipe bien moins connue, l’Escadron Suprême dont l’histoire tragique démontre la faillibilité du mythe super-héroïque. D’autres chapitres mettent en avant le goût des auteurs de comics pour le sport national qu’est le baseball qui, lui aussi, dit beaucoup de choses sur l’Amérique contemporaine et mériterait un ouvrage à lui tout seul.

Asto51William Blanc a ensuite rédigé un chapitre entier sur les héros LGBT, fort bienvenu lui aussi dans la période de réaction actuelle. La longue évolution de la prise en compte de la diversité dans les comics est ainsi évoquée dans cette section dans laquelle l’auteur démontre qu’il ne s’agit, là encore, pas d’une nouveauté, même si le mouvement a longtemps été freiné par le comics code. Nous ne saurions trop vous recommander de compléter votre lecture par la visite du blog de Katchoo, The Lesbiangeek, qui traite de ces questions.

L’ouvrage se clôt sur l’analyse du personnage de Logan, notamment à travers le film du même nom, où William Blanc s’interroge sur la possibilité de la disparition des héros dans une société qui se cherche et ne trouve plus forcément ses repères dans les figures des héros traditionnels. Assistera-t-on à la disparition des héros ou à l’apparition de nouveaux personnages prêts à reprendre le flambeau ?

Vous l’aurez compris, Super-Héros, une histoire politique, n’est évidemment pas un ouvrage exhaustif tant la tâche de résumer quatre-vingts ans d’histoire s’avère titanesque et presque impossible. C’est donc des portraits et des tableaux que nous offre William Blanc, des portraits de héros qui sont aussi ceux de leur temps, des interrogations de leurs contemporains. Chaque chapitre est richement illustré et démontre ainsi que l’impact des images permet d’appuyer un discours politique omniprésent.

Alors, convaincus ?

Super-héros, une histoire politique est un ouvrage que j’attendais tant je suis sensible à ces questions comme vous l’avez sans doute régulièrement constaté à la lecture de ce blog. Avec ce livre, William Blanc nous sensibilise à ces sujets présents dans chacun des titres que nous parcourons. Ne cherchant pas l’exhaustivité, l’historien propose des exemples toujours bien choisis pour éclairer quelques points et mettre en avant les grandes questions contemporaines que sont l’écologie, le combat contre le racisme, le féminisme ou la lutte pour la diversité. Si certaines questions sont connues des fans de comics, le livre nous rappelle utilement combien nos comic-books ne sont pas de simples divertissements mais parfois de véritables manifestes politiques.

L’ouvrage est intelligemment découpé en chapitres courts et percutants, qui peuvent se lire indépendamment les uns des autres mais qui forment aussi un ensemble assez cohérent. L’ouvrage se lit facilement grâce à l’écriture vive et fluide de l’auteur.

On sent bien que l’auteur n’en a pas fini avec ce sujet foisonnant car chaque section pourrait faire l’objet d’un livre entier, il explique bien ses choix, ce qui lui évite une potentielle critique qui lui reprocherait de ne pas avoir abordé tel ou tel personnage ou tel ou tel comics. William Blanc démontre qu’un ouvrage historique sur les comics peut être à la fois instructif et passionnant et nous souhaitons que ce ne soit qu’un début !

Sonia D.

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