[review] Comics en guerre

Après la lecture de l’ouvrage de William Blanc, Super-héros, une histoire politique, j’ai décidé d’approfondir le sujet avec un ouvrage qui s’intéresse à une période en particulier, celle de la Seconde Guerre mondiale. Xavier Fournier livre une analyse extrêmement détaillée dans son livre intitulé Comics en guerre, un vrai régal pour qui se passionne pour les rapports entre les comics et l’histoire.

Un résumé pour la route

Comics_en_guerre_1Comics en guerre, la bande dessinée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale est un ouvrage de Xavier Fournier paru chez Sophia Histoire et collections en 2016.

Si les comics préexistaient à la Seconde Guerre mondiale, ils ont pleinement chroniqué et rendu compte des différents événements qui se sont déroulés durant les cinq longues années de conflit. Avant même l’entrée en guerre des Etats-Unis, les auteurs de comics étaient déjà prêts à en découdre avec le nazisme et l’Empire du Soleil levant et ils vont accompagner toutes les phases du conflit.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Si certains faits sont connus des amateurs de comics comme les liens évidents entre Captain America et la Seconde Guerre mondiale ou les combats de Wonder Woman contre les espions nazis aux côtés du major Steve Trevor, Xavier Fournier explore ici dans les détails de très nombreuses publications qui évoquent toutes les phases du conflit avec plus ou moins de vraisemblance. L’auteur rappelle également que certains éditeurs de comics comme le major Wheeler-Nicholson qui est à l’origine de DC Comics sont très liés au milieu militaire et donc particulièrement sensibles au sujet.

Comics_en_guerre_3Xavier Fournier montre également fort bien combien les super-héros sont impliqués dans le conflit : on voit Superman combattre des sous-marins marqués d’une croix gammée sans équivoque ou le surhomme kidnapper Hitler et Staline pour les emmener devant la SDN, ce qui démontre combien les Etats-Unis sont effrayés par les deux dangers que sont le nazisme et le communisme. D’autres images plus tardives nous permettent aussi de nous interroger sur le rôle du super-héros : que dire quand Superman voit exploser une bombe nucléaire sans autre réaction que celle de la filmer ?

La guerre est l’occasion de voir naître une profusion de super-héros drapés de la bannière étoilée : Captain America bien sûr mais avant lui The Shield ou le mythique Oncle Sam devenu plus qu’un symbole, un surhomme au service de la liberté. Xavier Fournier, en véritable archiviste, fouille dans les moindres recoins pour dénicher des personnages aujourd’hui oubliés comme Captain Freedom ou Minute Man. Les femmes ne sont pas en reste et si on retient Wonder Woman, il ne faudrait pas oublier Liberty Belle ou Pat Patriot, sorte de Jeanne d’Arc des temps modernes et l’analyse de l’auteur sur le sujet est passionnante, montrant l’implication de la gente féminine dans l’effort de guerre.

Xavier Fournier montre également combien la figure de l’ennemi évolue et se précise : parfois un peu floue avant l’entrée en guerre officielle des Etats-Unis, l’adversaire prend très vite les traits d’Adolf Hitler, de Mussolini ou de Hiro Hito qui sont parfois littéralement présentés comme des séides du démon. Les comics ne manquent pas non plus de représenter les figures du traître collaborateur français ou des espions qui pullulent sur le sol américain. Mais les auteurs de comics mettent aussi en avant de véritables héros de guerre comme les aviateurs, les infirmières ou des figures réelles comme Leclerc ou de Gaulle.

Traitant des différentes phases du conflit, les comics emmènent leurs personnages dans la poche de Dunkerque, en plein cœur du désert africain ou sur le front russe. J’ai été surprise de voir certains artistes mettre en avant des héros soviétiques par exemple. On trouve aussi des personnages issus de la Résistance française, masculins ou féminins. Le réalisme de la représentation des camps de concentration est aussi surprenant car il intervient avant la libération des camps et donc le constat des horreurs qui y furent commises.

Bien sûr, la représentation de la Seconde Guerre mondiale ne s’arrête pas en 1945 et Xavier Fournier montre fort bien comment on retrouve des traces de ce conflit dans certains titres des années 1960 comme Sergent Fury and the Howling Commando ou les aventures bien plus contemporaines de Captain America sans oublier la revisite des origines de Magnéto très liées aux camps de concentration.

Comics_en_guerre_2

Tout au long des pages, on retrouve des auteurs aujourd’hui méconnus mais aussi Jack Kirby pour son Captain America et ses Boys Commandos en particulier ou Bill Everett et son Namor. Cela permet de rappeler que la plupart des auteurs de comics comme Jerry Siegel et Joe Shuster sont d’origine juive et donc particulièrement sensibles à la situation européenne, expliquant leur impatience à voir l’Amérique en découdre avec les nazis et donc envoyer leurs héros bastonner Hitler bien avant l’entrée en guerre des Etats-Unis.

L’ouvrage est riche en découverte grâce à la somme impressionnante de documentation amassée par Xavier Fournier et analysée avec soin et un grand sens du détail. Les illustrations sont très nombreuses et tirées certes de titres que l’on connait encore aujourd’hui mais aussi de publications beaucoup moins connues du grand public, ce qui permet d’approfondir sa culture comics sur cette période qui foisonne de héros patriotiques. S’il en était encore besoin, la lecture de cet ouvrage historique montre bien la forte imbrication existant entre les comics et le contexte politique dans lequel ils sont produits et combien ces publications sont de véritables caisses de résonance de la société. Ouvrages de propagande en même temps que récits d’aventures souvent réussis, les comics de la Seconde Guerre mondiale sont des témoignages culturels et politiques.

Alors, convaincus ?

Amatrice d’Histoire, ce livre ne pouvait que me séduire par l’étude très précise de l’auteur. Xavier Fournier sait allier précision historique et sens de l’anecdote pour rendre son ouvrage passionnant. La très riche iconographie qui soutient le propos est une mine d’or qui réjouira tous les lecteurs intéressés par l’histoire des comics, pouvant également permettre aux enseignants en histoire de s’appuyer sur l’ouvrage pour leurs cours sur la Seconde Guerre mondiale. Ce titre permet de mieux appréhender pourquoi et comment les super-héros ont fait la guerre, de mieux connaître l’âge d’or et de comprendre pourquoi le genre super-héroïque a pu connaître une forme déclin après la fin du conflit.

Sonia D.

 

 

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