[keep comics alive] Amazing X-Men, A la recherche de Diablo

Revenir à la vie est peut-être unique dans la Bible mais c’est assez courant pour les X-Men. Marvel est donc plus fort que la Bible ? Je n’oserais me prononcer… mais, si les héros mutants réussissent souvent leur mort, surtout Phénix, les récits de résurrection sont souvent plus laborieux. A la recherche de Diablo est pour moi une très belle exception.

Un résumé pour la route

Ce tome rassemble les épisodes un à six de la série Amazing X-Men qui ont été écrits par Jason Aaron (All-New ThorSouthern Bastards) et dessiné par Ed McGuiness (HulkNova) puis Cameron Stewart (BatgirlCatwoman). Ils ont été publiés par Marvel entre décembre 2013 et avril 2014 aux États-Unis puis chez Panini en France en novembre 2017.

On en dit quoi sur Comics have the power ?

Ce récit est certes centré sur un personnage secondaire de X-men mais, si je trouve ce récit de résurrection réussi c’est parce qu’il concerne un héros que j’aime beaucoup : Diablo. Certes, il n’a pas la carrière de Jean mais il est concerné par des problématiques intéressantes et multiples. En lui, se révèle le conflit entre le corps et l’esprit. Kurt Wagner a le corps de démon mais son esprit est altruiste, tendre et il est profondément religieux. Sa vie est aussi un paradoxe. C’est un des esprits solaires du groupe malgré une enfance parmi les plus douloureuse. Rejeté par ses parents, il est élevé dans un cirque. Lorsque Xavier le trouve, il était poursuivi par une foule haineuse car, en raison de son physique, il est assimilé au diable. La révision récente de ses origines est encore plus sombre car il est issu de la relation entre le démon Azazel et Mystique, cheffe de la deuxième Confrérie des mauvais mutants. Il est pacifiste mais c’est un soldat fan films de cape et d’épée et de récits de pirates. Récemment, Diablo a été tué par Bastion lors du crossover X-Men : Second Coming que j’ai complètement raté. Dans les différentes étapes du scénario, on sent d’ailleurs que le scénariste Jason Aaron connaît bien le héros. Pour expliquer ces principales facettes et l’évolution du personnage, la première page reprend des œuvres de dessinateurs connus, Alan Davis deux fois, Dave Finch et un artiste que je n’ai pas reconnu. Présent dans ce récit, le Fauve est partagé par le même paradoxe que Kurt : un homme intelligent et doux dans un corps de bête. Lors des combats, le Fauve perd son humanité pour la sauvagerie car il a été poussé à bout.

Le retour de Diablo par Aaron et McGuiness

Étrangement, même s’il s’agit d’un retour à la vie, la voix off par Diablo est très sombre, expliquant comment il est tombé du Paradis. Aaron n’hésite pas à montrer le Paradis dès le début. Le catholique Diablo se retrouve là où il a toujours espéré aller mais, pourtant, il n’est pas heureux. Ed McGuiness en fait une image très émouvante : il regarde tristement le vide sur le bord et se refuse à visiter l’Éden. Quand le paradis est abordé par des démons, il rayonne, fou de joie de retrouver des adversaires qui, en plus, sont des pirates avec des épées. Cependant, il ne peut les poursuivre car, étant mort, il ne peut sortir du paradis. Cette attaque se révèle très personnelle car elle est menée par son père Azazel. Amiral des hordes d’Hoggoth, le pirate navigue dans le purgatoire. Il vole des âmes pour renforcer son pouvoir et a recruté des damnés pour planifier la conquête des âmes. Il veut devenir Dieu et Diable en même temps.

On passe ensuite à l’institut Jean Grey – de la toute aussi bonne série Wolverine & The X-Men – avec Firestar. Le nouveau lecteur s’identifie à cette ancienne New Warriors et Avengers qui vient d’entrer dans l’équipe pédagogique de l’école Grey. J’ai beaucoup aimé ces quelques pages où on retrouve les blagues sur les profs – des héros totalement dépassé par leur rôle d’enseignant – et la vie en commun dans cet internat : Wolverine a emmené ses étudiants sans l’accord de Tornade à un festival de film de kung-fu. Le lien avec Diablo arrive plus tard : poursuivant les bamfs (des petits Diablos), un groupe d’X-Men se retrouve téléportés dans différents territoires de l’au-delà. C’est lors de cette série que l’on découvre enfin l’origine de ces petits démons. Ils étaient des vers (des charognards) vivants dans les sous-sols des enfers quand Azazel les a trouvés et les a nourris de son sang. Ils sont alors devenus les bamfs rouge. Puis, Diablo a fait un pacte secret qui en a fait des bamfs bleus. Les X-Men projetés dans l’au-delà sont en lien avec l’enfer et le paradis : le Fauve a le corps d’un démon, Wolverine a des valeurs violentes, Vega a subi une pesante éducation religieuse, Tornade devait être une déesse en Afrique, Firestar et Iceberg symbolisent le feu et la glace. Chaque duo devra lutter contre les lieutenants d’Azazel qui sont aussi des personnages historiques connus pour leur violence : Caligula, Billy the Kid et Jack l’Éventreur sont les capitaines de navires des enfers mais on découvre bien plus tard le nom de leur chef tout comme les retrouvailles assez tardives des X-Men avec Diablo. En effet, les mutants ne savent pas qu’ils viennent aider Diablo qui distille pourtant des indices. Le lecteur en sait plus que les héros et c’est drôle. De plus, ils ne croient pas être dans l’au-delà et qu’Azazel est un démon.

Séparés, plusieurs X-men s’en sortent et se réconfortent à l’aide d’un souvenir sur Diablo. A chaque retrouvaille, on découvre un épisode du passé qui montre l’importance de ce héros dans la vie de l’équipe. Kurt qui, pour remonter le moral d’Ororo, lui a trouvé et décoré sa chambre. Seule la résolution est décevante car elle est trop rapide en fin d’épisode et je comprends mal le choix de Diablo. D’une part, il téléporte son père sur terre et le bloque dans ce monde par son sang. D’autre part, il rejette le paradis et fait un pacte avec les bamfs bleus qui fusionnent pour lui créer nouveau corps dur terre. Pour cela, il a vendu son âme. Hélas, je n’ai absolument pas vu depuis comment cette situation a été résolue et je le regrette car cela lançait un thème intéressant.

A la recherche de Diablo est aussi un récit sur le père. Ses amis aident Diablo contre un père qui le rejette alors que leur père spirituel, le Professeur Xavier, les aide par la pensée. Le sixième épisode poursuit le thème de la filiation. Sa mère, Mystique, passe le voir et cette réunion de famille se termine par l’alliance de ses deux parents… pas vraiment pour le bien. Tout cela se passe lors d’une classique fête de retrouvailles mais avec un versant optimisme car Kurt réussit à rassembler Cyclope et Wolverine, ennemis à l’époque. 

Diablo et les Astonishing X-Men par Ed McGuiness

J’ai toujours apprécié le dessinateur Ed McGuiness. Son style tout en rondeur me fait penser à Alan Davis d’Excalibur. Ce dessinateur sait montrer les contrastes comme dans l’Eden entre le décor lumineux et le visage tragique de Kurt. Le cadrage et mise en page privilégient toujours la rapidité de lecture. McGuiness représente donc très bien les combats tout en souplesse avec des sauts de téléportation du Farfadet des X-Men. Il réalise une superbe double page du combat entre deux téléporteurs qui commence dans un coin du bateau puis explose partout en se rapprochant du lecteur. Plus loin, Iceberg balance tout ce qu’il a dans un dernier souffle glacé rendu impressionnant par le dessinateur. Dans le dernier épisode, Cameron Stewart a un style proche mais avec des formes carrées. Hélas, il manque de relief et de nuance surtout en fin d’épisode où les pages sont presque des croquis.

Alors, convaincus ?

Comme je l’ai dit, il s’agit d’une des plus belles résurrections d’un X-Men. Aaron réussit à la fois à être fidèle aux racines du personnages en le faisant revenir du paradis tout en proposant un futur assez infernal. De plus, ce récit est à la fois un retour à la vie et un retour aux origines. Kurt retrouve ses deux parents et Aaron réussit même à lui donner un côté plus sombre. Le dessinateur Ed McGuiness est tout aussi excellent. Hélas, la suite sera moins bonne. D’une part, cette série s’effondrera après lors d’un voyage au Canada. D’autre part, je ne pense pas que les pistes lancées ici – comme l’âme de Diablo – aient jamais été résolues.

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