[Review] New Teen Titans (volume 4)

On arrive à la fin du run du duo Marv Wolfman et George Pérez et ce tome marque l’arrivée de Nightwing. Autant le dire tout de suite, c’est avec regret que je vais quitter cette série.

Un résumé pour la route

Ce volume rassemble les épisodes Tales of the Teen Titans 42 à 55 ainsi que l’Annual 3 puis New Teen Titans 1 à 5 et l’Annual 2. La plus grande partie est écrit par Marv Wolfman (Tomb of DraculaDeathstroke) et George Pérez (Wonder WomanAvengers) qui assure également les dessins. Il est aidé par Carmine Infantino (FlashBatman), Steve Rude (Nexus), Rich Buckler (BatmanBlack Panther), Ron Randall (WarlordDargonlance). John Byrne (Alpha Flight, Next Men) s’occupe de l’Annual 2. Ces épisodes ont été publiés entre 1984 et 1986 chez DC comicsaux États-Unis et par Urban comics en France en janvier 2021.

Au départ, Teen Titans est l’équipe junior de la Justice League, rassemblant les sidekicks des super-héros. Dans les tomes précédents, on a vu cette équipe s’émanciper et construire des liens fraternels entre eux. Dick Grayson, Robin, et Starfire vivent même une romance. On a aussi pu découvrir le passé de Cyborg, Changelin et Starfire. Une nouvelle équipière vient d’intégrer l’équipe, Tara Markov alias Terra qui maîtrise les forces terrestres. Cependant, le lecteur a découvert qu’elle travaille en fait pour leur ennemi l’Exterminateur (Slade Wilson, Deathstroke aujourd’hui).

On en dit quoi sur Comics have the power ?

Dans le courrier des lecteurs, Marv Wolfman était très souvent accusé de copier les X-Men. Le scénariste prend le contrepied de ces critiques dans le Contrat Judas, une mythique histoire. Les scénaristes vont aller au bout de leur idée de départ sans rebondissement ce qui paradoxalement fait la force de ces épisodes. Tout débute par un épisode de pause, montrant la vie intime et heureuse des Titans. Donna prépare son mariage avec Terry et Changelin flirte avec Tara alors que Victor s’amuse avec les enfants du centre pour enfants handicapés. On assiste ensuite à leurs entraînements en tandem dont la compétition – sans plus aucune animosité – entre Wonder Girl et Starfire deux guerrières formées dès l’enfance. Ces moments très amicaux sont un moyen de montrer une équipe soudée mais il y a une traître et seul le lecteur le sait. Contrairement à Malicia et Kitty Pryde qui venaient de rejoindre les X-Men, Terra n’est pas une alliée fidèle mais elle les observe pour préparer ses tactiques. Les bulles de pensées montrent sa haine. Seule la sorcière Raven est sceptique mais ne s’ouvre pas aux autres. En dehors de l’équipe, l’Exterminateur se prépare et on découvre un troisième groupe. Tous les protagonistes connaissent le danger à venir… sauf les jeunes héros. De plus, chacun s’observe par de petits écrans de télé. Tout est fait pour faire monter la tension. Habilement, le début de l’épisode suivant est une transition. Dick, ayant quitté l’équipe, travaille dans son bureau avant d’être attaqué par l’Exterminateur. Il s’en sort puis enquête sur tout un épisode pour savoir ce que sont devenus ses coéquipiers – Wolfman reprend ici un très bon procédé du tome précédent. Le jeune détective réalise qu’il est le dernier à avoir été attaqué et seul à avoir survécu. Il va obtenir l’aide d’un nouveau personnage, Jéricho qui est le fils cadet de l’Exterminateur. En raison des traitements subis par son père, Jéricho est un mutant qui peut contrôler ou prendre par la pensée le corps d’un autre. Arrivée à cette période du run, le récit est une coconstruction du scénariste et du dessinateur comme Jericho dont le nom et idée d’en faire le fils de l’Exécuteur vient de Wolfman mais George Pérezajoute le costume, la personnalité et la spécificité qu’il soit muet. On sent que ce personnage est particulier pour lui car, ayant interdit en plus à Wolfman les bulles de pensée, tout doit passer par le dessin. Le Contrat de Judas se termine tragiquement mais aussi brillamment par le portrait du mal incarnée qu’est Tara Markov. Elle ne cesse de dire aux Titans qu’elle leur mentait, elle refuse de s’amender ou de s’expliquer. Terra est un personnage fort par sa simplicité. Elle est une peste et adore cela. Usant de son pouvoir, elle veut dominer et non pas aider les autres. Elle est aussi psychologiquement très instable. Dans le dernier chapitre, elle ne supporte plus aucune faiblesse ou trahison basculant alors dans la folie furieuse.

L’autre grand moment de la série est le mariage de Wonder Girl dont la préparation sautille sur plusieurs épisodes. Après quelques pages sur l’enterrement de vie de garçon et de jeune fille au début, toute une moitié d’épisode est consacrée à l’essayage des tenues. Mon cœur d’artichaut fond devant ces pages visuellement superbes et délicieusement romantiques. Les scénaristes font monter la sauce pour culminer au numéro 50. Comme une série télé, on suit toute la journée de l’habillage au départ pour la lune de miel. C’est simple et donc génial car malgré un petit incident entre amis, tout se passe sans aucun heurt. La cérémonie se passant dans sa résidence, Changelin cherche à tout faire pour ses amis et à prouver ainsi sa maturité. Les groupes d’amis du mari et de la femme se rencontrent, d’anciens coéquipiers se retrouvent. Même Michael Jackson apparaît dans une case. On voit des super-héros qui ont raccroché. Ces retrouvailles donnent lieu à de nombreuses références sur l’histoire des Titans. Même si je les connais très mal, cela reste très sympathique. La suite est plus classique tout en suivant en parallèle plusieurs récits dans chaque épisode. En découvrant le passé de la mère de Jericho, on comprend le caractère du fils. On suit sur plusieurs épisodes la découverte d’un extraterrestre ailé et le jugement de l’Exterminateur. Des aspects sont assez réalistes comme les coéquipiers qui ont beaucoup de mal à intégrer le nouveau nom de Dick Grayson.

Nightwing par Pérez et Wolfman

Ce run se termine par une boucle car on retrouve le démon Trigon et sa fille Raven qui n’arrivant plus à contenir ses mauvais penchants rejoint son père. Le monde bascule alors dans l’horreur biblique. L’apocalypse si gigantesque que l’on se demande comment les jeunes héros vont s’en sortir. New York transformée en enfer de pierre et de cadavres emmurés m’a fait penser à Infernodes X-Men publié plus tard. Cette boucle permet de voir les changements apportés par Wolfman et Pérez. Pour ramener Raven, les Titans ne doivent pas se lâcher la main puis doivent surmonter leur pire peur. Mais c’est aussi un retour sur l’évolution des Titans car, lors d’une épreuve, ils doivent soit revenir en arrière, soit lutter pour les progrès réalisés. Nightwing voyant Batman mort doit redevenir le jeune Robin. Cyborg exclu par tous pour sa difformité doit rejeter ses machines. Donna tuant son mari Terry doit rejeter sa nature humaine. Koriand’r voit son royaume battu par l’empire des lézards et elle doit redevenir un esclave. Changelin perd ses proches et doit tuer tout ce qui le déçoit. Wally couche avec Raven mais doit renoncer à son amie actuelle et devenir Flash. J’ai également senti une nostalgie de la fin d’une collaboration par ce regard en arrière pour résumer ce qu’ils ont accompli. Mais c’est peut-être ma propre tristesse de devoir quitter cette équipe.

La caractérisation des héros reste la force la série. Cyborg veut se surpasser pour montrer que c’est sa volonté, sa part humaine qui décide. S’il a perdu ses parents, ses grands-parents reviennent comme si la famille était nécessaire à un héros. Les hésitations constantes des héros peuvent lasser mais elle montre aussi l’inquiétude et le questionnement des héros adolescents. Chaque héros ou héroïne a des défauts. Wally est paradoxalement bien plus touchant par son refus d’agir pour mener une vie normale et ne pas mourir à cause de son pouvoir. Pendant que la plupart de ses équipiers partent attaquer une base de la R.U.C.H.E., Changelin perd son innocence en comprenant que Terra lui a menti. Le plus drôle et innocent bascule dans la violence et devient machiavélique. Prévoyant que l’Exterminateur trouverait un moyen pour échapper à la justice, il a fait exprès de le faire acquitter pour le tuer. La confrontation se passe par un double récitatif intéressant – Changelin et l’Exterminateur racontent chacun leur sentiment et leur vision de l’histoire – et la fin est assez déroutante. Ce n’est pas une équipe fixe mais autour d’un noyau central, des équipiers passent le temps d’une aventure. Dans le deuxième récit opposant les Titans à la R.U.C.H.E., Kid Flash, Aqualad et pour la première fois Aquagirl reviennent. En l’absence de Raven on retrouve une ancienne Titan, Lilith en fin de volume. Les parents continuent à poser problème pour les nouveaux arrivants. La mère de Jericho ne dirige pas une agence de détective mais un réseau d’espionnage international.

Ce volume se caractérise par des opposants progressivement plus intéressants car Wolfman reprend souvent les mêmes adversaires. Deathstroke, Slade Wilson, est un guerrier qui a été poussé à se dépasser par l’armée mais se retrouve handicapé pendant son service au Viêtnam en raison d’une drogue expérimentale. Est-ce un moyen prudent de critiquer la guerre ? En fait, ce traitement en fait un surhomme mais son caractère devient aussi violent. L’armée ne l’abandonne pas mais le cantonne à des fonctions de bureaux. Cette rétrogradation le frustre puis le déprime. Finalement, il est exclu pour avoir désobéit à un ordre quand il est parti seul libérer un ami, Wintergreen. Ce n’est donc pas la faute de l’institution mais un débordement individuel. Il trouve un dérivatif dans la chasse et cette gloire le pousse à devenir mercenaire. La relation entre Slade et Wintergreen son majordome est incomprise par sa femme mais ensuite il avoue à demi-mots être amoureux de son patron. On voit aussi l’éducation de ses deux garçons. Il a menacé la santé de son fils Jéricho pour ne pas écorner sa réputation. L’un est le digne fils de son père formé au tir alors que l’autre est plus littéraire. A l’inverse, la R.U.CH.E. qui l’a recruté est bien plus fade car ses motivations restent basiques même pour les Titans. Ridicule dans le tome un, Trigon est ici un redoutable seigneur des enfers et le simple combat des Titans devient une épopée, un opéra illustrant le sens du sacrifice des jeunes héros.

Certes, ce n’est pas une série du XXIe siècle et certains éléments ont vieilli. Les deux scénaristes prennent le temps comme Claremont d’introduire des personnages ou des intrigues. Dans le premier épisode, une femme seule observe Slade puis elle est avec Jericho dont on voit la moitié du visage. On découvre ensuite que c’est sa mère puis en cliffhanger de fin d’épisode que c’est la femme de l’Exterminateur. C’est par elle que l’on apprend le passé de Wade et de son assistant Wintergreen. Pour certains c’est lent pour moi cela permet de créer une tension tout en racontant énormément de choses. On suit les affaires jusqu’au bout comme Deathstroke de sa découverte dans le tome un à son jugement ici. Le rapport avec les femmes est daté notamment Changelin clairement abusif avec son personnel et au minimum un dragueur très pesant avec Terra. L’idée est de montrer que c’est un adolescent tiraillé par ses hormones et son désir mais aujourd’hui ce comportement machiste dominateur ne passe plus. Les ennemis sont souvent des femmes puissantes dont la force inquiète les hommes. Ces dernières sont certes fortes mais hystériques voire folles ou obsédées par le sexe. Les garçons craignent de rester des enfants et veulent devenir des hommes et les filles craignent d’être trop puissantes. Les récits ont souvent un contenu moral comme le goût de l’effort dans les deux premiers épisodes. Les méchants sont forcément punis. Lors du combat contre Trigon, Lilith, guidée par un dieu pour trouver la stratégie au bon moment, se soumet au destin. Elle a manipulé les Titans. C’est très agréable à lire mais je préfère les personnages plus libres. Globalement, il me semble que New Teen Titans est plus réactionnaire que les X-Men. Mais, en même temps le remariage de Terry ne pose aucun problème. L’ex-femme vient et sa petite fille reçoit une leçon sur la famille recomposée par Donna. Le ton désenchanté sur le monde actuel de la mère de Jéricho est surprenant surtout dans une série destinée aux ados. Est-ce la vision des scénaristes ou un moyen de montrer le caractère de la femme de Slade par opposition à l’optimisme des Titans ?

Trigon et Raven par Pérez et Wolfman

Le volume se termine par un Annual où John Byrne est le dessinateur et le co-scénariste. C’est une aventure sympathique mais sans grande profondeur. Son dessin semble aussi un peu en-dessous. On sent l’épisode de commande. Au contraire, George Pérez atteint le niveau d’excellence de son run sur Wonder Woman dans sa précision et ses effets de matière comme la pleine page de Victor Stone qui soulève des poids. Ses cadrages sont originaux mais sans jamais être démonstratifs. Il réussit à faire d’une marche vers la piscine un moment tendu puis tragique. Comme dans le tome 2, il reste dépendant de l’encreur qui parfois aplati son trait comme Mike de Carlo. Mais étant crédité aux finitions, peut-être a-t-il fait bien plus ? En effet, une partie des épisodes est réalisé en duo avec d’autres dessinateurs. Forcément, on se demande qui fait quoi et aussi qui arrive à préserver son style dans cette co-création. Mike de Carlo est assez fade alors que l’on reconnaît le style à la fois épuré et réaliste de Steve Rudd. Ses cases sont certes moins précises et plates mais il a un cadrage très original et un sens de l’épure déjà très intéressant. Carmine Infantino dessine une moitié d’épisode qui logiquement pour cet auteur qui a marqué Flash concerne Wally West. Son style est classique mais très agréable. Des épisodes 51 à 55, George Pérez quitte la série pour revenir en forme pour la fin et exploser le game. Il est remplacé par Rich Bucker qui reste dans la lignée en moins bien certes mais par des effets réussis de surimpression pour un projecteur et une très agréable scène de combat entre femmes, il assure très bien l’intérim. Ron Randall se charge de l’épisode 55 dans la continuité des épisodes précédents. Le retour de Pérez est incroyable. Il n’a jamais été aussi bon. J’ai été soufflé en tournant chaque page. Pérez dessine chaque mm2 de la page en supprimant la gouttière et assure l’encrage. Cela change tout. Il propose des effets incroyables sur les rayons de Cyborg. Avec lui on bascule dans un récit d’horreur : l’image de l’enfer avec ce pont de cadavre est superbement terrifiant. Il ose tout comme ce monde des enfers entièrement fait au crayon sans encrage alors que le fond est rouge et orange. On comprend pourquoi il a fait ensuite la saga de Thanos. 

Alors, convaincus ?

A l’image des tomes précédents, j’ai pris beaucoup de plaisir à la lecture. Non seulement, les dessins sont fantastiques mais le scénario est très agréable. La force de la série vient de la multiplication des intrigues simples mais très pertinentes par la force des personnages et la volonté de tirer le maximum de chaque idée. On peut penser qu’ils ont une très grande liberté non seulement par leur succès mais car ils sont aussi co-responsables éditoriaux de la série. J’ai été assez triste de devoir quitter les Titans en tournant la dernière page et je ne peux que vous conseiller de découvrir cette fantastique équipe.

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