[review] Vie et mort de Toyo Harada

Après avoir adoré Harbinger et Impérium, j’ai voulu poursuivre les récits du scénariste Joshua Dysart qui clôt sa saga des psiotiques par Vie et mort de Toyo Harada publié par Bliss Editions. Avec lui, je me suis demandé si un démon peut sauver le monde.

Un résumé pour la route

Harada_1Dans ces six épisodes de Life and Death of Toyo Harada, le scénario est de Joshua Dysart (Harbinger, Impérium) et les dessins de CAFU (Divinity III, Shadowman) aidé par Mico Suayan (Bloodshot, Injustice), Butch Guice (Action Comics, Captain America), Adam Pollina (X-Force, Angel), Diego Yapur (Lollipop Kids, XO-Manowar), Kano (Archer & Armstrong, Gotham Central) et Doug Braithwaite (XO-Manowar, Impérium). Ces volumes ont été publiés entre mars et août 2019 par Valiant et en France par Bliss Editions en octobre.

Après avoir survécu à la bombe d’Hiroshima qui a activé ses pouvoirs, Toyo Harada s’est juré d’empêcher l’humanité de entre-tuer à nouveau, quel qu’en soit le prix. Il a créé en secret la fondation Harbinger en recrutant d’autres psiotiques (les mutants de Valiant) et devenant un des hommes les plus riches du monde. Mais tout s’est effondré. Contraint de réaliser son projet au grand jour, il a déplacé sa nouvelle Fondation sur la côte africaine mais ce projet l’oppose aux États et un conflit mondial se rapproche inexorablement.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Dysart a voulu retourner aux psiotiques en se concentrant sur Harada et donne la conclusion du parcours de ce démon idéaliste. Le premier épisode présente les enjeux mais aussi les alliés et les enfants psiotiques. Même si j’ai suivi la saga, je suis donc persuadé que ce volume peut se lire seul. On suit deux lignes temporelles avec des flashbacks essentiellement sur Harada. Dans le présent, on découvre que son utopie a créé des groupes terroristes et provoqué des guerres civiles, des exodes et des émeutes. Le scénariste présente un monde bouleversé par la Fondation et réussit en une case à présenter les points chauds actuels du globe. L’O.N.U. ne protège pas mais est une armée enfermant la Fondation. L’utopie d’Harada est menacée par des coalitions tout autour comme Daesh et doit accélérer ses plans. J’ai été pris dans cette course de vitesse entre l’attaque imminente des États et les projets d’Harada. Au-delà de cette tension visible par tous, des complots se mettent en place. Le lecteur pressent la chute et l’espère pour la sauvegarde du bien.

Chaque épisode éclaire une partie du passé d’Harada. Fils de l’atome, il a vu sa mère se dissoudre devant ses yeux. Ce traumatisme a conditionné sa vie car il provoque l’apparition de ses pouvoirs et lui donne un but : sauver le monde. Ces pages sur les origines permettent de comprendre comment il a décidé d’imposer la paix. Elles présentent aussi très bien la situation du Japon en 1945. Dans le deuxième épisode, on découvre comment Harada a rassemblé ses premiers fidèles. Des adultes violents suivent aveuglément un enfant. Dans la Californie des sixties, Harada amnésique rejoint un groupe hippie pour la paix. Il est l’homme vide et devient rapidement leur prophète. J’ai l’impression qu’un thème unifie les deux lignes temporelles. Dans le deuxième épisode par exemple, on suit en parallèle l’échec de son premier groupe et les tensions actuelles.

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Le récit n’est jamais binaire. Non seulement, Harada n’est pas une brute sanguinaire mais son camp n’est pas monolithique. Des tensions internes s’affirment entre la première Fondation et les nouveaux alliés d’Harada : Gravedog, ancien membre du H.A.R.D. Corps, un seigneur vigne sanguinaire, Angela, piratée par un extraterrestre et devenue une froide scientifique.

Ce volume continue à dessiner un des plus complexes portraits de vilain des comics. Toyo est un idéaliste qui refuse de négocier avec la réalité : dans le Japon de l’après Seconde Guerre mondiale, yakuzas et occupants alliés se valent pour lui car ils affament le peuple. Ayant toujours connu la mort, il n’a plus de morale sauf la sienne. Il en devient amoral et insensible mais on trouve toujours plus inhumain… Comme dans Impérium, le scénariste Dysart dénonce le pouvoir. Toyo n’a aucun respect pour le libre-arbitre et donc manipule tout le monde pour assouvir ses buts. Dysart approfondit le rapport entre Harada et les enfants de la Fondation. Il veut des fidèles mais pas des enfants qui s’émanciperont un jour. Dans sa théorie et sa pratique manipulatrice, Harada veut tout gérer mais il est menacé par ses limites morales et physiques. J’ai d’ailleurs été très surpris par un événement à la moitié du livre qui amène le récit dans un sens moins attendu.

L’autre personnage intéressant est Angela. Elle a comme son chef une idée fixe : percer le secret de la création de la vie. Elle veut concentrer des femmes enceintes dans une usine d’incubation. C’est d’ailleurs avec ce projet fou que l’on découvre les limites morales d’Harada car il refuse. Contrairement à Marvel ou DC, Dysart peut tout montrer y compris des images fortes et violentes : un extraterrestre parasite sur la tête d’un soldat qui pleure sert de moyen de communication pour Angela. Le mal est aussi dans l’autre camp. Le P.D.G. du Rising Spirit est encore plus machiavélique. Il agit contre la Fondation non pas pour sauver le monde mais pour s’enrichir. Dans un discours, il présente Harada comme l’ennemi du libre-échange tout en volant sa technologie à son profit.

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Je ne suis pas forcément fan de CAFU dont je trouve le dessin figé mais dans ce volume il réalise son meilleur travail avec des couleurs douces et un encrage très fin. Il a insisté pour faire partie de l’équipe et cela se voit. Une fille tenant une peluche tout en faisant exploser le visage d’un soldat fait très peur. La mise en page est originale : en rayon avec dans un angle les positions des attaques et sur les bords les images violentes. Comme souvent chez Valiant, deux dessinateurs se partagent les épisodes mais de manière logique : le passé est fait par un autre artiste. Ce sont ces artistes qui créent des ambiances parfois très différentes. J’ai aussi aimé Butch Guice dans l’épisode deux avec un superbe style aux traits brumeux dans un fond noir. Dans l’épisode trois, Adam Pollina utilise des couleurs vives et acidulées pour la rencontre entre Harada et Einstein. Ces images oniriques contrastent avec la mort d’Einstein mais aussi avec le présent sombre et réaliste.

Alors, convaincus ?

Vie et mort de Toyo Harada clôt en beauté l’œuvre de Dysart chez Valiant. Le volume s’ouvre sur une belle préface du scénariste où il retrace l’histoire de son cycle et écrit une lettre d’amour à Bliss. J’ai plus apprécié ce volume qu’Imperium car le récit prenant est rempli d’action et comprend de nombreux rebondissements. Même s’il dit en avoir fini avec les psiotiques, la fin ouvre vers de nombreuses possibilités. Parfois, je n’ai pas bien compris le texte du narrateur. Loin de rebuter, cela donne envie de tout relire.

Thomas Savidan

 

 

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