[review] Silent Dragon

Comme les histoires de mafieux, les récits mettant en scène des Yakuzas m’intéressent – je vous conseille d’ailleurs l’excellent manga Les Anguilles démoniaques si vous aimez ce sujet. C’est donc ce thème qui m’a donné envie de lire Silent Dragon, une mini-série d’Andy Diggle et Leinil Francis Yu. Le récit, qui s’ancre dans la tradition est également un titre futuriste puisque l’histoire se déroule dans le futur, en 2063. Ce mélange de tradition japonaise et d’éléments futuristes est-il une réussite ?

Un résumé pour la route

Silent_Dragon_1Silent Dragon est une mini-série en six épisodes scénarisée par Andy Diggle et illustrée par Leinil Francis Yu. On retrouve Gerry Alanguilan à l’encrage et Dave Stewart à la couleur. Le titre est publié par Wildstorm aux Etats-Unis et en France par Glénat comics en 2019.

Néo Tokyo en 2063. La ville est une gigantesque mégalopole dirigée par un régime militaire autoritaire et où les clans yakuzas s’affrontent pour le contrôle de la cité. Le clan du Dragon Noir dirigé par Hideaki, un personnage sans pitié, a réussi à éliminer ses rivaux avec l’aide de son bras droit Renjiro. Le rêve d’Hideaki ne s’arrêt pas là, il veut franchir les marches qui le séparent du pouvoir suprême et renverser le régime en place. Hideaki élimine sauvagement Renjiro, son conseiller et son plus fidèle soldat après l’avoir soupçonné de trahison. Pourtant, Renjiro va revenir et va vouloir se venger !

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Sous des habillages cyberpunk et futuristes, Andy Diggle nous propose un scénario de gangsters relativement classique. L’intérêt du titre réside notamment dans la vision d’un Neo Tokyo à la fois futuriste et empreint de traditions. Les Yakuzas existent toujours, ils ont même pris une ampleur inédite, les clans maîtrisant chacun une des îles principales du Japon. Ils se livrent une guerre de territoire sans merci pour régner sans partage sur les bas-fonds de la ville. Andy Diggle nous dépeint un milieu qui ressemble à celui des Corleone dans Le Parrain : les grands clans s’allient et se trahissent, les chefs ont des conseillers qui les aident à prendre part à leurs conflits et les oriente. L’auteur y ajoute une partie du folklore japonais et le code d’honneur des Yakuzas. Diggle esquisse rapidement le système politique qui sévit au Japon : une milice nationaliste qui n’a rien à envier à un régime fasciste des années 1930. Pourtant, il passe un peu trop rapidement sur le sujet, dommage car cela aurait pu avoir un réel intérêt.

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L’interaction entre les personnages est, là encore, assez convenue : Hideaki est un chef de clan cruel et impitoyable, son épouse Takara s’ennuie et vit un amour impossible avec le plus proche conseiller de son mari, Renjiro, un homme droit mais tourmenté par ces amours interdites. Evidemment, le chef du clan du Dragon Noir est entouré de brutes épaisses à l’exception de Renjiro, vite accusé de trahison et exécuté par son patron. La suite est relativement sans surprise dans le scénario avec un récit de vengeance des plus attendus. Combats et bastons alternent avec manipulations, le tout agrémenté d’un discours sur le sens de l’honneur et la volonté de Renjiro de revenir aux sources de la pensée des Yakuzas : la protection des faibles contre l’oppression des puissants mais il lui a fallu mourir pour revenir à ses racines.

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L’ouvrage est toutefois l’occasion d’une réflexion sur la transhumanité : qu’est-ce qui fait vraiment un être humain : est-ce un corps, l’alliance du corps et de l’esprit ou l’esprit est-il suffisant quelle que soit l’enveloppe ? Dommage qu’en six épisodes, Andy Diggle n’aie pas eu davantage de temps pour développer cet aspect qui n’est pas forcément novateur mais qui a un vrai intérêt. C’est d’ailleurs pour moi le gros défaut de ces arcs courts et de ces mini-séries qui ne permettent pas à un auteur d’avoir le temps de dérouler un propos complexe. Fort heureusement, Leinil Francis Yu illustre fort bien cette ville futuriste et les personnages robotisés qui conservent malgré tout un côté parfois médiéval très réussi. L’inspiration de Leinil Francis Yu pour ce titre est à rechercher clairement du côté d’Akira comme le montrent les véhicules mis en avant par l’artiste. La mise en page est très efficace et démontre un beau dynamisme, qui met en valeur les corps musculeux de ses personnages, même si c’est parfois au détriment des décors. La couleur de Dave Stewart fonctionne également très bien.

Alors, convaincus ?

Attirée par le sujet – guerre de clans et Yakuzas – j’ai trouvé avec Silent Dragon un récit classique du genre avec une variante futuriste et technologique. Le problème réside avant tout dans le caractère un peu trop archétypal des personnages qui n’offrent donc que peu ou pas de surprise au lecteur. On n’a que peu le temps de s’attacher au héros Renjiro puisque le récit va un peu vite et sa résolution est sans surprise. Il faut toutefois reconnaître que le dessin de Leinil Francis Yu soutient fort bien le titre dont l’intérêt réside avant tout dans cet aspect esthétique, l’artiste sachant parfaitement intégrer des éléments de la culture japonaise à ce Neo Tokyo du futur. Sans doute que ce titre aurait mérité plus qu’une mini-série, ce qui aurait permis à Andy Diggle de développer un univers dont on sent qu’il aurait pu faire quelque chose de plus puissant et de plus fouillé.

Sonia Dollinger

 

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