[review] Magic Order

Quand j’ai su qu’Olivier Coipel – un dessinateur que j’adore – allait se lancer dans une série en indépendant, j’ai été très intrigué de lire cela et, dès la sortie, je me suis procuré son récit. Suivez-moi dans le Magic Order.

Un résumé pour la route

Magic_Order_1Magic Order est une mini-série en six épisodes écrits par Mark Millar (Old Man Logan, Civil War) et dessinés par Olivier Coipel (Unworthy Thor, House of M) qui se charge également de l’encrage. Les couleurs sont de Dave Stewart (Hellboy). Cette série est le premier comics édité par Netflix aux États-Unis depuis qu’ils ont racheté le Millardword. Elle est sortie en 2018 aux États-Unis et mai 2019 par Panini en France.

Le monde vous paraît anarchique et dangereux ? Ce serait bien pire sans le Magic Order qui empêche les menaces occultes de détruire le monde. Organisés autour du clan Moonstone, ces magiciens agissent en secret jusqu’au jour où les meurtres se multiplient au sein de la famille.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Comme toujours avec ce scénariste, le début est frappant et plonge le lecteur dans l’histoire – deux hommes costumés envoûtent un enfant pour qu’il tue son père. Millar est très doué dans le récit par épisode – le premier commence brutalement par un meurtre et se termine par un nouveau crime – mais souvent moins sur un run. Le début présente la famille Moonstone qui est, comme on le découvre très vite, au centre de cet ordre. Le père, Leonard Moonstone, est un magicien de théâtre à l’ancienne en costume et haut de forme mais il semble dépassé. Son public vieillit et aucun de ses trois enfants ne souhaite ou ne peut lui succéder. Regan son fils le plus fidèle dirige une boite de nuit mais il n’est que l’héritier suppléant. On découvre uniquement au détour d’une case qu’il est homo. Cordelia Moonstone est une jeune rebelle qui vit de spectacles de magie lors des goûters d’anniversaire mais elle semble avoir du mal à respecter les règles de bonne conduite… L’aîné Gabriel était le plus puissant et donc le successeur désigné mais il a quitté l’ordre après avoir échoué à sauver sa fille. Il a choisi une vie normale avec sa femme afro-américaine. Le père espère le retour de ce fils prodigue et part le chercher en lui avouant que c’est le préféré. Le livre racontera le réveil de cette nouvelle génération. Cordelia est le personnage la plus contrastée et la plus réussie. Spécialiste de l’évasion, elle adore faire le show. Cependant, ce caractère expansif s’ajuste mal dans un ordre secret qui existe depuis 2000 ans. Gamine effrontée, elle devenue une alcoolique cynique par manque de reconnaissance. Fille illégitime de l’assistante du magicien, sa mère a voulu avorter déclenchant le pouvoir de sa fille – le fœtus de Cordelia s’est déplacé dans le corps de la chirurgienne. En quelques cases, le scénariste arrive donc à créer un univers étrange. Elle est très touchante quand elle raconte sa relation compliquée avec son père mais aussi très drôle car cela se passe devant des enfants. Ce récit est aussi le récit d’une jeunesse perdue et parfois traumatisée.

Magic Order est aussi un récit de famille élargie car tous les membres de l’ordre sont apparentés à la même famille. Lors d’une réunion, le lecteur constate cependant que même si la famille au centre du récit est blanche, c’est un ordre multiethnique. Cette diversité autour d’une table ronde est aussi une marque l’humour – une magicienne est en costume en cheffe de restaurant et un autre en slip de bain. Millar joue toujours sur la surprise – la chambre forte de l’ordre est dans un pavillon de l’Ohio d’un geek habitant avec sa mère. Le scénariste sait trouver des inventions visuelles – plus que graphiques –car le château Moonstone est dans un tableau d’un musée. Deux groupes de magiciens d’une même famille – l’ordre magique et l’ordre noir –s’opposent. Madame Albany, nièce de Leonard, a quitté l’ordre car elle n’avait pas été jugée digne. Elle en a eu marre de sauver l’humanité sans obtenir la reconnaissance paternelle qu’elle espérait. Plus que des assassins sanglants, l’ordre noir rassemble des personnes torturées et sombres mais en même temps le Magic Order semble assez barbant et administratif. Je trouve cependant que Millar n’arrive pas à faire exister autant de personnages en seulement six épisodes.

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L’objet de la lutte est la possession d’un livre, l’orichalcum qui existe depuis l’Atlantide et a provoqué les deux guerres mondiales. Albany veut juste le livre puis elle prouvera qu’elle est digne en faisant le bien. Le cinéaste Charles Laughton – acteur des années 1950 et surtout réalisateur de mon film préféré, La nuit du chasseur – est la base d’Albany. Pour y entrer, il faut partager son souvenir le plus douloureux. L’ordre noir a un assassin masqué, le Vénitien. La lutte entre les ordres est ponctuée d’une succession de meurtres magiques très originaux – se noyer dans un taxi ou subir les tourments décrits dans un livre. On se demande donc à la fois qui est cet assassin et qui sera sa prochaine victime. Millar use parfois de ficelles faciles en mêlant dans les premières cases sexe et sang. Les deux derniers épisodes apportent un retournement bien vu et mettent en valeur trois personnages. Je ne peux pas tout révéler mais de nombreux retournements d’action et de relation dans le dernier épisode ont changé certains de mes a-priori. Millar complexifie avec talent l’ensemble et termine par une fin très morale où les méchants sont punis.

Visant un public différent, le dessinateur Olivier Coipel peut faire des images plus directes comme dans le premier épisode où le couteau ensanglanté tenu par un garçonnet traverse la tête d’un homme nu. On reconnaît cependant le style du dessinateur français qui pour moi reste un mariage heureux entre la bd européenne – comme Olivier Vatine ou Denis Bajram – et le comics surtout pour la mise en page. Par un joueur de flûte dans l’épisode trois, j’ai aussi pensé à Loisel. Les traits m’ont semblé plus épurés et plus « sales » grâce à un encrage très réussi. Sans aucune surcharge, les visages réussissent à être à la fois réalistes – il n’y a pas d’erreur de proportion –, expressifs – lorsque Cordelia est saoule – et à être le symbole d’un statut – l’autorité du père. Parfois, la forme du visage crée de l’humour comme le geek qui a un nez et des expressions ridicules, le rapprochant du chef gaulois d’un célèbre village d’irréductibles. Le design de Madame Albany réussit à montrer à la fois sa violence sans limite voire son masochisme – le masque d’esclave de bondage avec des bandes – mais aussi sa majesté – le trench-coat noir, le porte-cigarettes et les flûtes de champagne.

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Non seulement le dessin est superbe mais le choix du cadrage est pertinent comme les gros plans sur le visage d’un homme au moment de sa mort puis le doigt d’un enfant sur sa bouche constellée de taches de sang. En lien avec le récit, les bords des cases sont légers ou plus épais comme si le feutre avait coulé. La mise en page s’organise autour de grandes cases avec peu de texte. Elle est donc très épurée mais très variée selon les pages. La lecture est d’autant plus fluide et amplifiée que le texte est relativement court. Contrairement au scénario elle n’est jamais tape-à-l’œil. J’ai vraiment adoré certaines pages comme le combat final dans la rue alors que par magie les passants ne voient rien. Tout est rendu graphiquement par la différence entre la précision des corps et surtout des visages des combattants et le flou du reste des personnes. L’encrage est aussi très réussi en apportant à un relief et en magnifiant les choix du dessin. Les couleurs de Stewart sont souvent sombres ou ternes mais des éclats de couleurs contrastent toujours avec ce choix.

Panini propose de courts mais intéressants bonus comme les croquis de préparation par les équipes de Netflix. Cela explique l’aspect cartoon de certains héros mais Coipel s’en est détaché comme pour Regan Moonstone. On trouve également l’ensemble des couvertures alternatives. L’édito met en avant le contrat de Millar avec Netflix mais sans que l’on voit bien quel est l’intérêt artistique de ce rachat.

Alors, convaincus ?

Comme vous avez pu le lire le dessin d’Olivier Coipel m’a séduit. Il m’a totalement embarqué dans le récit et, en même temps, j’ai pris le temps d’admirer son travail. L’histoire est intéressante et le retournement final est réussi. Millar est un provocateur doué. Il sait créer un univers et entraîner le lecteur dans une suite d’épisodes prenants mais je trouve encore que le récit manque de profondeur. J’ai marché mais je voudrais lire une suite.

Thomas S.

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