[interview] Laurent Lerner de Delirium : A la recherche du comics oublié

Le monde des comics est construit par les artistes mais également par des passionnés qui décident un beau jour de se lancer dans le pari risqué de vivre de leur passion. C’est le cas de Laurent Lerner que J’ai eu la chance de rencontrer. Il dirige le label Delirium (Judge Dredd, La Grande Guerre de Charlie, Richard Corben). Pour se renouveler et lancer une discussion, j’ai opté pour une forme d’interview différente en sélectionnant plusieurs morceaux de musique. Vous pouvez cliquer sur les liens pour écouter la musique pendant votre lecture.

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  1. Serge Gainsbourg & Brigitte Bardot, Comic Strip

Je n’aime pas trop Gainsbourg mais, celle-ci, vous avez de la chance, je l’aime bien.

Thomas : Cette chanson était un moyen de parler de votre rapport à la bd.

J’ai toujours grandi avec. J’ai toujours vu des comics et des bandes dessinées. J’en achetais en Angleterre quand j’étais gamin, j’en achetais en France. En fait, je ne faisais pas le lien. C’est à dire que je me rappelle avoir lu des histoires en comics de Marvel que je lisais deux ans plus tard dans Special Strange en me rappelant les avoir lues mais je ne me souvenais plus où.

Thomas : Vous avez vécu en Angleterre ?

Un petit peu et j’ai de la famille en Angleterre. Quand j’étais gamin j’y allais souvent et je lisais les comics Marvel et 2000AD quand ils sont apparus. Je lisais un peu de tout sans savoir ce que c’était.

Thomas : Vous ne faisiez pas de différence entre Judge Dredd et Marvel ?

Ce n’était pas segmenté comme ça quand j’étais petit. Il y avait de la bande dessinée. C’était un truc pour gamin.

Thomas : Vous vous êtes tout de suite fixé sur la bd anglo-saxonne ?

C’est toujours ce qui m’a plu le plus. La culture anglaise qui me parlait plus, peut-être le format oui. J’aime bien le format jetable. A l’époque, c’était bien plus simple d’acheter un truc à 3 francs sachant que ce n’était pas vraiment accepté par les parents.

Thomas : Comment es-tu devenu éditeur ?

J’ai bossé pendant dix-sept ans pour la télévision en faisant le même boulot que chez Delirium – la programmation, l’offre éditoriale et l’achat de programme.  Au bout d’un moment j’en ai eu assez et je suis parti travailler en indépendant avec l’idée de continuer ce travail éditorial mais en étant libre d’une structure pesante. Néanmoins, remettre les pieds dans les chaînes à l’époque m’a vite saoulé. J’avais besoin de passer à autre chose, et je voulais publier une BD. J’ai commencé par La grande guerre de Charlie et je me suis éclaté : un milieu avec des gens agréables, on peut trouver des choses inédites. J’ai fait un autre bouquin, puis un autre etc.

Thomas : Quel est ton travail aujourd’hui ?

Cela commence toujours par des coups de cœur personnels. Néanmoins, je ne peux évidemment pas me contenter de publier des choses que j’aime et il faut voir ce qui peut être partagé. Il y a malheureusement un nombre de titres que j’aime mais trop risqués pour une petite structure. Après, il y a ce travail de traduction, de réfléchir à faire un bel objet que l’on soit heureux de ranger sa bibliothèque de ressortir avec du contenu. Quand on les lit, on est vraiment ailleurs, on se plonge dedans pour un moment. Je travaille avec des indépendants – des traducteurs, des graphistes – qui font chacun leur partie et je coordonne tout cela.

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Laurent Lerner au Festival d’Angoulême ©Stéphane Mahot

Quand je sais que je vais travailler sur un bouquin je ne le relis plus avant la traduction car je vais le relire dix fois entre la première relecture et la version finale du bouquin. Je regarde intégralement la traduction avec le texte anglais sous les yeux. Après je refais relire par une correctrice, je remanie la correction.

Thomas : Comment le traducteur gère la place du texte traduit sur le dessin ?

C’est un réflexe au bout d’un moment. On respecte le style, le contenu, le langage et la place. C’est une contrainte en plus mais le traducteur le gère en général sans problème.

Thomas : A quel moment interviennent les relations avec les ayants-droits et les compagnies américaines ?

On ne rentre pas forcément toujours en contact avec les descendants des auteurs ou les auteurs eux-mêmes, mais avec leurs éditeurs. Ensuite on trouve en général assez vite des accords et on se met sur le livre lui-même.

Thomas :  Par rapport au flux télévisuel, est-ce que le fait d’avoir un objet à la fin ce n’est pas ce qui vous satisfait ?

C’est un ingrédient de ce travail qui est toujours plaisant. Chaque fois qu’un livre arrive, il y a un objet que l’on peut apprécier et qui aura une vie différente d’un flux dématérialisé. Il y a une transmission. C’est un peu le même rapport qu’à ses disques à ses films ou à ses livres. On a des objets physiques que l’on peut transmettre. Dans la dématérialisation, on est dans une consommation de flux. On ne se replonge pas nécessairement à nouveau sur son contenu, on en consomme presque tout de suite un autre.

Thomas :  Comment tu conçois l’objet qui, au départ, était jetable ?

C’est une façon de respecter le contenu, de vouloir transmettre des choses, un plaisir que l’on a à découvrir les histoires, les auteurs, comment ils travaillent, de quoi ils s’influencent… Il y a des choses que l’on peut apprécier à différents moments, des choses qui peuvent donner envie de découvrir d’autres choses. On n’est pas juste coincé sur l’instant sur l’œuvre que l’on est en train de découvrir.

Thomas : Qu’est-ce qui se passe après la fabrication du livre ?

Il faut travailler auprès des libraires et des médias pour leur donner envie de le découvrir. Si on sort vingt bouquins au lieu de dix, je n’aurais pas le temps de le faire et cela les desservirait. En général les journalistes te contactent quand le livre les intéresse. Ils ne sont pas forcément aussi curieux que tu peux l’imaginer mais ils ont aussi des contraintes de place, l’obligation de chroniquer les gros titres incontournables de l’industrie. Mais on peut avoir des bonnes surprises, comme les articles dans Voici sur Brad Pack ou Vampirella dans VSD. Ces journalistes étaient de gros fans de comics.

2. Dr. Dre, Still D.R.E.

Thomas : J’ai choisi ce morceau pour l’artiste Dré dont le nom est proche de Dredd. On identifie souvent ta maison d’édition à Dredd ?

Il y a certaines personnes qui commencent et tant mieux. Mais il y a plusieurs types de lecteurs. Il y en a qui vont retrouver les univers qu’ils aiment bien comme Creepy, Eerie et Bernie Wrightson. D’autres qui vont aimer plutôt la partie Judge Dredd qui est plus connu car il y a eu les films. Je suis sur des niches de passionnés plutôt adultes.

Thomas : Est-ce que Delirium commencé avec Dredd ?

Non ce n’est pas le premier titre. Est-ce que j’ai découvert Judge Dredd au moment des éditions Aredit ou des publications Eagle Comics aux US ? Ce dont je me souviens, c’est que j’adorais de toutes les façons possibles. Je voulais faire lire à mes enfants cette série délirante. Il n’y avait pas assez de choses suivies dans de belles éditions. Quand j’ai eu l’occasion de le faire je n’ai pas hésité une seconde.

Thomas : Est-ce que tu as une idée ce qui te plaît dans ce personnage ?

C’est tout l’univers qui me plaît et les artistes, les auteurs… C’est un univers super riche qui est conçu par des auteurs qui sont eux-mêmes très riches et sur plusieurs générations que ce soit John Wagner ou Pat Mills au scénario et les dessinateurs Carlos Ezquerra, Mick McMahon que j’adore Brian Bolland… Il y a une conjonction de talents et en plus un contexte et un univers qui permettaient énormément de choses.

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Thomas : 2000AD quelle est l’histoire de ce magazine ?

C’est un magazine fondateur qui n’a rien à voir avec les séries américaines de Judge Dredd. Cela a commencé en 1977 par une toute une nouvelle génération d’auteurs qui étaient en train d’exploser en Angleterre. Pat Mills, rédacteur en chef à la création du magazine tournait déjà depuis une dizaine d’années dans le monde des comics britanniques. Il regardait ce qui se passait à l’étranger comme Metal Hurlant. Ils ont voulu faire pareil : une revue de science-fiction totalement libre dans le ton, le traitement, le contenu etc. Le magazine britannique a été construit dans un esprit plus punk avec l’ère Tchatcher qui arrivait. C’est aussi pour cela que le magazine est aussi critique.

On parle en Angleterre d’une culture de journal et non pas de l’album ou des comics. Ce sont des épisodes entre trois à six pages maximum qui paraissent en hebdomadaire. Ce sont des magazines du même grand format que je publie mais sur du papier dégueulasse. On lit et on jette ou on l’emballe dans un fish and chips. C’est une culture du jetable qui est donc resté longtemps une sous-culture en Angleterre. C’est sur ce magazine que s’est construite l’épine dorsale de Vertigo quand Karen Berger, l’éditrice de Vertigo, a fait venir beaucoup d’auteurs de 2000AD : Dillon, Ennis, Gaiman

C’est typiquement british comme humour. C’est pour cela que Judge Dredd a eu beaucoup de mal à s’implanter aux U.S.

Thomas : Jeune, j’avais l’image d’un Judge Dredd que je confondais avec le Punisher

Chez Dredd, il y a une dimension critique que l’on n’a pas forcément dans le Punisher. Il y en a un qui se prend au sérieux. Dans Dredd, on est dans le second degré. Les auteurs mélangent tout – de la science-fiction, du post apocalyptique, du polar noir, du western, de la satire politique, de l’humour… A cette époque, les auteurs se moquaient aussi de l’univers des super-héros. C’est assez drôle de voir qu’aujourd’hui ce type de personnage est pris au sérieux dans des films de super-héros.

Il y a différentes périodes dans la vie du personnage. Dans les premières années, il n’a qu’une mission c’est faire appliquer la loi. Mais John Wagner a commencé à avoir des gens y compris des flics qui venait le voir pour lui dire qu’ils aimeraient faire comme Judge Dredd. L’histoire de Démocratie c’est pour expliquer que Dredd est un super facho et que c’est un système où les gens peuvent certes consommer et s’amuser mais ils ne peuvent rien faire d’autre. Il va aussi montrer que les juges ne sont pas tous si radicaux. Certains ont une aspiration de vie de famille comme dans les Liens du sang où on suit les juges dans leur quotidien.

Thomas : Le lien avec 2000 AD pousse-t-il à exploiter le catalogue ?

J’ai de bons contacts et ils sont content du travail qu’on fait. On explore leur catalogue ensemble mais je pars sur ce qui m’intéresse. Je continue à travailler sur du Richard Corben, The Mask en fin d’année et ce n’est pas 2000 AD. Je ne veux pas exploiter la franchise. Les Dredd versus Aliens versus Predator, si cela permet de faire connaître le personnage tant mieux mais cela ne m’intéresse pas.

Thomas : Mais ne faut-il pas publier plus pour être présent ?

Je pense que c’est un mauvais calcul. Le problème c’est qu’il y a cette espèce de surenchère pour avoir de la visibilité sur les rayonnages. Mais plus il y a de sorties et moins il y a de la place. Les gens n’ont pas non plus de temps et plus d’argent. Ce qu’il faut c’est proposer des bons comics plutôt que plus de choses. Je sors entre six et neuf bd par an. Je préfère travailler moins de livres mais construire un lien de confiance éditorial avec un lectorat qui va me suivre et qui va suivre Delirium surtout.

3. Paul Leonard-Morgan, Mega City One

Thomas : C’est la B.O. du 2e film sur Judge Dredd

J’ai bien aimé le deuxième film. C’est de la bonne série B respectueuse du ton et de l’univers bien plus que le film de Stallone. J’étais super content de voir un film de Dredd arriver. Je vois Stallone et je me dis : « c’est mal barré ». Je vois le film et j’étais furax. Ce film a failli tuer la série. En lisant les comics, les nouveaux lecteurs étaient déçus car ils pensaient lire du Stallone.

Thomas :  Quels sont vos rapports avec les films de super-héros ?

Pendant des années quand j’étais gamin, j’espérais en voir. Mais on est sur de grosses machines. Il n’y a pas un auteur qui parle, d’acteurs qui mettent leurs tripes. On a l’impression de retrouver des intrigues calibrées sur le même moule. A aucun moment, il n’y a de point de vue personnel. Depuis le 11 septembre 2001, on a basculé des idéaux à des causes. Dans les X-Men des années 1960-70, on a des héros qui ont des idéaux de vie en commun, de tolérance etc. Cela n’a rien à voir avec des causes. Les X-Men défendaient la vie coûte que coûte et voulaient être des gens bien. Aujourd’hui, le discours a évolué on cherche à être des gens qui font ce qu’ils doivent faire. Il faut assurer et s’il faut dégommer, on dégomme. Mais il y a de auteurs qui sont bons quel que soit le contexte.

Thomas :  Mais des films plus anciens comme le Batman de Tim Burton ?

Il a apporté son style. Le grand public ne lisait pas Frank Miller par exemple. Tim Burton a apporté une vision personnelle d’un personnage dont tout le monde se foutait.

Thomas : Les films de super-héros facilitent-ils votre travail pour faire connaître le comics même si vous proposez autre chose ?

Je pense que la grande majorité des gens pensent que le comics c’est du super-héros quoi qu’il arrive.

Thomas :  Ou de la BD underground comme Spiegelman ?

C’est une grosse œuvre qui est connue mais est-ce que les gens se disent que c’est du comics ou maintenant que c’est du roman graphique ? Le roman graphique c’est de la bd pour des gens qui n’assument pas de lire de la bd. La difficulté et ce qui est intéressant, c’est de montrer que le comics ce n’est pas que cela. Il y a beaucoup de chose dans la bd anglaise et que les gens n’intègrent pas alors que des auteurs comme Alan Moore, Kevin O’Neil, Neil Gaiman sont des britanniques.

4. Clash, London Calling

On est toujours dans la même époque et dans une contre-culture où on se lâche. Comme 200AD, il y a cette critique en permanence de la société de consommation, du libéralisme, de la société hyper-sécuritaire. Dans Origines, les auteurs racontent la chute des démocraties occidentales lorsqu’il y a un président américain qui contourne le processus démocratique et attaque les pays du Moyen Orient pour le pétrole. Le président du livre s’inspirait de Donald Trump qui n’était pas encore président.

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5. George Brassens, Mourir pour ses idées

Thomas :  Quel est l’aspect politique de vos publications ?

Il y a toujours une liberté de ton, un anarchisme comme chez Brassens. Ce n’est pas juste un discours politique mais comme dans Steam Man l’auteur sort des codes et critique… J’espère au moins que l’on se pose des questions et j’espère créer des passerelles sur d’autres choses pour qui ne s’efface pas. Mais, avec mes livres, on est aussi ailleurs, on peut flipper, on peut rêver.

Thomas :  Mais tu ne t’interdis rien comme de publier John Byrne chez une grosse compagnie comme Dark Horse ?

Cela n’a rien voir avec Dredd et alors ? C’est un moment où j’avais envie d’explorer une nouvelle série. Dark Horse à l’époque c’est une jeune et petite compagnie. Ils ont acquis des licences non exploitées – comme Aliens – et fait venir des auteurs en leur permettant avant Image comics de travailler de manière indépendante. Avec 2112 et Next Men, on est dans la S.F. mais aussi dans l’univers des super-héros à la Kirby. C’est fait en plus par un des grands dessinateurs de mainstream des années 1970-80 qui m’a fait rêver.  John Byrne est en train de s’émanciper pour repartir dans l’indé mais il a ses réflexes. 2112 qui sort en juin est une manière de lancer la série par un petit volume puis le premier volume de Next Men en fin d’année.

Thomas :  Pour chaque album tu te poses la question du format ?

Maintenant oui. Le contenu passe en premier. Je préfère n’avoir que des bons bouquins même s’ils sont tous différents plutôt. Pour chaque album, il faut choisir le bon format économiquement et en termes de pertinence par rapport à l’œuvre. Les sorties anglaises se font dans le format d’origine au format magazine. Pour les Corben, le format d’origine est plus petit mais il y a un tel travail de composition que j’ai voulu mettre cela en avant par un grand format.

6. Black Sabbath, Paranoid

Ah oui ça j’adore. C’est du bonheur. Ça me parle beaucoup plus que Gainsbourg (rires).

Thomas :  Je l’avais choisi pour l’aspect gothique qui est très présent dans ton catalogue ?

J’aime bien quand on se libère. C’est vrai au niveau musical, des sentiments libérateurs, des envies de rigoler ou de tout casser. On se sent plus vivant dans ces cas-là. L’Exécuteur c’est un bon exemple. C’est la série noire brute, méchante et sans concession. C’est une série mortelle et maîtrisée jusqu’à la dernière case.

Thomas : Corben est un bon exemple d’auteur passionné par l’horreur. Comment travaille-t-il ?

Il a plein de façon de travailler. Il dessine, modélise en 3D, sculpte… de toutes les manières qui lui semblent pertinentes. Il s’amuse et il explore les supports pour voir comment retravailler les lumières, les expressions… Je ne travaille pas en direct avec lui mais je suis en contact.

Thomas : Comment as-tu réussi à faire entrer cet auteur majeur dans ton catalogue ?

je lisais Ragemoor et je me suis renseigné par acquis de conscience. Je me suis rendu compte que ce tous ses derniers travaux n’étaient pas publiés. C’est surréaliste.

Thomas : Comment vous l’expliquez ?

Ce n’est pas un auteur qui cherche le consensus. Il y a donc un moins gros lectorat de fait. Dans un contexte où il y a une grosse concurrence et beaucoup de titres qui sortent, c’est un auteur qui est une micro-niche pour les gros éditeurs. Donc on laisse tomber sans même se poser la question.

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7. Edith Piaf, Notre-Dame

Thomas : J’ai choisi cette chanson pour le titre Notre Dame afin de parler de l’actualité culturelle.

De n’importe quelle période on peut sortir des choses magnifiques. Les choses qui sont belles méritent toujours d’être redécouvertes. On reste dans la transmission. Les Tarzan de Joe Kubert n’avaient jamais été réédités en France depuis les années 1970. C’était une façon de le faire redécouvrir. Kubert est quelqu’un de généreux dans sa façon de travailler. Il était fan de Tarzan et on le ressent. En plus, c’est un super raconteur.

Thomas : Es-tu à la recherche du nouvel auteur que tu pourrais faire exploser grâce à ton travail ?

Je cherche des trucs bien. Corben c’est un bon exemple. C’est un auteur que tout le monde connaissait mais tout le monde s’en foutait et il a eu le Grand prix à Angoulême. Je fais les choses qui me semblent le mieux et du mieux possible. Il y a d’autres auteurs qui font cela sur la création de nouveaux auteurs mais c’est presque un métier différent.

Thomas : Est-ce que tu as envie d’éditer des auteurs français ?

Je ne suis pas contre mais je sors entre six et neuf bouquins par an. Il y a plein de choses que je ne peux pas faire aujourd’hui mais si on est plus nombreux… Je ne ferme aucune porte.

Thomas : Justement comment vois-tu l’évolution de Delirium ?

Je réfléchis. L’idée est de trouver les bons compromis, ceux qui sont satisfaisant pour la satisfaction des lecteurs, la qualité de production, le confort de travail. Aujourd’hui quand je travaille tout seul comme cela, je fais des compromis par rapport à mon temps libre… Si je grandis, il faudra faire des compromis ailleurs, un peu moins d’indépendance économique ou une structure un peu plus lourde…

Il y a des savoir-faire qui seront bienvenus mais si je dois venir de nouvelles personnes, je commencerais plutôt par la fabrication, l’éditorial, l’artistique…

8. Sun Ra, Space is the place

Thomas : En utilisant le titre de ce morceau, quel est ton rapport à la science-fiction car avec l’horreur, elle est un élément fort de ton catalogue ?

J’ai toujours adoré la science-fiction. Ce sont des possibles que j’adore. Si je pouvais prendre un ticket et me barrer dans l’espace je le ferais avec plaisir.  J’aime l’idée de partir à l’aventure, d’explorer. C’est ce que je fais dans mon boulot mais dans les livres.

Thomas : Plus généralement, y a-t-il un rapport de Delirium avec la littérature populaire ou pulp ?

Oui j’aime cela car ce sont des genres ignorés pendant longtemps où il y a des pépites. Je ne cherche pas particulièrement à revendiquer quoique ce soit. Il n’y a pas de lettres de noblesse à donner à quelque chose que l’on aime. C’est déjà en soi légitime.

9. Sex Pistols, No Future

Ce morceau est énorme. Pour le No Future, j’espère que ma structure en aura un.

Thomas : Quel est justement ton futur ?

Brad Pack vient de sortir. C’est une bombe. Rick Veitch est un des grands auteurs indé américains. il a bossé avec Alan Moore dans les années 1980-90. Il y a de nombreux titres qui ne sont jamais sortis en France. J’aimerais continuer avec cet auteur.

Vietnam Journal sort en mai. 150 pages en noir et blanc. Quand j’étais petit, à part les réfugiés, on ne savait pas ce qui se passait. Les appelés quittent les États-Unis et arrivent dans un univers inconnu et, à chaque instant, ils peuvent y rester. Ce sont de courtes histoires écrites par un ancien soldat qui raconte ce qu’il a vu ou entendu… J’ai beaucoup échangé avec lui et il est heureux de faire partager son travail.

A la fin de l’année, il y aura Nemesis. Je suis en train de regarder la traduction et quel bonheur. C’est vraiment du super Pat Mills et Kevin O’Neil avant la Ligue des Gentlemen Extraordinaires et j’aime beaucoup mieux Nemesis. Ils se foutent de la gueule des religions totalitaires qui sont toujours là à nous faire chier depuis pas mal de temps.

Ensuite, il a y The Mask en octobre. On ne connaît en France que The Adventures of The Mask au moment du premier film. Mais en fait, les premières séries sont noires, méchantes, brutales. Ce n’est pas du tout l’image de Jim Carrey. On a commencé sur un Creepy volume 3 sans doute au moment d’Angoulême. Je vais continuer Slaine, Judge Dredd.

 

Je tiens à remercier Laurent Lerner pour sa disponibilité et les GG Comics dont j’ai utilisé quelques parties. D’ailleurs, si vous voulez en savoir plus, n’hésitez pas à suivre leur podcast à cette adresse.

Thomas S.

 

 

 

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Lolo dit :

    Super Article

    Aimé par 1 personne

    1. thomassavidan dit :

      Je vous remercie beaucoup de votre commentaire.

      J'aime

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