[review] Luminary

Une fois n’est pas coutume, j’ai choisi de vous présenter un ouvrage qui n’est pas, à proprement parler, un comic-book mais l’oeuvre d’un duo français composé du scénariste Luc Brunschwig et du dessinateur Stéphane Perger. Luminary est à la fois une oeuvre originale de toute beauté et un véritable hommage à l’un des héros de mon enfance, Photonik, l’homme de lumière. Luminary est un titre à l’écriture d’une grande sensibilité et d’une beauté à couper le souffle, un de ces ouvrages qu’on ouvre avec curiosité et qu’on referme avec tristesse tellement on aurait aimé que la lecture dure encore.

Un résumé pour la route

Luminary_1Luminary tome 1 est l’oeuvre du scénariste Luc Brunschwig et du dessinateur Stéphane Perger. Le titre est publié chez Glénat en mai 2019.

1977 aux Etats-Unis, la chaleur est infernale, plongeant les habitants du pays dans la torpeur des jours d’été. A Pittsboro, dans le Sud, le jeune Billy accomplit un véritable miracle en sauvant une maman tigre et ses petits tandis qu’à New York, une explosion de lumière dévaste un pâté d’immeubles devant les yeux d’Henkel, un étrange marchand de glaces. Au milieu des décombres encore fumantes émerge le corps d’un jeune homme qui semble avoir été épargné par la déflagration. Comment Darby a-t-il pu survivre à un tel choc et que faisait-il dans cette étrange clinique ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Luminary est un véritable hommage, une très belle réinterprétation des origines de Photonik et de ses comparses Tom Pouce et Docteur Ziegel créés par Ciro Tota dans le magazine Mustang en 1980. On sent combien Luc Brunschwig a été profondément marqué par ces personnages et sa réinterprétation est à la fois très fidèle et très personnelle. Il ne s’agit pas, en effet, d’une simple remise à jour de ces personnages de son enfance mais d’une réappropriation. Si l’inspiration de Luc vient bien des héros de Ciro Tota, il recrée lui-même ses propres personnages et leur donne une histoire et des origines différentes qui correspondent à sa sensibilité.

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Le récit se déroule en 1977 aux Etats-Unis et présente trois personnages principaux qui n’ont a priori rien en commun. Luc Brunschwig introduit dans ses première pages le personnage de Billy, un jeune afro-américain qui travaille dans un cirque et qui semble avoir le don de parler aux animaux. On sent toute l’affection du scénariste pour ce garçon doué d’une grande empathie, qui ne demande qu’à bien faire et qui est toutefois victime de préjugés raciaux. En effet, une explosion meurtrière ayant eu lieu à New York, le gouvernement décide de cacher ses propres expériences et turpitudes en accusant les militants noirs d’avoir fomenté un attentat. Billy passe ainsi du statut de héros, quand il sauve les animaux, au statut de paria, victime de racisme. Le scénariste semble particulièrement sensible à la question de la discrimination qu’il traite également à travers le personnage de Darby. Ce dernier est un jeune handicapé, bossu, il est faible et rejeté par sa propre famille au profit de son jeune frère qui semble être son exact opposé. Le regard extrêmement cruel posé par les siens sur Darby fend littéralement le cœur d’autant que Darby subit chaque avanie avec patience et bienveillance sans haine envers une société et un milieu familial qui le rejette. Sans même se connaître, le petit Billy et le jeune Darby ont beaucoup plus de points en commun qu’on pourrait le penser. Ils cherchent chacun à bien faire et luttent contre un monde qui leur est hostile et les juge sur leur simple apparence. Le troisième larron, Henkel, semble être bien plus qu’un simple marchand de glaces harcelé par des clients irascibles. C’est un scientifique mis sur le banc de touche auquel on a volé ses travaux pour les détourner à des fins néfastes.

On a donc trois individus abîmés par la vie comme sait si bien les écrire Luc Brunschwig. J’aime énormément la façon dont ce scénariste arrive à nous faire aimer ses personnages, à nous faire ressentir leurs sentiments avec une grande profondeur. C’est ce que j’apprécie le plus dans les titres que j’ai pu lire de lui, notamment l’Esprit de Warren que je vous conseille vivement. L’auteur sait peindre le désespoir et l’abandon avec un réalisme qui vous tire des larmes mais il décrit aussi avec finesse les sentiments positifs comme le courage ou la générosité d’un Darby malmené par la vie. La transformation de Darby en être de lumière est magistrale et le duo qu’il forme avec son mentor Henkel qui apprend à Darby à faire les bons choix qui ne sont pas forcément ceux que dicte l’ordre établi. On voit peu à peu le jeune homme se confronter à une réalité moins manichéenne qu’il ne l’imagine et son absence de réaction devant le passage à tabac d’un membre des Black Panthers par les forces de l’ordre questionne le lecteur que nous sommes. Les forces de l’ordre sont-elles toujours dans le vrai ?

Luminary_2Un autre des grands atouts de l’auteur est de savoir instiller une ambiance faite de mystères et de complots et il le fait encore brillamment dans Luminary. Contrairement aux épisodes du Photonik de Tota, le Luminary de Brunschwig ne met pas en scène d’extra-terrestre voulant prendre le contrôle de la Terre. Ici, les forces du mal sont très concrètes et bien terriennes. Il s’agit de l’éternelle alliance du gouvernement et de la science dans un but de domination des populations. Le héros est victime de mystérieuses expériences qui visent à en faire une arme de destruction, tout cela avec la complicité d’un gouvernement cynique et manipulateur qui choisit, en cas de souci, des boucs émissaires pour détourner la haine d’une population toute prête à lyncher celui qui est différent. Brunschwig mêle avec réussite les problématiques politiques et sociales qui servent son récit avec bonheur. Les thématiques sont certes effrayantes – le cynisme politique, le racisme ou l’ostracisme de manière générale – mais traitées avec une grande justesse. Quant au cliffhanger, il est parfait et ne donne qu’une seul envie, pouvoir connaître la suite.

Parlons maintenant du magnifique travail graphique de Stéphane Perger qui forme un duo idéal avec le scénariste pour cet ouvrage. Ses planches sont de vraies peintures et les couleurs chaudes qu’il utilise abondamment fonctionnent parfaitement bien. Le titre de ce premier volume, Canicule, donne une bonne idée de l’atmosphère qui se dégage des cases de Perger. On ressent presque la chaleur rien qu’en tournant les pages. Ses planches montrant un immeuble éventré m’ont vraiment fait penser aux images qu’on voyait sur les écrans après le 11 septembre. Ce dessinateur est également très à l’aise avec ses personnages ainsi qu’avec les animaux dont le petit Billy est entouré. Chaque page est un véritable tableau et on peut passer assez longtemps à admirer le travail du dessinateur. J’adore ses architectures à la fois précises et démesurées. Le duo entre scénariste et illustrateur fonctionne à merveille, le second magnifiant le propos du premier d’une manière absolument symbiotique.

Alors, convaincus ?

Le ton dithyrambique employé dans mon article ne devrait pas vous laisser de doute : j’ai adoré ! Le Photonik de Tota et Mitton m’avait profondément marquée et restait dans ma mémoire comme une référence. Une réinterprétation de ces héros aurait pu se contenter d’être une redite réactualisée. Or, il n’en est rien, Luc Brunschwig s’est approprié totalement ces personnages pour les réinventer totalement et en faire les siens avec le style sensible qui lui est propre et un ton un peu plus dramatique que celui de Tota. Il nous livre un récit plus adulte où la découverte de soi se mêle aux intrigues politiques sur fond de discriminations. Graphiquement, l’ouvrage est splendide et Stéphane Perger nous en met plein les yeux avec force mais aussi délicatesse. J’ai attendu ce titre avec impatience, je ne suis réellement pas déçue, ce premier tome a comblé tous mes souhaits et bien au delà. Il m’a tiré des larmes et fait vibrer à l’unisson des personnages. C’est ce type d’émotions que j’aime ressentir quand je lis, je suis comblée !

Sonia D.

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