[review] Indeh

Très intéressée par l’histoire des Indiens d’Amérique, j’ai immédiatement été attirée par la couverture de l’ouvrage dont nous allons parler ici : Indeh, sous-titré Une histoire des Guerres Apaches. Evidemment, on a tous entendu parler de Geronimo ou Cochise mais connaître un peu mieux leur parcours m’a donné envie de lire cet ouvrage, tout comme les dessins de Greg Ruth.

Un résumé pour la route

Indeh_1Indeh, une histoire des guerres apaches est scénarisé par Ethan Hawke tandis que la partie graphique est assurée par Greg Ruth. Le titre est publié aux Etats-Unis en 2016 par Grand Central Publishing et en France par Hachette comics en 2017.

L’histoire démarre lorsque le jeune Goyahkla perd toute sa famille, massacrée par l’armée mexicaine, il se décide à rejoindre le chef apache Cochise. Peu après, le jeune indien venge sa famille en exterminant des familles mexicaines. La sauvagerie monte en puissance, opposant les Indiens d’un côté aux Mexicains et aux Tuniques bleues de l’autre. Existe-t-il encore des possibilités de paix entre des antagonistes nourris par une haine irréductible ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Il est moins rare désormais de voir un titre qui épouse le point de vue des Indiens et n’en fait pas des monstres sanguinaires et primitifs. Ethan Hawke, connu avant tout pour ses prestations d’acteur, décide de rendre justice au peuple apache en les montrant sous un jour plus favorable. Les Indiens fourbes de certains de nos westerns appartiennent au passé. Pourtant, le scénariste se garde d’exposer une vision manichéenne de ces guerres apaches.

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Le récit démarre par un traumatisme : le meurtre de la famille de Geronimo dont on découvre ici les « origines ». Comme un super-héros finalement, Goyahkla perd sa famille, change de nom, devenant Geronimo, et cherche à venger les siens. Toutefois, la comparaison s’arrête là. Geronimo rend coup pour coup et les scènes de massacres s’enchaînent dans les deux camps. Greg Ruth ne fait pas dans la demi-mesure lorsqu’il dépeint les exactions perpétrées par l’ensemble des protagonistes.

Hawke montre combien la paix se joue à peu de choses, combien dans chaque camp il existe des hommes avides de trêve et de dialogues. Il insuffle une tension palpable dans son récit, mettant en scène des militaires avides d’en découdre malgré les directives du président Grant, des Indiens qui veulent venger leur honneur et défendre leurs terres. On sent venir l’inévitable avec angoisse et on ne peut qu’accompagner les Apaches dans leur lente descente aux Enfers qui va les conduire à n’être plus que des prisonniers parqués dans les réserves que les yeux blancs ont daigné leur laisser dans leur propre pays. L’auteur n’omet pas d’évoquer les traîtres qui furent si utiles aux Tuniques bleues dans leur combat inégal avec les Indiens ou les généraux bas du front qui font fi de leur humanité pour mettre main basse sur les terres riches en or.

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Indeh évoque donc cette période charnière où les Apaches comprennent qu’ils n’ont plus que le choix entre la vie dans les réserves ou la mort au champ d’honneur. Hawke rend leur grandeur à ces fiers Indiens, seigneurs des steppes. Toutefois, si l’on a affaire à un récit sensible et équilibré, j’avoue qu’il m’a manqué une certaine connaissance du contexte qui est à peine effleuré : on est plongé immédiatement dans l’action et l’on se trouve ballotté dans des intrigues multiples avec souvent bien peu d’explications. Il faut donc une bonne connaissance de la période et des enjeux pour profiter pleinement de l’histoire et ce d’autant plus que le trait de Greg Ruth, bien que magnifique, ne permet pas une grande différenciation des personnages qui se ressemblent beaucoup.

Il est vrai, Ethan Hawke le rappelle en introduction, que l’auteur avait d’abord pensé son récit comme un scénario de film et, malgré sa volonté et celle de Greg Ruth, on a parfois l’impression d’avoir entre les mains un superbe story-board bien élaboré qu’une histoire fouillée. Les personnages manquent parfois d’épaisseur et on aurait aimer un plus grand développement afin de prendre le temps de faire leur connaissance et de s’y attacher… ou de les détester.

Alors, convaincus ?

Soyons honnêtes : à moitié convaincus seulement. L’ouvrage est beau aussi bien parce qu’il réhabilite un peuple trop longtemps associé aux « méchants » des westerns que pour les dessins soignés de Greg Ruth. Le récit donne une photographie de la situation à un instant donné, on se trouve à un moment charnière des guerres apaches où les Indiens se rendent compte de leur infériorité numérique et technique et se résignent à n’être plus que des « Indeh », des morts-vivants finalement.

Pourtant, on ressent une impression de manque : manque de contexte et un petit manque de profondeur dans le traitement des personnages. Indeh vaut quand même le coup d’œil puisqu’il a le mérite de traiter un sujet primordial dans l’histoire des Etats-Unis et d’offrir un récit dont les Indiens forment le cœur. C’est un bel hommage qui donne envie de se plonger davantage dans l’histoire des Indiens d’Amérique.

Sonia D.

Chronique en partenariat avec la Bibliothèque Gaspard Monge de Beaune.

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