[Review] Les S7pt secrets (tome un)

Depuis plusieurs années, je suis avec grand plaisir les séries du scénariste Tom Taylor mais, en lisant le pitch des S7pt secretsje me demandais comment il allait imaginer une série sur les complots dans le monde actuel de fake news.

Un résumé pour la route

Les S7pt Secrets rassemblent les six premiers épisodes de Seven Secrets édité par Boom ! Studios au États-Unis entre août 2020 et janvier 2021 puis en France chez Delcourt en janvier2022. Le scénario est de Tom Taylor (NightwingDCeased) et les dessins de Daniele Di Nicuolo (Power Rangers)

L’Ordre est une armée secrète qui, depuis des milliers d’années, protège l’ordre mondial en gardant les plus grands mystères. Mais les mensonges multiples aussi bien dans le monde que dans l’Ordre menacent cette mission…

On en dit quoi sur Comics have the power ?

J’ai été embarqué dès le premières pages des S7pt Secrets : après un combat, un champ de bataille est jonché de cadavres, d’armes brisées et de véhicules détruits. Mais j’ai déjà perdu mes repères temporels : des tanks modernes côtoient des chevaliers en blanc et or. On est dans un monde parallèle certes plus dangereux mais aussi plus tolérant car la reine d’Angleterre est une ado indienne et ce n’est pas la seule cheffe d’état… Au fil du récit, on retrouve avec plaisir des éléments du récit d’enquête sur des complots. Il y a des de l’action, de l’espionnage, des bases secrètes, des cryptes remplies de parchemins et un combat moral entre la fidélité et la trahison… La première base qui apparaît se trouve à Londres car la ville est perçue comme le berceau de la culture anglo-saxonne. Un centre d’entraînement est à Venise. Cette ville est depuis longtemps celle des secrets car son empire maritime est fondé sur les alliances multiples et donc elle avait une réputation de versatilité et de machiavélisme depuis la Renaissance. Cependant, il y a également une base par continent. Contrairement à ces récits, il n’y a pas de séparation entre le monde réel en paix et un monde secret fracturé par des clans. En fait, le monde quotidien n’apparaît jamais car le scénariste ne cherche pas le réalisme. On peut même se demander comment les combats dans des villes peuvent être expliqués au grand public. Par une narration efficace et sans fioriture, Tom Taylor va droit au but. Le scénariste sait réserver des surprises régulières en distillant de faux indices qui rendent la lecture addictive. La structure est simple : le récitatif raconte les origines du narrateur et personnages principal tandis que les images suivent l’ordre chronologique. Les grandes cases contiennent un texte réduit mais toujours juste. Cependant, ce classicisme n’empêche pas de proposer un récit moderne. Par exemple, on trouve de nombreuses figures féminines et diversifiées comme Tajana cheffe de l’Ordre.

On pourrait penser à Indiana Jones mais le dessin de Daniele Di Nicuolo, qui a travaillé sur les Power Rangers chez le même éditeur est très influencé par le manga. On retrouve des expressions grimaçant de la bd japonaise. L’action est aussi mise en avant par un arrière-plan épuré. Comme dans My Hero Academia, la couverture montre que chaque personnages à un design spécifique pour son caractère. Ces tenues évitent l’uniforme du super-héros tout en proposant à chaque fois un élément hors du commun et remarquable. J’adore en particulier celle de Canto : un costume civil noir et un masque blanc du carnaval de Venise. L’artiste italien est efficace et très lisible mais parfois trop simple. Cependant, ce choix rend justice aux nombreuses couvertures alternatives et des portraits de porteurs de secrets en bonus. J’ai, par contre, apprécié un easter egg quand Di Nicuolo montre les couvertures de Sous les océans de Tom Taylor et un autre titre du même éditeur, We Only Find Them When They’re Dead.

Ce style manga m’a fait d’ailleurs réaliser que le projet – de l’éditeur ou des artistes – est de créer un crossover entre le manga et les comics. Tom Taylor reprend les code du shonen nekketsu et donc du récit d’initiation (sans les remettre en cause). Le héros, Caspar, est un métisse abandonné par ses parents. Il a des relations complexes avec eux car il ne peut espérer leur amour. Son passage à l’âge adulte est marqué par une perte. Dans l’école de l’Ordre, il est le plus jeune élève autour d’orphelins sans abris. Des pages détaillent cette éducation entre des cours pratiques – Ching pour le vol – et théorique – Alex pour la philosophie. Il a un rêve (devenir un porteur) et devra pour cela dépasser des obstacles lors d’un tournoi. Il ne remet jamais en cause le but de l’Ordre.

Ce groupe n’est pas une confrérie à capuche lors de soirées gothiques à la bougie mais un groupe moderne avec un centre de contrôle digne de James Bond. Cependant, l’organisation reste très hiérarchisée et impose des règles strictes proches de l’armée. Chacun des sept secrets est défendu par une armée anonyme et un duo : le Gardien ou la Gardienne est un combattant chargé de repousser les attaques et le Porteur ou la Porteuse ne doit jamais lâcher une valise contenant le secret. Cette valise m’évoque celle contenant le code nucléaire. Ces membres clés n’ont donc plus de vie privée en théorie… Il y a également le groupe mystérieux des Sans-Noms. L’ordre est opposé aux Quêteurs entièrement vêtus de noir avec un imperméable et même un masque avec des yeux rouges sauf le chef d’un groupe, Amon. Deux visions s’opposent. L’Ordre veut préserver le secret tandis qu’Amon souhaite les détruire. Son objectif final est d’arrêter la guerre et de détruire un ordre qu’il trouve injuste. Le contenu des secrets n’est jamais évoqué sauf à la fin du premier tome. On bascule alors dans la science-fiction ou la fantasy.

Les secrets se situent sur plusieurs niveaux. Il y a les mystères mondiaux, des mensonges personnels et un agent double dans l’ordre. Mais les secrets les plus importants sont ceux qui touchent à l’intimité. On suit au départ, Eva, fine porteuse noire aux cheveux blanc et Sigurd ayant l’apparence d’un viking moderne. On découvre vite que le narrateur, Caspar, est le fils caché de ce binôme qui sera élevé par l’Ordre. Ses parents doivent choisir entre leur mission ou la famille. L’amour filial devient un secret soumis à un contrôle public des pairs. Caspar en souffre. De plus, il ne sait même pas que son père Sigurd lui a donné son prénom. Les S7pt Secrets aborde alors le sujet des relations mère fils car un membre des Quêteurs est aussi le fils caché d’un membre de l’ordre. La destinée des plus jeunes diverge : les bons suivent la règle alors que les ennemis le rejettent pour une plus grande liberté. On pourrait trouver ces deux choix mauvais. Cette gravité n’empêche pas des touches d’humour quand un harceleur se fait frapper pour lui rappeler les fondements.

Alors, convaincus ?

Ce premier volume des S7pt Secrets m’est apparu en premier comme une lecture très fun par le talent de Tom Taylor mais cette série est aussi intéressante : on découvre une version du manga par un auteur Australien dans une maison d’édition américaine. Ce premier volume est enfin le récit d’un échec mais ce sera à vous de finir le livre pour comprendre…

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