[Review] Blacking Out

Il n’y a pas que les super-héros dans la vie mais il y a aussi le crime. Je sais, je suis un éternel optimiste. Depuis la chronique de Sonia sur Pulp, il était temps de reprendre l’enquête criminelle et la sortie de Blacking Out est la parfaite occasion pour cela. Découvrez également comment cette enquête forme un pont entre l’Europe et l’Amérique.

Un résumé pour la route

Ce volume est un récit complet écrit par Chip Mosher (DraculaDo Androids Dream of Electric Sheep?), dessiné par Peter Krause (Archie 1941Irrécupérable) et colorisé par Giulia Brusco (ScalpedSaucer Country). Il a été édité aux Etats-Unis par Kickstarter en octobre 2021 et en France chez Delcourt le 29 juin 2022.

Conrad était un policier déplorable qui a été chassé de sa fonction en raison de son alcoolisme. Il est désormais détective privé mais est contraint de revenir dans son ancienne petite ville pour aider un avocat à défendre son client. Doit-il trouver la vérité ou juste innocenter un homme ?

On en dit quoi sur Comics have the power ?

Ce qui m’a en premier frappé en découvrant Blacking Out est l’édition. Le comics est au format bd franco-belge par la taille du livre et la structure (un récit complet en 58 pages). En effet, en venant au festival d’Angoulême, le scénariste Chip Mosher a adoré ce format. L’histoire du livre est aussi surprenante car le scénariste est au départ surtout un éditeur chez ComiXology. Il s’est associé avec Peter Krause pour lancer une campagne victorieuse sur un plateforme participative avant d’être publié en France et en Italie.

Même si le projet est numérique, Blacking Out m’a plongé dans le passé. Tout d’abord, le temps semble figé ou plutôt circulaire car un incendie géant revient comme chaque saison dans le sud de la Californie. De plus, l’action se passe dans les années 70 comme le montre la voiture de Conrad. Un dessin intérieur rappelle une affiche de film et le titre apparaît au bout de quelques pages comme après un prologue avant le générique. Dès cette partie, j’ai également pensé aux livres de cette époque comme ceux de Charles Bukowski ou James Lee Burke : plus qu’une enquête policière (qui commence relativement tard dans le volume), Chip Mosher dresse surtout le portrait d’un looser. Par le récit en flashback du personnage principal, on peut déceler les pensées désabusées de Conrad qui semble avoir tout raté mais souhaite se refaire une dernière fois. Il n’est plus dans la police depuis un an et continue à boire (sa flasque toujours sur lui en est un signe évident). Le titre signifie d’ailleurs faire un coma éthylique. Il doit revenir dans le village où il exerçait à l’occasion d’un engagement pour le procès médiatique de Robert Littleton à la fois accusé de meurtre et d’incendie volontaire : il a mis le feu à une forêt pour dissimuler le corps de sa fille Karen. Conrad travaille pour l’avocat de la défense, Lund qui fait de ce cas une question d’honneur mais pourquoi choisit-il un enquêteur à la réputation si déplorable ? Cependant, au lieu de faire son travail, il préfère passer la soirée dans un bar puis rentrer avec la serveuse Anita. Il a beaucoup de chance car elle s’occupe de cette épave de bien des manières. Il la voit comme celle qui va le sauver de la déchéance. Cet enquêteur a perdu sa morale au fond d’une bouteille et donc utilise tous les secrets qu’il connaît sur la ville d’Edendale pour se sauver. Pourtant il se prend pour un cowboy venu rétablir l’ordre. Il veut se racheter en se confirmant à un modèle viril de dominant. Il est violent et parle fort. Un simple collier guide Conrad pour dénouer les fils d’un meurtre.

Blacking Out n’est pas pour autant un comics passéiste car il donne une autre vision de cette époque. Mattie, le meilleur ami du héros, est un mécano homo – et amputé du bras droit. Le sexe est très présent. Pour Conrad, une simple aventure charnelle d’un soir peut démarrer une histoire d’amour pour se racheter car il est associé à des sentiments. C’est une exception car le désir cause surtout des problème quand il dépasse la morale. En effet, la sexualité est souvent taboue et sert à vous manipuler. Ce feu du désir qui couve apporte la honte et provoque le dégât en explosant. On découvrira en tome que le désir et l’incendie sont intimement lié. Le feu de forêt est également une parabole des perturbations qu’apportent Conrad en revenant dans sa ville. Il carbonise les certitudes et met ainsi en danger les habitudes de certains. Un collier en or avec un crucifix que l’on retrouve souvent n’est pas un accessoire ou un indice pour l’enquête mais également le symbole de la quête de rédemption de Conrad. Blacking Out raconte en parallèle la recherche d’un père pour prouver son innocence et un homme désirant changer de vie. Au départ, j’ai trouvé ce symbole et le parallèle entre les deux hommes trop évidents mais le twist final, comme chez Shyamalan, redistribue toute les cartes et donne un goût de cendre à tout ce récit.

Le dessinateur Peter Krause a un style réaliste comme le montrent les véhicules ou les visages mais il ne cherche pas la précision dans chaque case car les décors sont souvent épurés. On pense à Sean Philips de Mes héros ont toujours été des junkies mais il est plus irrégulier avec des cases bâclées. Il semble avoir du mal à garder une régularité sur tout un volume. Pour faire le parallèle avec l’écran de cinéma (ou celui d’un ordinateur de ce projet né en ligne), sa mise en page horizontale est organisée autour de longues cases. Ce choix met bien en valeur le paysage. On trouve en bonus une galerie d’illustration au format à l’italienne de l’auteur et d’autres artistes comme Francesco FrancavillaMirka Randolfo et Eduardo Risso

Alors, convaincus ?

En pleine canicule, Blacking Out est loin de faire descendre la température. Le désir présent à de nombreuses pages se conjugue à une intrigue policière de plus en plus incendiaire. Il est très difficile de vous donner une opinion complète sur ce récit complet mais le twist final très réussi m’a complètement fait changer de point de vue en posant un regard bien plus dur sur les personnages et sur cette ville. Un beau feu d’artifice en somme au milieu d’une communauté cernée par les feux de forêt.

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