[Review] Teenage Mutant Ninja Turtles (tome 17), Lignes de front

Après l’article précédent, je retrouve mes chère Tortues dans ce tome 17 pour une aventure différente des autres volumes puisque les scénaristes plongent les héros dans une invasion militaire moderne. Ajustez votre casque pour suivre la chronique.

Un résumé pour la route

Ce volume rassemble les épisodes 86 à 89 de Teenage Mutant Ninja Turtles publiés aux Etats-Unis par IDW Publishing entre avril et août 2018 puis en France par Hi Comics en juillet 2022.

Comme le tome précédent, il y a trois scénaristes crédités. Kevin Eastman, cocréateur des personnages, est surtout le superviseur mais Tom Waltz (G.I. JoeTransformers) écrit le script finalisé par Bobby Curnow (My Little PonyGodzilla). Dave Wachter (Iron FistGodzilla) est aux dessins jusqu’au 89 puis Michael Dialynas (The WoodsWynd). Ronda Pattison reste la coloriste.

L’agent Bishop et son armée (la F.T.P.) ont découvert où se trouvent les Tricératons et les Utroms. Raciste et refusant toute différence, Bishop veut détruire ce peuple extraterrestre et donc décide d’envahir l’île de Burnow. Les Tortues doivent-elles intervenir dans un conflit qui ne les concerne pas ?

On en dit quoi sur Comics have the power ?

Je ne vais pas cacher la réponse plus longtemps car la couverture donne un indice. Les Tortues décident de s’allier avec des peuples opprimés. Cependant, ce choix se fait après des débats entre les héros sur leur rôle. Tel un politicien isolationniste, Raphaël refuse les interventions étrangères et préfère d’abord sauver son pays en agissant localement. Il est rejoint par Michelangelo qui veut aider les orphelins. Il veut rester car il craint que leur père embrigade ces enfants. Leonardo et surtout Donatello se sentent responsables de la situation sur l’île. Pour eux, il faut intervenir en menant une attaque préventive avant que l’ennemi ne soit trop fort. Les États-Unis sont souvent partagés entre ces deux pôles sur leur rôle international. Ce volume 17 est déterminant car toutes les minorités, tous les exclus s’associent contre la frange raciste de l’humanité. Seuls les Foots restent en dehors en prétextant que ce n’est pas leur zone d’action. Comme à chaque fois, on ressent une honteuse délectation de voir le machiavélisme de la plupart car chacun réévalue ses alliances selon les menaces. Mais cette situation existe aussi à l’intérieur d’un groupe. Un ennemi emprisonné va être libéré par nécessité et un militaire complote contre l’organisation civile par intérêt stratégique.

En effet, les techniques militaires et la planification des combats sont au centre de ce volume. J’ai été totalement captivé par ces épisodes de combat. Le livre s’ouvre sur un débarquement de très grande ampleur : divers navires militaires, des hélicoptères, des barges et de nombreux fantassins équipés de masques envahissent l’île de Burnow mais, comme on est dans un comic, il y a aussi de robots, des mouches géantes robotisées et une massive tortue  mutante, Slash, contrôlée par Bishop. Toute la suite raconte magistralement cette bataille avec plusieurs points de vue : les agresseurs, les agressés et leurs renforts mutants à Manhattan. Cette multiplicité se retrouve sur le champs de bataille où il y a à la fois des combats collectifs et des duels déterminants. Tom Waltz et Bobby Curnow rendent très bien les stratégies d’invasion et de défense. Différentes vagues de l’armée envahissent l’île en combinant des forces aériennes, marines et terrestres et se heurtent à différentes lignes de défense. J’ai également adoré les termes techniques comme le relai tactique.

En raison de ma déformation professionnelle de prof d’histoire, ce débarquement m’évoque la Normandie ou l’Irak. Dans le tome précédent, la stratégie des robots mouser et des mouches fait penser aux techniques de l’armée américaine dans l’usage des drones. Ce n’est pas un hasard car Tom Waltz est un ancien U.S. Marine pendant l’opération Tempête du Désert en Irak et policier dans la Garde Nationale en Californie. Pour la première fois, je vois de nombreuses références historiques ou pseudo-historiques. Le premier contact humain avec les Utrom sevant à montrer les origines et la véritable nature de Bishop s’est déroulé à Roswell en 1947. Les divisions internes sont aussi pour moi une références à l’histoire. Au sein des Utroms, certains comme le caporal Montuoro regrettent l’alliance avec les terriens et prônent une solution violente. Comme de nombreux pays confrontés à des menaces extérieures, des guerres civiles ou des révolutions, Montuoro représente le groupe militaire qui se prépare toujours le pire alors que la conseillère Ma’rielle, membres des scientifiques, préférerait la paix. Ce fossé peut sembler une classique séparation des genres. Les hommes optent pour une vision unilatérale et conservatrice alors que la femme est pacifique et optimiste. Mais, tout de suite après, la cheffe des Tricératons regrette aussi le manque de préparation. Cependant, ces références ne font pas (et heureusement) des Tortues ninja une bd patriotique. En effet, l’armée américaine est ici l’agresseur et les agressés sont des groupes marginaux et faibles. L’île est le refuge des minorités. Il y a enfin des allusions au passé diégétique de la série et du comics car Donnie refait le mythique van de l’équipe.

A chaque nouveau volume, de nouvelles pistes sont tracées qui agrandissent le territoire des tortues. Je pense que l’on assiste aux prémices d’une histoire d’amour entre Casey et Jennika. Enfin, il y a des révélations sur Bishop qui pourraient paraître gores dans un autre genre mais les Tortues ninja l’évitent. Le hors-champ n’empêche pas d’imaginer la violence. Par ce choix, je retrouve le plaisir d’un comics à l’ancienne comme les X-Men ce Chris Claremont avec certes de nombreux dialogues mais des personnages complexes qui évoluent lentement. On trouve dans chaque épisode plusieurs fils narratifs qui ne s’arrêtent jamais. L’un remplaçant l’autre. 

La série annexe ici la politique car Stockman se présente à la mairie. Devant les médias, il affirme avoir sauvé deux fois la ville mais tout le mérite revient à April. Dans une interview politique, le scientifique refuse d’intégrer un parti mais veut agir seul. C’est d’ailleurs le thème global de la série : le rapport entre l’individu et le groupe : comment peut-on avoir besoin des autres pour agir ? Comment l’individu peut s’exprimer dans un collectif ? Jusqu’où doit-on se soumettre aux règles collectives ? Comment le groupe modifie l’individu ou inversement ? etc. Ces groupes sont la famille, les amis, le clan, l’organisation sociale, l’État selon les personnages ou les tomes. Le pire individu est celui qui veut suivre son père, se conformer donc le plus strictement à la tradition. Les Tortues ninja sont en effet une série qui développe chaque personnage. En premier, le quatuor de héros. Quatre pages illustrent leurs différents caractères : Raph frappe des truands avec Angel et Alopex, Donnie modernise le van, Léo s’entraîne, Mike s’amuse avec les orphelins et prouve plus loin que c’est le plus sensible, la plus magnifique des tortues. Mais ces transformations concernent aussi des personnages secondaires. La tortue géante Slash a été lobotomisée par l’armée mais, pour ses amis, elle n’est pas qu’une arme et les tortues et les mutanimaux viennent pour le libérer. April plus en retrait qu’au début est pourtant la plus intelligente. Elle pirate les mouches et est la première à prévenir Donnie que l’agent Bishop attaque l’île de Burnow

Le dernier épisode est un récit de noël, genre qui revient régulièrement dans la série. Cet hommage au conte de Dickens s’insère également dans le plan global. La guerre laisse des traces car la plupart des tortues passe noël loin de sa famille avec d’autres proches et leur optimisme d’effrite. Shredder revient en esprit pour faire la leçon à Splinter, car, à force de travailler pour le collectif, il perd de vue sa morale. Trois esprits vont ensuite venir pour tenter de le faire changer de voie. En effet, en voulant diriger un clan, celui-ci le contrôle également et lui impose ses forces. 

Les dessins de Dave Wachter sont de plus en plus réussis avec des cadrages très variés et moins de cases bâclées. Son style trait vif et réaliste est d’ailleurs très efficace pour les scènes de guerre. J’ai aussi apprécié son recours à de belles onomatopées. Son design militaire est beau mariant le réalisme des tanks américains avec la science-fiction des exosquelettes ou des armes extraterrestres. Une porte dimensionnelle rappelle StargateMichael Dialynas fait le fill-in sur noël. Il assure le travail sans originalité avec des grandes plages de couleurs manquant de relief.

Alors, convaincus ?

Encore plus que les autres volumes, ce nouveau tome est un récit qu’on ne lâche pas. On oublie la lutte urbaine du tome précédent pour être immergé dans une zone de combat. Mais c’est surtout un magnifique récit sur des personnages plongé dans une guerre avec différentes attitudes et certains vont très loin dans le sens du collectif. Le tome se termine par une magnifique note positive dans l’esprit de noël. Ce n’est pas de saison mais que cela fait du bien.

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