[Review] Teenage Mutant Ninja Turtles (tome 16), Le royaume des rats

Nous en étions restés au tome 12 mais, par manque de temps, nous avons négligé de vous parler de cette magnifique série. Quelle erreur car je continue à prendre un énorme plaisir à chaque nouvelle sortie ! Il est temps de rattraper cette faute par ce tome qui voit la première confrontation des tortues avec un dieu.

Un résumé pour la route

Ce volume rassemble Kingdom of Rats Prelude puis les épisodes 81 à 85 de Teenage Mutant Ninja Turtles publiés aux Etats-Unis par IDW Publishing entre avril et août 2018 par puis en France par HiComics en mars 2022. 

L’équipe artistique est assez touffue puis qu’il y a trois scénaristes crédités. Kevin Eastman, cocréateur des personnages, est surtout le superviseur tandis que Tom Waltz (G.I. JoeTransformers) écrit depuis la relance et son script est ici finalisé par Bobby Curnow (My Little PonyGodzilla). Dave Wachter (Iron FistGodzilla) est aux dessins sauf le prélude par Pablo Tunica et le numéro 85 par Brahm Revel (X-MenGuerillas). Les couleurs sont de Ronda Pattison.

Depuis la chute de son ennemi Shredder, Splinter est devenu le chef du clan Foot et tente d’imposer sa vision dans les rues de New York. Cependant, la ville a été ébranlée par l’invasion d’un peuple d’une autre dimension, les Tricératons. Les Tortues alliées aux Foots et aux Dragons pourpres ont pu les convaincre de s’installer sur l’île de Burnow. La Terre est sauvée mais ce combat laisse de nombreuses traces dans la métropole…

On en dit quoi sur Comics have the power ?

J’apprécie énormément les Tortues ninja car cette série crée une continuité très forte entre les épisodes de la trame globale jusqu’aux récits secondaires. Les auteurs prennent le temps de faire advenir une menace (le roi des Rats est apparu il y a bien longtemps) ou de modifier une situation (le gang des Dragons pourpre est présent depuis le début mais son but a changé grâce à Casey). De plus, tout se passe autour de quelques personnages et d’une seule ville car les tortues quittent rarement le centre de New York. Enfin, aucun crossover ne vient entraver la créativité des scénariste. Bref, tout ce que l’on ne trouve presque plus chez Marvel.

Comme l’illustre l’attaque extraterrestre du volume précédent, les scénariste font feu de tout bois pour proposer des menaces variées mais ils savent en même temps ancrer le récit dans un territoire urbain. On suit deux espaces de combat rendant le récit encore plus dynamique. Il y a d’un côté l’intervention des tortues pour lutter contre le roi des rats, un membre d’un panthéon divin et d’un autre côté les manigances des différents groupes mafieux qui se partagent Manhattan. Ce contrôle ne fait plus l’objet d’une guerre. En effet, les alliance se sont recomposés sous l’effet de changements de dirigeants (du clan foot et des dragons désormais alliés) et de nouvelles menaces (les Tricératons). Splinter est un chef de clan très efficace. Il a même passé un contrat avec l’agence gouvernementale qui avait créé ces mutants, devenue la Force de protection de la Terre. Mais il devient froid et calculateur et ses différentes alliances paraissent temporaires. Est-ce l’annonce d’une guerre à venir ?

Par les luttes entre les différents clans à New York, le scénario pose aussi la question de la gestion locale des quartiers populaires. Les gangs effraient certes les habitants mais remplacent aussi la police que l’on voit très peu. Les groupes mafieux sont dans la série multiethniques mais me rappellent les gangs communautaires (irlandais, afro-américains, asiatiques…) du XIXe siècle à nos jours. La place de l’État est souvent décrite de manière négative dans la série. Il est trop absent par le manque de policiers ou trop coercitif par la Force de protection de la Terre. 

Un atout de cette série est que chaque personnage compte. Cela concerne bien entendu la famille des Tortues. Depuis qu’il a pris la direction du clan Foot, les Tortues ont quitté leur père. Cependant, malgré cette séparation, le lien perdure dans le clan Hamato y compris par l’esprit : Splinter et Leonardo ont la même vision du danger. Ils ont la vision de l’attaque du roi des rats, membre du groupe des dieux du Panthéon. Les Tortues sont les plus promptes à réagir. Elles se rendent dans le palais des plaisirs du roi Crapaud pour obtenir l’aide d’un dieu contre le roi des rats. Ce passage est l’occasion de voir les différences entre les frères tortues. Michelangelo est le seul à trouver comment négocier avec les dieux. Un dieu, Manmouth se reconnaît en Raphaël pour sa volonté de vivre seul.

Des trames secondaires sont tout aussi passionnantes que cette famille. Alors que la division est actée entre les tortues et leur père, Arnold Jones, surnommé Hun, et son fils Casey sont réconciliés. Hun a arrêté l’alcool et a accepté que son fils dirige son ancien clan, les Dragons pourpres. Casey a bien évolué depuis le tome zéro. Il n’est plus cet enfant violenté par son père en quête de vengeance mais il dirige un gang au service de la protection du quartier. Il a même accepté l’offre de réconciliation de son père. Ce choix m’a paru surprenant au premier abord mais le rythme lent des changements fait que j’y crois complètement. Des détails prennent sens car rien n’est abandonné. Jennika, la ninja la plus fidèle de Splinter prend de l’importance. April est l’assistante d’un scientifique fou, Stockman, et reste pour le contrôler. En effet, elle lui présente toujours les solutions les plus altruistes mais en lui mettant en avant l’intérêt financier. Après l’attaque des Tricératons de nombreuses armes ont été laissées. Dans le tome précédent, l’armée les récupérait mais des gangsters comme les Garden State Wreckers en ont collectées avant. Cette avantage technologique bouleverse la hiérarchie interne dans le gang.

Cependant, l’ennemi principal de ce tome est le roi des rats. J’ai beaucoup aimé ce personnage. Son pouvoir est lié aux animaux. Il peut se faufiler partout. Il parle à ces rongeurs et sait donc tout ce qui se passe car ils sont partout dans les grandes villes, c’est bien connu. Comme Loki ou le Joker, il est un agent du chaos, c’est-à-dire, un être très puissant et totalement imprévisible. Alors qu’il devrait attendre le tournoi pour s’en prendre à l’humanité, il profite de la confusion récente à New York pour agir. En effet, il est attiré par les destructions qui le pousse à accentuer le désordre. Au contraire, les super-héros doivent rétablir l’équilibre ancien. Pour le roi, le changement compte plus que le but. Ses paroles ont certainement un sens mais parfois il me perd. C’est justement le but du récit. Le roi utilise l’inquiétude et l’espoir des plus faibles et, comme le ménestrel de Hamelin, il utilise une flûte pour les hypnotiser et les pousser au suicide sauf que cette fois il s’attaque aux enfants et épargne les adultes. Comme chacun dans cette série, il est membre d’une famille, le Panthéon. Ces immortels ont cependant bien plus de différences que des ressemblances. Un tournoi violent les oppose régulièrement mais provoque sur Terre des cataclysmes. De plus, ils ne se supportent pas comme le prouvait la réunion de famille compliquée du tome 14. Certains sont plus pacifistes. Le roi Crapaud est un hédoniste tandis que Manmouth vit pour la chasse ce qui influence son caractère. Il est bourru et de plus en plus solitaire. Lassé de suivre les autres en participant à la compétition, il préfère se débrouiller seul à survivre dans un monde inhospitalier. Cependant, malgré leur animosité, aucun n’accepte de les trahir car ils sont de la même famille.

Le dernier épisode quitte ce combat et illustre une autre qualité de la série : le retour régulier des personnages par le crocodile Leatherhead. Il a mangé Kang dans le tome 14 mais il revoit ici son fantôme. A chaque retour d’un personnage ou d’un récit ancien, j’ai envie de tout relire pour avoir un vision plus continue de cette magnifique série.

Le dessin du prologue par Pablo Tunica est parfait pour ce thème. Les traits heurtés transpirent le chaos. Le roi, par son sourire grimaçant, est concomitamment drôle et inquiétant. Pour la suite, Dave Wachter est plus précis et très efficace dans la narration. Dans le premier épisode, l’image est séparée en deux pour montrer à la fois la séparation de la famille des tortues mais aussi leur commune réaction devant la menace du roi. Il est très doué pour les figures animales. Elles sont à la fois proche du sauvage et adoptent des expressions humaines. J’ai pensé aux Disney mais également à Michel Plessix du Vents dans les saules en particulier par les passages ridicules dans le palais des plaisirs et le festin pour le moins exotique. L’encrage est très présent parfois trop mais il donne un côté sale qui sied bien à cette série popularisée par un cartoon et voulant proposer autre chose. Le design des Garden State Wreckers m’évoque les photos des gangs des seventies et donc aux séries B de cette époque. Hélas, comme dans le tome précédent, le dessin de Brahm Revel ne me convint pas du tout dans le dernier épisode. Il est très simpliste et carré.

Alors, convaincus ?

Les tortues ninja n’est certes pas la série la plus facile pour rentrer (même si une double-page présente le Panthéon) mais, une fois à l’intérieur, on ne veut plus sortir. Je suis totalement fan de ce comics à l’ancienne qui use de longs dialogues mais construit des personnages et des intrigues passionnants. A chaque nouveau tome, on profite de l’agrandissement de ce palais des plaisirs. Ce volume seize commence par le corps dans la ville mais l’issue du combat se déroule dans l’esprit. Ce final me paraît trop facile mais je sais très bien qu’à l’image des récits précédents ce n’est que le début des problèmes…

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