[Review] Intégrale Avengers 1979

Sonia et moi-même, nous avons un grand intérêt pour le format des intégrales chez Panini (X-MenHulkIron FistBlack Panther) mais je n’avais encore jamais lu d’anciens épisodes des Avengers. La présence de John Byrne m’a poussé à l’achat mais ces épisodes ont-ils bien vieillis ?

Un résumé pour la route

On trouve de nombreux scénaristes et dessinateurs qui changent presque à chaque épisode. Parmi les scénaristes, on trouve Tom de Falco (ThorFantastic Four) puis David Michelinie (Iron ManSpider-Man). Panini nous offre une très bonne introduction qui décrit les rapports de force à l’intérieur de Marvel où Jim Shooter a une emprise artistique très forte. Pour le numéro 189, Steven Grant est crédité au scénario mais il est en fait aidé par Mark GruenwaldRoger Stern et Michelinie. Pour les dessinateurs, on peut voir le travail de Jim Mooney (BatmanSpider-Man), John Byrne (X-MenSuperman) et Gene Day

On trouve dans cet intégrales les épisodes 179 à 190 ainsi que l’Annual 9 de la série Avengers publié aux États-Unis entre janvier et décembre 1979. Ce volume a été publié par Panini en novembre 2018. Dans le tome précédent, les Avengers sont partis dans l’espace pour lutter contre Korvac, une créature venue du futur et dotée d’incroyables pouvoirs.

On en dit quoi sur Comics have the power ?

Dans les premiers épisodes, Avengers est surtout une série d’action avec peu de profondeur. Le premier épisode est un polar avec la Panthère noire et les opposants ne sont pas restés dans les annales : le Dard qui utilise des électrochocs, est un businessman qui veut s’enrichir par le crime. On bascule très rapidement dans une expédition distrayante liée à une malédiction légendaire sur l’île de Muara. Ces histoires se situent cinq après la démission de Nixon, encore largement détesté : le Dard se compare à Nixon et le Fauve répond à Gyrich: « vous et votre transfuge du Watergate. » La méfiance vis-à-vis de l’État était fréquente à l’époque et apparaît dans la relation tendue des Avengers avec l’État. Ils doivent diminuer les membres et ne garder que les membres sélectionnés dont le Faucon pour les quotas. Le débat entre les super-héros sur les quotas montre une confusion du scénariste : Vif-Argent, élitiste, est pour la liberté de choix, Iron Man remet en cause la notion de quotas – il se sent contraint d’intégrer les androïdes, les femmes ou les mutants–, Captain America défend l’État. Gyrich est le modèle du fonctionnaire zélé et intrusif qui veut faire appliquer les nouvelles règles. Il exige les empreintes digitales de Captain Marvel avant de l’intégrer dans l’équipe. Il est d’ailleurs souvent remis à sa place par les super-héros – le Faucon imite l’accent africain. Les Avengers sont impossibles à encadrer – des réservistes reviennent, la Sorcière rouge part sans demander. N’arrivant pas à suivre les règles de Gyrich, Iron Man demande une enquête sénatoriale pour recouvrer une liberté d’action. Du point de vue du récit, la réduction avait aussi pour but aussi de centrer le récit autour de quelques personnages mais il y a encore des allers-retours – Hawkeye, Wonder Man. Ce grand nombre de personnage offrait d’intéressantes variations – l’ironie de Jocaste face à la froideur de la Vision. La Vision est plus complexe que dans mes souvenirs – loin de l’androïde sentimental, il parle des autres comme les « humains ». Il est cependant peu crédible que Vision soit celui qui reste alors que sa femme est en danger.

On découvre la vie personnelle des héros mais les Avengers sont plus des collègues ou des colocataires – Wonder Man et le Fauve vont au cinéma. Wonder Man devient fan du cinéma alors que Le Fauve parle du cinéma comme un transfert de développement personnel de manière sarcastique. A l’époque, le Fauve est plus un blagueur qu’un génie des sciences. David Michelinie au scénario apporte un récit plus dense et rapide. Wonder Man et le Fauve réfléchissent : comment la figure du héros mise en avant dans la mythologie américaine masque l’héroïsme de l’homme banal ? La vie quotidienne au manoir est traitée de manière humoristique – Iron Man puis Le Fauve aident des éboueurs.

Comme parfois dans les comics anciens, on n’échappe pas à certains clichés – un village tropical avec des huttes et des indigènes en pagnes, les gitans en Europe dans des roulottes. La réalité est tout de même présente par les transformations des métropoles. Par les quartiers délabrés du centre puis un immeuble avec des alcooliques dans le Bowery, on voit l’ambiance déliquescente des centres-villes. Une commerçante agressée par l’Homme absorbant dit : « On est à Hoboken (banlieue ouvrière de New-York) mais il reste des flics honnêtes. » En lien avec la Guerre froide (un pilote de l’avion espion U2 a été abattu), les Avengers débattent pour intervenir en l’U.R.S.S. Suivant la traditionnelle doctrine Monroe, Cap refuse de s’engager. Wanda puis Wonder Man se souviennent de « la paranoïa sur leur frontière dans les années 50. » Captain Marvel évoque la Détente et le désarmement. Elle obtient que l’équipe intervienne. Ils sont acceptés par l’armée en raison du passé de Cap pendant « la grande guerre patriotique » (expression typiquement russe) mais les russes vont espionner la navette des Avengers.

La place des femmes est en évolution car on trouve une victime potiche et sotte bien qu’elle dirige une boutique mais aussi la Sorcière rouge très indépendante et Captain Marvel, une militaire forte qui flirte ouvertement avec Tony. La Guêpe est entre les deux. A l’opposée, Hawkeye est typique du beauf : il lit sans doute Playboy et embrasse de force Deathbird après l’avoir combattu. Les Avengers s’ouvrent aussi aux minorités avec Sam Wilson. Le Faucon hésite car il ne veut pas être une caution. Dans les épisodes suivants, il se sent mis de côté puis craint de ne pas être au niveau.

Un arc reconstruit habilement l’origine de la Sorcière rouge et de Vif-Argent. À l’époque, les parents des jumeaux sont Whizzler et Miss America mais c’est assez confus. L’épisode révèle que Django Maximoff serait leur père. Les jumeaux partent en Transie en Europe de l’Est face à Mordred. Le scénario pose sans brutalité des indices en reconstruisant une logique par une fausse-couche et un don de bébé. Les oublis sont expliqués psychologiquement par un trauma. Vif-Argent est fou d’inquiétude de la disparition de sa sœur. Wanda, comme souvent dans ses récits, est possédée par Chthon. Science et magie se lient pour expliquer les pouvoirs de Wanda en ayant recours à un sorcier antique et un grimoire magique. Les Avengers s’unissent pour sauver Wanda alors que par amour paternel – mais aussi à cause de sa sénilité – le père adoptif s’est sacrifié.

John Byrne arrive au numéro 181 mais parfois sans doute surtout des croquis car il dessine en parallèle les X-Men. Avec une telle charge de travail, le dessin de Byrne est inégal selon les cases. Dans le numéro 182, le dessinateur est aidé par Klaus Janson. On retrouve le style épais de l’encreur mais qui s’adapte mal au trait léger de Byrne. Cependant, on retrouve son style – les jolis décors avec des tuyaux lumineux et des boutons partout – mais avec de petites cases et une mise en page encore classique. Il est très doué pour les muscles – la superbe case du Fauve en mouvement. Le dessin joue aussi sur la diversité du cadrage – quand Stark ouvre la porte – pour créer du mouvement. Le dessinateur a de belles trouvailles graphiques – au réveil de Pietro, tout est bleu comme un négatif de photo argentique sauf des contours jaune qui se précisent sur plusieurs cases pour dévoiler la réalité. Plus loin, Vif-Argent a une jolie position après une course, comme si sa tête décidait de s’arrêter avant ses jambes. Le combat entre Wanda et Mordred montre une superbe image sur les rafales d’énergie lors du combat. Dans l’annual 9, le style de Don Newton très basique ressemble à une bd des années 50. Il est cependant assez doué pour représenter l’infiniment petit et la détresse du Frelon de ne pouvoir prévenir du danger. 

Alors, convaincus ?

J’ai beaucoup aimé ce volume avec le plaisir du récit par épisode. Pour le scénario, j’ai eu l’impression de voir un basculement de style. Au début, le scénario reprend des techniques cousues de fil blanc puis Michelinie propose un mariage plus subtil entre vie privée d’un super-héros, action et fil narratif au fil de l’année – le rapport entre les Avengers et l’État. J’ai pris plaisir à retrouver des héros à l’époque de mon enfance et parfois maltraités aujourd’hui – la Sorcière rouge a un pouvoir mixte magie mutant très intéressant. Certes les histoires n’ont rien d’original, mis à part les origines de la Sorcière rouge et Vif-Argent, mais j’ai pris plaisir de retrouver ces moments clés des Avengers.

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