[Review] Green Lantern Corps (tome 1)

Chers lecteurs, je dois vous faire une confession. Lors de ma découverte de DC, je lisais avec intérêt le run de Geoff Johns sur Green Lantern mais j’étais encore plus fan de la série Green Lantern Corps. Hélas, je ne connaissais rien des origines de cette police de l’espace. J’ai donc été ravi d’apprendre la sortie du premier volume.

Un résumé pour la route

Ce premier tome compile les séries Green Lantern Corps: Recharge 1 à 5 puis Green Lantern Corps 1 à 13. Ils sont sortis aux États-Unis entre novembre 2005 et août 2007 chez DC comics et en France par Urban comics le 8 juillet 2022.

Green Lantern Corps: Recharge est écrit par Geoff Johns (JSAThe Flash) en collaboration avec Dave Gibbons (Watchmen, Doctor Who) qui assure seul le scénario pour la suite et même les dessins de Green Lantern Corps 4 à 6 et une partie du 10. Keith Champagne (JSASuperboy) le remplace pour le scénario des épisodes 7 à 9. Sauf une partie du 12 par Tom Nguyen (JLASuperman), les épisodes sont dessinés par Patrick Gleason (SupermanBatman & Robin).

Hal Jordan, possédé par l’avatar de la Peur Parallax a détruit le corps des 72 000 Green Lanterns. Les Gardiens d’Oa reforment cette police spatiale assurant la protection de toute planète contre les forces du Mal mais encore faut-il recruter et instruire des débutants.

On en dit quoi sur Comics have the power ?

A priori, on pourrait croire que Green Lantern Corps n’est qu’une série parallèle comme Far Sector mais, en fait, elle est essentielle pour comprendre le grand changement de cet univers un an après le retour d’Hal. Depuis Infinite Crisis, l’univers est en recomposition géopolitique (ce qui correspond au contexte réel de l’après 11-septembre des guerres en Afghanistan et en Irak). Plus récemment, plusieurs agents meurent car des forces cherchent en secret à profiter de la confusion née des perturbations de l’équilibre géopolitique.

Je ne suis jamais ennuyé à la lecture de ce récit d’aventure et de space opera. Les rebondissements sont nombreux et parfois d’ampleur planétaire. J’ai adoré suivre les différentes missions, une enquête policière, une mission d’infiltration et les conflits variés (une attaque en petit groupe contre une masse d’araignées géantes ou une bataille rangée géante). Les scénaristes n’hésitent pas à changer de registre. Des idées sont assez folles comme une ville se nourrissant des âmes de ses habitants ou une troupe de bébés armés de mitraillettes. Dave Gibbons reprend les menaces mystiques délirantes créées par Alan Moore, son partenaire sur Watchmen. Quand il est aussi dessinateur, il adopte un ton plus blagueur. 

Green Lantern Corps a aussi du fond en s’inscrivant dans le genre des récit de guerre. Lors de la guerre entre Thanagar et Rann, Vath reçoit un anneau mais ce dernier refuse de tuer ses adversaires car cette guerre n’est pas du ressort des lanterns. Le corps est alors une force d’interposition comme les Casques bleus plus qu’une armée nationale. Même si Keith Champagne est moins doué dans les péripéties, il ajoute la section secrète du Cadavre. Ce service d’espionnage et de commando possède un armement et un uniforme adaptés à leur mission. Les Gardiens l’ont créé pour les missions trop immorales. Le corps est parfois plus dans un rôle de policiers car enquête sur la mort de l’un des leurs. On visite aussi la base Oa : la cafétéria, la salle de repos, un bureau… Il y a même une psychologue, enfin à sa manière : la planète vivante Mogo écoute les agents en manque de confiance et fait apparaître des fantôme pour les guérir.

Les nouvelles recrues reçoivent une formation de masse, accélérée et intégrant des actions sur les théâtres d’opération comme pendant la Seconde Guerre mondiale. Cependant, certains n’acceptent pas la discipline au départ et risquent la cour martiale. Selon moi, l’entraînement n’est pas assez développé. On découvre des valeurs nés de l’expérience du combat comme le sens du sacrifice. Le livre s’ouvre par la mort d’un lantern lors de sa première journée. Sans toujours aller jusqu’à la mort, l’engagement est total. Dans son discours introductif aux recrues, Kilowog décrit l’armée comme le lieu de la plus stricte égalité et un moment hors de la banalité. Trois recrues oublient leurs précédentes différences et leurs critiques sur l’armée. Les lanterns doivent faire corps et cela passe par un uniforme où chacun apporte ses nuances et les recrues ont juste un rond blanc sur la poitrine. Le ou la soldat doit tout quitter : Natu est devenue un paria sur sa planète. Il faut parfois désobéir aux ordres pour secourir une camarade car les lanterns deviennent des amis par compagnonnage militaire. On peut voir cette touchante fraternité d’arme par l’amitié entre Vath et Isamot. Le premier récit est résolu grâce à la solidarité collective du nouveau corps. Le dernier livre nuance cette solidarité en présentant un traître dans le corps. La vie privée est impossible par manque de temps mais aussi par la lourdeur des responsabilités. Isamot voudrait fonder une famille mais rien n’est simple. Guy en permission dans un hôtel all-inclusive mais son repos ne dure pas… Les autres permissions deviennent des virées dans des bars tournant à la bagarre. Il y a également une concurrence entre camarades : Guy se considère comme le meilleur et le fait savoir.

Progressivement, le récit quitte la mutation du groupe pour se concentrer sur quelques soldats en mission. Personnage central de la série, Guy Gardner est devenu mon lantern préféré depuis Justice League International. Il est toujours aussi misogyne et a un caractère de cochon (c’est donc aussi un révolté). Ayant obtenu enfin une permission, sa vision des vacances est de boire et de sortir avec plusieurs femmes en même temps. Ce blagueur invétéré est l’exemple typique des Terriens pour les Gardiens. Ce caractère fait de lui le pire profil pour être instructeur et il en est conscient. Mais c’est le seul choix dans ce moment de crise (il aurait été plus logique de prendre Kyle ou John). Hal et John Stewart restent en retrait car ils sont tous les deux responsables du secteur de la Terre. Kilowog est un sergent formateur et bourru usant d’un langage fleuri. Garant du protocole, Salaak est le gardien le plus respectueux des règles. Dans le premier épisode, Kyle Rayner quitte la Justice League pour se consacrer au corps mais on le voit peu par comparaison avec les nouvelles recrues. Ces bleus fonctionnent en duo avec un ancien ou entre eux. Il doivent apprendre à gérer leurs différences. Soranik Natu, neurochirurgienne de Korugar, ne voulait pas être une lantern car elle associe cette fonction au tueur Sinestro. Elle quitte l’entraînement dès le premier discours. Elle est le contrepoint à Guy car, bien que novice, elle refuse ses remarques misogynes. Elle doit ensuite travailler avec Iolande, une princesse très condescendante. Ces différents lanterns sont aussi un hymne à la tolérance car chacun sert le groupe quel que soit sa taille et sa culture, même un insecte. Venus de deux planètes en guerre, Isamot et Vath apprennent progressivement à travailler ensemble. 

Cet élément militaire est très agréable à lire mais il manque pour l’instant une dimension critique sur l’armée et j’ai trouvé la place des femmes lantern trop réduite. À titre personnel, je suis frustré de ne pas connaître les chasseurs de primes et l’arachnoguilde qui viennent tous du système Vega, lieu que j’ai découvert dans Omega Men.

Malgré le nombre conséquent d’épisodes, j’ai eu la joie de ne lire principalement qu’un seul dessinateur : Patrick Gleason. J’ai eu longtemps du mal à me faire à l’expression assez froide de visages mais, depuis Batman & Robin, j’adore. Son dessin sur toute la page facilite l’immersion dans le cosmos. On remarque tout d’abord les magnifiques double page avec une organisation très complexe et beaucoup de précision dans les décors. Les designs des planètes ou l’explosion d’un astéroïdes sont ensuite grandioses. Il rend aussi totalement crédible des combats dans l’espace avec juste un anneau et des voyages à l’autre bout de la galaxie sans vaisseau. Gleason est très doué pour les créatures extraterrestres, les rendant attachants ou repoussants. Des images sont parfois violentes par les détails : un bourreau décapite des criminels mais ce sont surtout les expressions des têtes coupées avec la langue pendante, une bûche rougie par le sang et des mouches partout qui m’écœurent. Le dessinateur propose une variation intéressante du costume de ninja. Par contre, il a du mal à garder la forme du visage – à l’image de celui de Guy Gardner – sur l’ensemble d’un run. Tom Nguyen a un dessin avec plus d’aplat et des formes plus rondes et Dave Gibbons m’a fait retrouver les expressions des visages de Watchmen mais, les deux souffrent de la comparaison avec Patrick Gleason

Alors, convaincus ?

En refermant ce premier tome, j’ai passé un super moment de lecture. Les personnages sont très bien écrits en particulier Guy Gardner. J’ai adoré suivre cette armée en formation mais défendant malgré tout la liberté dans des aventures intersidérales. On peut comprendre l’importance de l’aspect militaire avec le contexte de l’époque. Les Etats-Unis sont dans l’après-11 septembre où l’armée est valorisée pour défendre le pays. Il est certain que je vais suivre ces lanterns dans le tome suivant.

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