[Review] Captain Marvel (tome 1 et 2)

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Voyant la réduction proposée sur les deux premiers tomes de la série récente Captain Marvel, j’ai été tenté de découvrir cette super-héroïne d’autant plus que je la connais très mal. Enfin, cette série pose explicitement une question qui m’intéresse : proposer une nouvelle représentation du super-héroïsme par une équipe artistique féminine.

Un résumé pour la route

Le premier volume rassemble les épisodes un à cinq de la série Captain Marvel puis les chapitres six à onze sont dans le deuxième. Ils ont été publiés aux États-Unis par Marvel entre mars et décembre 2019 puis en France chez Panini en septembre 2019 et août 2020. L’équipe artiste est entièrement féminine, y compris la traductrice du tome un mais, hélas, pas du suivant. Tous les épisodes sont écrits par Kelly Thompson (HawkeyeJem and the Holograms). La plupart des épisodes sont dessinés par Carmen Carnero (X-Men RedDivinity) sauf les épisodes 6 et 7 par Annapaola Martello (Kiss/VampirellaDoctor Who).

Carol Danvers était la directrice de la Division Alpha, une organisation protégeant la Terre à partir d’un satellite dans l’espace. Elle vient de se faire licencier après la dissolution de cette organisation et a découvert la vérité sur ses origines lors d’une année sabbatique pour aider sa famille. Elle retourne à New York, se rapproche des Avengers et de ses amis. Mais, l’homme nucléaire Mahkizmo attaque la ville puis enferme le quartier de Roosevelt Island dans une bulle où on n’y trouve que des femmes.

On en dit quoi sur Comics have the power ?

Captain Marvel est une héroïne certes ancienne et de plus en plus populaire en particulier avec le film mais elle n’a existé qu’en pointillé avec des épisodes totalement délirants, quelques périodes marquantes et de longues pauses sans série solo. La première page montre d’ailleurs les différentes rôles et incarnations prises par Carol au fil des temps puis, dans l’épisode 3, il y a une référence à son mariage forcé avec son fils. Kelly Thompson dialogue avec cette continuité en opérant une sélection. Le premier volume est une relance éditoriale faisant suite à une réinvention bancale de ses origines. Carol ne tient plus ses pouvoirs d’un homme à la suite d’un accident mais de sa famille. Sa mère fait partie du peuple extraterrestre kree. Pour Minerva, scientifique kree faisant penser à Frankenstein, Carol n’accepte pas cette double identité. Dans la nouvelle série, la super-héroïne doit également relancer sa vie après la perte de son travail et de son logement. En faisant revenir Carol à New York, Thompson la réintroduit dans le milieu de super-héros. Elle retrouve d’ex-petits-amis : Tony Stark et James Rhodes. Dans une vision plus moderne et féministe, elle n’est pas un sidekick de ces hommes plus connus. Tony devint son conseiller média et elle entame une nouvelle relation amoureuse avec Rhodey. Dans l’épisode quatre, Malicia, à l’origine d’un traumatisme fort pour Carol, lutte contre Captain Marvel. Carol admet qu’elle n’a jamais pu dépasser leur tension originelle alors que Malicia est devenue une héroïne et un membre clé des X-Men. Cependant, une entente temporaire se fait montrant que Carol a fait la paix avec son passé.

Le sujet central de la série est la représentation. Dans le récit tout d’abord, Carol est une figure publique. Sa mission pour Alpha Flight se déroulant dans l’espace, loin des caméras ou des réseaux sociaux, elle a été oubliée. On le voit dans les réactions des habitants à la télévision. De retour sur Terre, elle doit se justifier son rôle passé et réaffirmer sa place. Dans ce but, elle fait une interview pour Ms Magazine, un magazine réel créé en 1971 par les militantes féministesGloria Steinem et Dorothy Pitman Hughes. Dans sa première série, Carol, rédactrice en chef de Woman était très inspirée par Steinem et Ms Magazine. Carol est aussi une figure de modèle car Tony la charge de former la jeune Hazmat, ancienne membre de l’Avengers Academy. Une campagne médiatique de dénigrement fait passer Carol pour une traîtresse, une manifestation xénophobe dénonce ses origines krees et la Cour martiale veut la forcer démissionner en raison de ses origines. Tous les indices indiquent un complot kree, donc étranger, mené par Minerva. Mais le véritable mal n’est passé l’étranger mais interne aux États-Unis. Le propos anti-média devient étrangement réactionnaire. Une héroïne de façade manipule les esprits par les médias et les utilise pour absorber les pouvoirs des habitants. Son but m’a semblé confus car elle veut montrer aux civils qu’il faut se battre et cesser de laisser d’autres le faire à leur place.

Cette représentation est aussi une réflexion sur les femmes dans les récits super-héroïques. Lors de l’attaque d’un monstre gigantesque puis de Mahkizmo, Captain Marvel est une femme forte se débrouillant seule. Elle refuse l’aide des hommes sauf quand elle n’a plus le choix. Indépendante, elle n’a au départ besoin d’aucun autre héros et est une célibataire épanouie. Cependant, en raison de ses responsabilités de super-héroïne, elle se retrouve très vite impliquée dans divers réseaux. Son opposant du premier run est un macho pour qui les femmes ne sont qu’un patrimoine génétique. Il cherche la future mère de ses enfants, peu importe si cette femme l’accepte. Pour le battre, Captain Marvel rejoint une sororité incluant Spider-Woman, Écho, Hazmat puis Miss Hulk. Elles protègent des femmes de toutes les communautés et Carol décide de les former pour lutter contre l’oppression. En battant Mahkizmo, ce groupe de femmes se libère sans hommes. Cette union illustre au maximum la diversité féminine. Par ailleurs, Carol forme un couple mixte avec Rhodey, ce qui est rare chez Marvel. Cependant, une armée de femme reste une armée et cette militarisation des civils n’est jamais questionnée. Par le dialogue mais encore plus par l’image, on retrouve le même code sur la nécessité de suivre un leader et sur l’apprentissage par la discipline à se libérer. Kelly Thompson reprend les archétypes des hommes super-héros en créant à Captain Marvel une batcave et en montrant très souvent des combats massifs pour mettre en avant la force de cette femme. Le féminisme passe le corps et l’esprit. Les deux sont liés par des transferts. Dans le premier volume, Carol a laissé Malicia absorbé son esprit pour, finalement, l’emporter sur Mahkizmo. Dans le deuxième tome, une magicienne asgardienne, l’Enchanteresse, piège Captain Marvel en transférant son esprit dans le corps de Dr. Strange en inversement. Ce transfert d’un esprit dans le corps d’un genre différent est très fréquent dans les comics mais Kelly Thompson renouvelle le récit. Elle parle de consentement – Stephen Strange n’a pas le droit de toucher les parties sexuelles – et de la force des femmes – Stephen est impressionné par la puissance du corps de Captain Marvel. Pour inverser le sort, la solution est de ne pas imiter mais d’être soi. On vole à deux reprise la force de ce corps. Dans le deuxième tome, la scénariste déconstruit cette image de la femme forte. Captain Marvel a des problèmes avec ses pouvoirs. Elle saigne du nez et a perdu sa puissance. Lors d’un combat, elle est sauvée par une amie plus faible puis est concurrencée par une nouvelle super héroïne, Star, très populaire. Carol doit continuer à résister à son penchant pour l’alcoolisme quand elle est en crise. Elle est alors aidée par d’anciennes et de nouvelles amies font une intervention :  elles viennent lui changer les idées. Plus que de ses pouvoirs, la force vient de la ténacité de l’héroïne. Elle ne lâche rien même si elle affaiblie.

Hélas, ces thèmes passionnants et les bonnes intentions ne font pas toujours un excellent comics. La série se lit très agréablement mais il lui manque une vision personnelle de psychologie de Carol Danvers et les scènes d’action sont très attendues. Mis à part la difficulté d’avoir des cheveux longs par Strange, les tentatives d’humour ne m’ont pas fait sourire. Lors de deux épisodes, les récits précédents s’interrompent par la participation au crossover War of the Realms. L’élément le moins réussi de ce volume ce sont les dessins de Carmen Carnero. La mise en page est maladroite et l’encrage raté. Le design du costume de Captain Marvel est laid tout comme les tenues post-apocalyptique dans Roosevelt Island. C’est hélas une constante avec cette super-héroïne depuis son apparition. Annapaola Martello se charge des épisodes s’intégrant à War of the Realms. Hélas, c’est encore pire. L’encrage grossier ne cache pas les dessins bâclés.

Alors, convaincus ?

Même si j’ai passé un moment de lecture distrayant, cette nouvelle série de Captain Marvel est plus intéressante que bonne. Les thèmes sont progressistes mais surtout passionnants : la représentation publique d’un héroïne, la sororité, l’identité et la lutte contre le patriarcat. Mais, hélas, l’enchaînement des péripéties est mécanique et manque de rythme. 

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