[Review] Reign of X (volume 9 et 10)

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Devenu de plus en plus fan depuis la fin d’House of X/ Power of X, je continue à lire les séries mutantes et, de temps en temps, j’en profite pour écrire des chroniques sur cette refonte de l’univers mutant.

Un résumé pour la route

Chaque numéro est une compilation de plusieurs séries mutantes. Reign of X (volume 9)rassemble les épisodes Hellions 11 est écrit par Zeb Wells (New MutantsNova) et Stephen Segovia (War MotherVampirella), Wolverine 11 et 12 sont écrits par Benjamin Percy (Green ArrowTeen Titans) et illustrés par Scott Eaton (Conan), New Mutants 18 est scénarisé par Vita Ayala (LiveWireXena) et magnifié par Rod Reis (Doctor Strange DamnationTeen Titans), S.W.O.R.D. 5 est scénarisé par Al Ewing (The Immortal HulkWe Only Find Them When They’re Dead) et illustré par Valerio Schiti (All-New ThorGuardians of the Galaxy) et X-Factor 7 est écrit par Leah Williams (Amazing Mary-JaneGwenpool) et dessiné par David Baldéon (Nova,Domino). Reign of X (volume 10) compile les épisodes X-Factor 8 et 9 de la même équipe créative alors qu’X-Corps 1 est écrit par Tini Howard (ExcaliburRick & Morty) et dessiné Alberto FocheMarauders 20 rassemble Gerry Duggan (DeadpoolSavage Avengers) à l’écriture et Stefano Caselli (Invincible Iron ManSpider-Man) aux dessins. Way of X 1 est l’œuvre du scénariste Si Spurrier (SandmanAlienated) et du dessinateur Bob Quinn (X-MenCaptain America). Ces épisodes sont sortis chez Marvel aux États-Unis entre février et mai 2021 puis en France chez Panini comics en mars 2022.

Depuis l’émergence de leur propre nation, les mutants affirment progressivement leur puissance. Cependant, cela n’empêche pas les menaces de demeurer nombreuses. Elles viennent de l’extérieur quand Wolverine affronte les vampires mais aussi de l’intérieur par les enquêtes d’X-Factor ou les mystérieux projets de Mister Sinistre.

On en dit quoi sur Comics have the power ?

Reign of X 9 démarre en trombe par des séries d’action. Dans l’épisode 11 d’Hellions, le scénariste Zeb Wells continue à m’intéresser par le clown dangereux Mister Sinistre, de moins en moins drôle et de plus en plus inquiétant. Cette série se concentre progressivement sur les conflits moraux au sein de l’équipe car Psylocke se sent très mal à l’aise vis-à-vis les actions menées officiellement ou non par Sinistre. C’est très intéressant mais j’ai du mal à voir où le scénariste va. Je regrette l’humour déjanté du premier run. De plus, l’ennemi de ce deuxième arc est Arcade que j’ai toujours détesté. Aux dessins, Stephen Segovia se lit très agréablement.

L’adrénaline monte de plusieurs crans dans les deux épisodes de Wolverine écrits par Benjamin Percy avec une profondeur insoupçonnée. J’y vois de nombreux liens avec le monde réel. Dracula se cache dans la zone contaminée de Tchernobyl en Ukraine. Il est amusant de voir que la série est passée de la chasse d’un vampire à une saga géopolitique : Logan est un homme seul en guerre contre la nation vampire. Les suceurs de sang veulent garder leur place dans l’échiquier mondial malgré les bouleversements apportés par l’arrivée de Krakoa. Pour renforcer les vampires, Dracula profite des mutants en utilisant le sang de Wolverine. Le cliffhanger fait entrer une nouvelle intervenante dans cette géopolitique de plus en plus intéressante. Cette série illustre que l’on n’est plus dans l’hyperpuissance américaine mais la géopolitique mondiale bascule par l’émergence de nouvelles puissances. L’armement change également avec le recours à une bombe sale. De plus, les vampires se sont disséminés dans les villes du nord où la nuit est plus longue. Cette épidémie menaçant les petites villes me fait penser à la diffusion d’opiacées ravageant l’est des États-Unis. Il y a aussi un nouveau groupe, la Garde de nuit, une secte humaine qui combattait les vampires. J’ai apprécié Louise, chevalière alliée de Logan mais devenue son pire ennemi en se transformant en vampire. Hélas, le dessin de Scott Eaton est souvent assez maladroit.

New Mutants m’intéresse toujours tout d’abord par les dessins de Rod Reis. Il continue à m’offrir des pages magnifiques entre Bill Sienkiewicz et un style plus classique. Reis explore les textures de la peinture et donne l’impression de laisser visible des coups de pinceaux proposant ainsi un style expressif mais toujours lisible. Dans cette série, le thème central est de grandir, d’accéder à une maturité. Dans une lettre, Magik explique que le but de l’éducation des mutants a changé avec la mise en place de la nation mutante : il ne faut plus former des soldats mais des citoyens. Par contre, cette évolution se ferait en donnant aux plus jeunes un but. C’est totalement raccord avec l’idéalisme combattant de Krakoa mais je trouve cela totalitaire. Étrangement, la suite contredit cette lettre. Cet épisode se concentre sur Scout, clone enfant d’X-23, qui demande l’aide des adultes. Warpath lui donne un conseil mais la laisse décider ensuite. En effet, Scout s’inquiète pour ses amis qui se font manipuler par le roi d’ombre. Ce groupe de freaks, physiquement le plus marqué par les mutations, ne peut adhérer à la doctrine officielle : pour eux, la mutation n’est pas une bénédiction mais un calvaire comme le dit Cosmar. Cette intrigue est intéressante mais elle évolue trop lentement à mon goût. A l’inverse, j’ai été heureux de retrouver un personnage longtemps mis de côté. En effet, depuis House of X/ Power of X, la nouvelle donne permet de régler des problèmes très anciens. Lors de sa première apparition dans Spider-Man, Karma avait absorbé l’esprit de son frère jumeau Tran. Depuis, son corps intègre ces deux esprits. Je ne me souviens pas qu’on n’ait jamais parlé ensuite de cette situation. Karma veut profiter d’une résurrection pour faire revenir le corps de Tran. Pour réussir la séparation des deux esprits, elle doit donc mourir. Afin d’obtenir vite le droit de ressusciter, l’héroïne va prouver son courage dans un combat à mort dans une arène de gladiateurs. Je comprends néanmoins mal le concept : pourquoi se battre si on veut mourir ? C’est certes un moyen de montrer sa motivation mais il y en a sûrement d’autres. 

S.W.O.R.D. montre l’étendue des possibilités de la nouvelle donne. Le changement a été proposée par Jonathan Hickman et, en affirmant leur propre choix sous sa coordination, les scénaristes des séries annexes étendent encore les possibilités. Al Ewing donne une dimension cosmique à la nation mutante et s’intéresse à la guerre snark en lien avec son run sur les Gardiens de la galaxie. En tant que puissance émergente, Krakoa ne se contente plus de gérer les affaires avec les pays voisins sur Terre mais intervient dans l’espace lointain. On retrouve cette idée dans X-Factor où Krakoa accroît sa puissance en imposant ses conditions sur une autre dimension. Le scénariste met aussi en débat le fonctionnement de l’État mutant. Fabian Cortez, bien connu pour sa méchanceté et son arriviste, a obtenu une audience devant le conseil secret. Il souhaite remettre en cause la seconde loi mutante : ne pas tuer d’humains. Tout le conseil se moque de ses arguments et de sa prétention mais cet exemple montre tout de même la conception raciale et méprisante des dirigeants. J’ai aussi été très heureux de retrouver d’autres Acolytes avec Amelia Voght pour de futures intrigues passionnantes. Le dessinateur Valerio Schiti est également la bonne surprise de ce volume. Les designs et la mise en page prolongent la plongée dans l’espace du scénario même si, pour les visages et la précision, il n’a pas encore le talent d’Immonem, de Pepe Larraz ou R.B. Silva.

Le volume se clôt avec X-Factor qui ouvre ensuite le volume 10. A l’inverse des vastes ambitions précédentes, Leah Williams propose un récit policier. L’équipe cherche à comprendre pourquoi Cyrène ne cesse de se suicider. La coupable a été découverte et la lutte contre cet opposant puissant est un enjeu moins original. Le plan de Rachel et Polaris pour vaincre l’entité m’a paru inutilement compliqué. Il est possible que ma lassitude vienne de la publication trop irrégulière. Cette série d’enquête se déroule paradoxalement surtout à l’intérieur de la base et se concentre progressivement sur les relations entre coéquipiers. En effet, des couples y vivent et d’autres se forment. L’ensemble présente une vision ouverte, multiple et fluide de la sexualité. La scénariste arrive à conclure les deux récits qui paraissaient pourtant séparés (l’enquête et le voyage dans le Mojoverse). Cependant, la fin m’a semblée hâtive : Mojo est battu en trois cases. X-Factor est plus une belle promesse qu’une réussite totale. Leah Williams, maîtrisant mal le rythme par épisode, m’a paru bloqué par le nombre de pages pour raconter tout ce qu’elle avait prévu. Cependant, elle réinvente Eye Boy et ce n’était pas gagné. Son pouvoir que j’ai détesté dans Generation X se révèle enfin utile pour détecter tous les indices et voir les menaces. Il est en même temps un adolescent touchant car s’il souffre de voir sans tout comprendre, il le cache par le silence et un sourire crispé. Par ce personnage, la scénariste montre aussi les relations complexes d’X-Factor avec le conseil secret. Dans un mail, Véga refuse d’informer Xavier du nouveau talent d’Eye Boy. Le dessinateur David Baldéon réussit à donner une impression psychédélique de son pouvoir. L’ayant adoré sur Nova, je trouve son style agréable mais je ne suis pas fan de l’aspect assez plat et enfantin de l’ensemble. Dans le volume dix, on trouve un épisode bilan des Marauders avant le gala des Damnés. Sans lien avec le cycle global de Reign of X ou les fils narratifs de la série, cette épisode bouche-trou offre des pages très agréables en étant centré sur Tornade. Chacun des Marauders raconte une anecdote sur son altruisme, sa rigueur, sa force…

X-Corps s’intéresse aux effets financiers de l’arrivée de Krakoa. Le concept avait été introduit par Grant Morrison mais, dans la série de Tini Howard, l’organisation à but non lucratif pour défendre les mutants est devenu un fleuron pharmaceutique à l’échelle mondiale. De plus, l’entreprise transnationale dirigée conjointement par Angel et Monet veut étendre son champ d’activités à tous les secteurs. Cependant, les entreprises installées depuis longtemps trouvent cette concurrence déloyale car l’X-Corps commercialise les fruits de Krakoa qui n’ont aucun coût de production.  Les humains pensent connaître les ficelles pour empêcher cette ascension, par exemple en ayant recours à la loi. Cependant, la nation mutante change tout et démontre que les humains sont dépassés. On voit des différences entre les deux dirigeants. Impulsive et colérique, Monet est habituée à décider seule et à faire ce qu’elle veut. C’est alors à Angel d’assumer tout le reste. Il est également plus pragmatique et dans la négociation. Cette différence se retrouve dans leur pouvoir. Il contrôle mieux sa personnalité d’Archangel alors que, comme Hulk, Penance apparaît quand Monet ne contrôle plus sa colère. Ce groupe étant public, ces dirigeants sont l’image public de la nation mutante. Par exemple, Trinary étant une criminelle recherchée en Inde ne pense pas pouvoir en faire partie. Ce premier épisode lance des pistes intéressantes même si les péripéties sont plus convenues. Hélas, le dessin proche de l’école franco-belge très classique d’Alberto Foche est très maladroit.

J’avais vraiment hâte de lire quelle vision le scénariste montant Si Spurrier allait donner des mutants. La première page tient largement le niveau car la construction installe une ambiance inquiétante. Le scénariste a des idées assez neuves sur ce nouveau monde mutant. Doctor Nemesis, que je déteste souvent, a le haut de sa tête envahi de champignons qui sont des drogues psychédéliques. Si Spurrier reprend la structure globale en alternant la bd et des pages de texte – ici d’assez longs extraits d’un journal intime et le brouillon d’une nouvelle bible écrits sans doute par Diablo. En effet, Way of X explore les conséquences morales des nouvelles règles de la nation mutante. Il y a enfin des critiques ouvertes et qui de mieux que le torturé et croyant Diablo pour cela ? Kurt est vu comme un réactionnaire en décalage avec le nouveau monde. Les jeunes mutants insouciants et heureux de la nouvelle situation qui l’assistent voient la mort comme un dépucelage. Ils se moquent de Pixie qui ne l’a jamais fait. Mais, pour Kurt, ce mépris de la fin est mal. L’évolution du peuple mutant qui applaudi la mort et la souffrance, l’inquiète. La force devient la valeur cardinale. Si Spurrier donne une interprétation enfin intéressante de l’arène de gladiateur qui n’est pas un rite de passage mais un rituel collectif d’unité. Diablo déteste cette idée mais, comme l’avait écrit Hickman dans X-Men, il songe à fonder une religion propre aux mutants. Doctor Nemesis l’encourage non par foi car il est athée mais, car la religion apporte des rituels sociétaux structurant la société mutante. En effet, la série ne cesse de se demander si on peut encore croire aux anciens dogmes alors que les mutants peuvent ressusciter. Magnéto a fait clairement le choix de l’athéisme. Aaron avait déjà posé cette question lors du retour de Diablo. L’ironie de Diablo n’a plus sa place à Krakoa. Alors qu’il veut faire une blague à Magnéto, le maître du magnétisme transforme la tentative en sermon plombant. Way of X est la nouvelle série la plus ambitieuse (trop ?). En effet, par l’apparition d’un personnage en toute fin d’épisode, le scénariste lance aussi une piste sur la paternité, peut-être en lien avec la trinité chrétienne. Le dessin de Bob Quinn, en revanche, manque de relief et d’une patte personnelle. Il n’y a que la chevelure champignon de Nemesis qui est si réussie que je ne peux m’empêcher de la guetter dans chaque case. 

Alors, convaincus ?

Si Reign Of X continue à proposer des récits d’action agréables autour de personnages forts, un thème général se dégage également. Les scénaristes montrent que l’arrivée d’une nation mutante forte et unie bouleverse les équilibres dans tous les domaines. Les différents éléments de la puissance sont partagés entre les séries. Dans Wolverine et S.W.O.R.D., la nation bouleverse la situation géopolitique locale ou lointaine. Dans X-Corps, ce sont les équilibres économiques. New Mutants cherche une nouvelle manière d’éduquer les mutants. Cette puissance collective devient une fierté personnelle. Angel ne cache plus ses ailes en public. Mais, entre les mutants, des différences se font jour car certains, comme Diablo, s’inquiètent du sentiment de supériorité majoritaire. Si les scénarios restent passionnants, je trouve néanmoins que le niveau du dessin baisse depuis quelques numéros.

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