[Review] Avant house of X, X-Men 1 à 3

Certes mon ordre de lecture laisse un peu à désirer mais l’envie de découvrir House of X a été si fort que j’ai fait la chronique avant. Mais, je n’ai pas oublié ce passage des mutants et voici donc le dernier article qui couvrira les trois dernières revues publiées X-Men.

Un résumé pour la route

Ces volumes rassemblent les épisodes 11 à 22 de la série X-Men publiés entre avril et septembre 2019 par Marvel aux États-Unis et par Panini en France entre janvier et mars 2020. Le scénario est de Matt Rosenberg (La résurrection du PhénixThe Punisher) et dessins de Salvador Larroca (Iron ManGhost Rider) pour l’essentiel mais aussi de Carlos GomezCarlos VillaBob Quinn et David Messina. On peut aussi signaler les superbes couleurs de GURU et e-FX.

À la suite des interventions de Légion, le fils de Xavier, et d’X-Man, un mutant surpuissant d’une autre réalité (Age of Apocalypse), une très grande partie des X-Men a été tuée. De plus, un vaccin anti-mutation vient d’être accepté par le Congrès. Il ne reste plus qu’une poignée d’X-Men survivants mais deux héros prétendument morts sont de retour : Cyclope et Wolverine. Longtemps défenseurs de deux visions différentes de la place des mutants dans un monde hostile, les deux X-Men ont choisi de s’associer pour retrouver tous leurs amis. Dans ce but, Cyclope part à la recherche des survivants pour reconstituer une équipe d’héroïnes et de héros.

On en dit quoi sur Comics have the power ?

Ces trois numéros regroupent deux récits de six épisodes. Par rapport à X-Men Disassembled, le rythme change car la série passe d’hebdomadaire à bimensuelle. D’une manière unique dans l’histoire de la série, le récit part d’une table rase et les premières images illustrent cet effondrement : l’école Xavier en ruine, le Blackbird détruit, le siège de la multinationale Worthington avec une sculpture hommage à Angel et une manifestation violente entre les deux camps. Les groupes anti-mutants n’ont plus peur et tuent des Morlocks. On est pourtant loin d’oublier le passé car le thème du temps traverse aussi le récit. Il s’agit de la dernière histoire selon le texte prophétique du début et c’est rappelé très souvent. Alors que Logan vit dans le présent, Scott nostalgique cherche quelque chose de disparu. Il veut retrouver les X-Men bien que la voyante Blindfold le prévient qu’ils sont bien morts. Blindfold est perdu dans le temps. On trouvera dans la suite des références régulières à cette voyante qui, en sous-marin, avait préparé le plan des X-Men. Le temps du scénario est aussi élastique. Dans l’épisode 11, on trouve un twist narratif que j’aime beaucoup. Le lecteur suit les mêmes actions de Cyclope que l’épisode précédent mais vues par un spectateur, Logan. Comme une variation en musique, deux ajouts complètent le récit précédent. Wolverine rencontre les mêmes personnes que Cyclope mais se débrouille bien mieux. On découvre aussi le jeune Cable qui veille sur son père. C’est un épisode purement tragique ce qui est assez rare chez Marvel. Le lecteur partage la perturbation psychologique de Blindfold car présent, passé et futur se mélangent dans son esprit. Elle se suicide car elle sait qu’elle n’a pas de futur. Ce thème revient quand Magie pense que le projet de Scott est un pacte suicidaire. 

Au départ, le récit ne se focalise pas sur l’action mais sur les sentiments de quelques personnages : la reconstruction de son leadership pour Cyclope et la résurrection pour Logan. Le début lent est un moyen de montrer la descente aux enfers d’un héros. Ayant pris conscience de la mort de ses plus proches amis, Scott se soûle sur les toits. Il n’est plus le chef des X-Men ou le leader de la révolution mutante mais simplement un homme effondré et pathétique que les autres méprisent. Lors de son enquête, Scott se fait jeter des égouts par Callisto et Chamber qui lui reproche son syndrome du messie. Madrox le retrouve sur les toits et lui file de l’argent. Quand Cyclope appelle à l’aide, seuls les ennemis viennent : les Purificateurs, les Reavers et la Ligue des sapiens. Logan est certes plus apprécié mais encore plus las. Il ne veut plus être un héros et laisse Scott se débrouiller seul. Ce début illustre les différences entre les deux héros même si Wolverine est proche de Scott quand il se plaint que les Avengers protègent des anti-mutants. Ils choisissent tout de même une équipe mais, les héros principaux ayant disparus, d’autres personnages sont mis en avant : Guido d’X-Factor et Dani, Karma, Magie et Rahne des New Mutants. Valérie Cooper, anciennement agent de liaison avec X-Factor est sans fonction mais elle ne peut résister à une invitation formulée par deux morts (Cyclope et Wolverine). J’ai été tellement heureux de retrouver enfin un homme-multiple bien écrit. Comme dans la fantastique et trop méconnue série X-Factor, on retrouve l’enquêteur cynique et drôle. Globalement, le ton est désabusé car les héros, même Rahne, ne croient plus au rêve de Xavier. Les épisodes suivants poursuivent cette ambiance de polar noir. On est plus proche de Gotham que de New York : Reaper, un ancien ennemi d’X-Force, se fait tabasser à la batte de base-ball par les Madrox. Ces héros sont partagés entre idéal et compromission, idéal et trahison. Captain America vient d’ailleurs faire la leçon à Cyclope tout en proposant son aide dans un discours bien écrit. Les dialogues sonnent souvent justes et font sourire : le fauve noir dit à Madrox qu’il n’allait pas le torturer mais juste le tuer.

Scott pense que puisque tout semble perdu autant s’attaquer aux pires problèmes de X-Men et redevient naturellement le leader à la fin de la première revue. Ce choix est-il aussi un hommage au passé des mutants ? En effet, quand l’équipe s’attaque aux Maraudeurs, Scrambler vient de massacrer des Morlocks, à l’image de Mutant Massacre. Dans la technique narrative, on retrouve aussi des passages classiques des mutants : un discours raciste et la lutte armée contre des anti-mutants. Lorsque Cyclope et Wolverine attaquent une prison en se cachant, ces pages vives et prenantes me font penser à une bonne série de Wolverine. On pense aussi parfois au X-Factorde Peter David pour ces débats dans des lieux quotidiens quand les survivants se retrouvent dans un bar. C’est amusant pour le fan mais il manque l’originalité d’House of X. Dans la logique de ses évolutions récentes, Cyclope ne se considère plus comme citoyen américain mais comme mutant et estime qu’on lui enlève tous ses pays. Cependant, il a aussi changé car il propose une organisation plus collégiale ce qui m’a paru très intéressant… tout en mentant à ses coéquipiers : il donne au Fauve noir le vaccin. J’ai cependant trouvé original de laisser au Fauve noir le temps de donner des explications sur la manière dont son vaccin agi et se diffuse dans l’atmosphère.

Hélas, Matt Rosenberg ne tient pas son projet de départ jusqu’au bout et s’éparpille. On sort du cadre urbain quand les X-Men interviennent en Asie centrale puis en Europe de l’Est. On passe d’un duo central à un trio de personnages : Scott, Wolverine puis Havok. Rosenberg ne cesse d’agrandir l’équipe, ce qui est la démonstration que son récit ne tient plus. Avec cette multiplication, les relations entre les personnages deviennent banales. L’épisode 19 revient aussi sur le passé récent d’Emma. Kidnappée et manipulée par le général Robert Callahan, c’est elle avec l’aide d’Anole qui permet aux humains d’obtenir le sérum contre les mutations. Libérée, elle redevient la Reine Blanche, recrute Marrow et Élixir devient le fou noir. Elle serait la grande manipulatrice des faits récents – forcée puis de son plein gré. C’est elle qui convainc Scott de faire profil bas puis persuade Logan de collaborer. Elle envoie Mystique transformée en Captain America pour parler à Scott. Ce retournement m’a paru bien plus vain que la belle construction du début. Le récit devient confus et ajoute d’autres personnages oubliés… mais ce n’était pas si mal de les ignorer : après la mort de Cable, Hope bascule dans le camp du mal en s’alliant avec le FLM. Pyro qui avait fait partie des X-Men est retourné du côté des méchants sans que l’on sache pourquoi. Pourquoi Elixir est-il passé de la Confrérie de Magnéto au Club des Damnés ? Quand Guido meurt à nouveau, je ne suis pas touché. Selon moi, les séries X-Men souffrent du syndrome du Phénix noir : écrire un run marquant passerait par la mort d’un héros mais la multiplication et la systématisation de ces morts font que le lecteur n’y croit plus. Le Fauve noir, lui-même dit que c’est trop fréquent. L’hécatombe à chaque épisode est très pénible :  Warlox mélange de Warlock de Madrox créé au début, l’agonie de Jono bâclée, Ilyana tuant le Fauve noir, le Hurleur écrasé… L’enterrement de Rahne commence classiquement par un discours du chef mais cette fois-ci avant que l’on connaisse les conditions du crime. Il y a un crime de haine et un feminicide et, plutôt que d’aller à la cérémonie, Wolverine préfère la vengeance. Ce sont de bonnes idées hélas la mort d’une héroïne que j’adore manque d’envergure car elle est censée être bien plus puissante. Il y a surtout un problème de rythme. Les X-Men réduits et en théorie peu puissants affrontent trop d’ennemis : le FLM est expédié en quelques cases, Magneto et la Confrérie des mauvais mutants puis les Maraudeurs. Sinistre se rend en cinq pages. J’étais heureux du retour des Parvenus (Cortez, Shinobi, Siena et Fitzroy), disparus depuis des années mais cela passe trop vite. On ne voit même pas comment Cortez meurt. En même temps, les X-Men affrontent le Bureau des Urgences Nationales, un vaste groupe gouvernemental raciste. La guérison est aussi très rapide quand le Fauve noir sauve les Nouveaux Mutants du virus transmode.

Rosenberg rate complètement la conclusion de l’histoire. Il semble faire n’importe quoi pour terminer à temps sa trop vaste saga. Le scénariste imagine qu’Emma a effacé de l’esprit de l’humanité tous les mutants qui sont ainsi sauvés du vaccin et de la haine. Il livre à peine une explication sur le retour des X-Men. Ils étaient dans le monde de Nate… et c’est tout. Pire, il souille des héros : Illyana redevient Darkchylde et Fléau qui perd son pouvoir finit dans les limbes. Havok utilise trop de pouvoir et perd sa cohérence moléculaire en se sacrifiant pour son frère. Jean revient et embrasse Scott comme si Emma n’avait jamais existé.

Le sommaire est confus : les dessinateurs changent mais n’y apparaissent pas et on ne sait jamais qui dessine quel épisode. Salvador Larroca a un style réaliste surtout pour les visages. Il a souvent des cadrages bien construits dans une mise en page fluide, rythmée et très variée. Il transforme le virus techno-organique en un tatouage de circuits imprimés. Ses décors urbains campent bien l’ambiance sombre. Blindfold avec les veines coupées dans une baignoire est extrêmement bien rendu. La colorisation correspond bien à ce récit crépusculaire. Il est très efficace mais il me touche peu. J’ai en effet du mal avec ses visages grimaçants aux expressions figées et ses corps féminins sont très sexualisés. Dans l’épisode douze, on découvre un style plus simplifié à la SamneeCarlos Gomez a un dessin tout en rondeur, plus clair et classique mais pas désagréable. J’ai aussi été ravi de retrouver les dessins de Whilce Portacio (Wetworks) sur des couvertures.

Alors, convaincus ?

J’ai été conquis par le début de cette relance des X-Men. Rosenberg propose une série d’action en petit groupe qui fonctionne très bien. L’intrigue générale assez banale mais le scénariste propose une ambiance pesante rare. Même si je ne suis pas adepte du style de Salvador Larroca, je reconnais qu’il est très fort dans cette tonalité lugubre. J’ai été heureux de retrouver ces différents personnages mais hélas, cela ne dure pas… L’action va très vite et ces épisodes souffrent de la comparaison avec ce qui va suivre, House of X. La quête des ennemis est trop rapide. J’aimais ces héros en crise du début mais ensuite il n’y a plus que l’action et les morts inutiles. 

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