[Keep comics alive] Les débuts d’Image Comics: Stormwatch (tome 2)

Après avoir complètement changé d’avis à la relecture du tome 1, je continue à suivre les aventures de Stormwatch que je n’ai jamais lues. Le premier tome était une prise en main et une réflexion sur les super-héros. Dans ce deuxième tome Warren Ellis s’éclate.

Une petite présentation

Ce volume est composé des épisodes 48 à 50 de la première série Stormwatch puis 1 à 11 de la deuxième ainsi que Stormwatch Preview 1 et le crossover WildC.A.T.S./ALIENS 1. Ces changements viennent du manque de succès commercial de la série. Warren Ellis (Planetary,Shipwreck) reste l’unique scénariste Tom Raney (WetworksDV8) reste aux dessins avant d’être remplacé par Bryan Hitch (WildcatsFantastic Four), Michael Ryan (Iron ManCable), Oscar Jimenez (Flash, Gravel) et Chris Sprouse (Tom StrongLegionnaires). Ces épisodes ont été publiés par Wildstorm entre 1997 et 1998 puis par Urban comics en France sous cette forme en avril 2017.

Henry Bendix dit Weatherman, le chef de Stormwatch, en a assez d’observer le monde partir à sa partir de sa station orbitale. Il a fait le choix de réorganiser cette équipe de super-héros supervisée par l’ONU pour améliorer le monde. Ce choix a créé des frustrations et a forcé les héros à se confronter à la dureté du réel.

Ce comics a-t-il le power ?

On retrouve des éléments du premier tome. À travers les espions d’International Opérations, Ellisdénonce les dérives des agences secrètes des États-Unis. Ils ont créé des soldats bio-améliorés et stockent des armes chimiques et bactériologiques. Bendix achève son évolution en trahissant Stormwatch pour IO. Ellis montre souvent que le pouvoir rend fou comme dans Planetary et Transmetropolitan. Il y a encore quelques blagues car on apprend que Fuji, personnage gazeux radioactif, a des orgasmes très fréquents grâce aux mouvements autour de lui. J’adore ce personnage et je suis déçu de sa disparition. Comme dans le premier tome, j’ai aimé retrouver les blagues dans le bar Clark’s : une chaise avec un graffiti sur Loïs et Clark alors qu’au fond on retrouve la scène célèbre où Colossus combat Le Fléau avec Wolverine et Diablo comme spectateurs.

L’épisode 48 marque l’aboutissement du premier tome car l’équipe pense découvrir qui active les pouvoirs des mutés. Mais le lecteur en sait plus : c’est une association de vilains et d’anciens héros. Ils ressemblent beaucoup à des figures bien connues chez d’autres éditeurs… Par le Très Haut, Ellis poursuit sa réflexion sur l’héroïsme. Ce Superman n’intervient que lors d’un temps de grande confusion politique. En effet, cet anarchiste veut que les gens se méfient du pouvoir et pense par eux-mêmes mais n’ayant pu faire passer son message, il vit le reste du temps retiré dans les montagnes. L’aveugle, justicier urbain, m’évoque Daredevil, Batman ou Punisher mais en plus sombre encore car tout le monde est pour lui un pêcheur. Le Docteur est un magicien drogué – donc le Docteur Strange des seventies. Rite ressemble à une Wonder Woman noire avec des symboles aztèques sur la poitrine. D’autres personnages m’ont paru totalement originaux. Eidolon est un fantôme athée. L’Ingénieur veut diffuser sa science au monde sans se fixer de limites morales. Ils viennent devant l’ONU pour résoudre tous les maux de l’humanité (le patriarcat, les secrets d’état, les dictatures, la religion, la faim et la maladie). Selon le très Haut, en comblant tous les besoins des êtres humains, toutes les structures sociales et politiques (forcément néfastes) s’effondreront. Encore plus étrange, le Docteur sature l’air de Londres d’hallucinogènes pour modifier la perception des Londoniens sans que cela ne crée de catastrophe. Si le rapport à la drogue est étrangement très mature, le scénario est plus maladroit pour exprimer les motivations des personnages – Weatherman est prêt à lancer des bombes toxiques au milieu de Manhattan – et dans les plans créés par les ennemis – Le Très Haut n’avait pas envisagé que Stormwatch puisse mentir et n’a pas pensé que L’aveugle serait violent. Les solutions proposées par les ennemis sont trop nombreuses comparées par exemple à celles d’House of X.

Face à eux, Stormwatch se retrouve à défendre le statuquo. Ils sont dans le camp du réalisme contre l’idéalisme. Weatherman devient un réactionnaire illuminé en refusant l’idée même de discuter avec ces ennemis. Contre l’idéal libertaire des hippies, il préfère la discipline. Il tue tous les prisonniers et renie donc tout ce qu’il faisait avant. Il devient encore plus désagréable pour le lecteur. Sa chute sert à discréditer le concept du super-héros sauveur de la planète. Dans les deux équipes, le mensonge pourrit l’idéal. Ellis sait aussi émouvoir comme lorsqu’aucun passant n’aide Jenny Sparks mourante à enlever la dernière aiguille. La fin de l’épisode donne une vision très sombre du monde. Stormwatch s’impose certes mais les super-héros et les soldats de Weatherman ont neutralisé les utopistes. Aucun camp ne gagne vraiment et donc l’idéal est vain. Ellis met en avant ses créations et semble plus méchant avec les héros précédents.

Un épisode preview lance une relance brusque après pourtant cinquante épisodes. J’aurais pourtant adoré lire un épisode de transition : comment l’équipe se remet de cette trahison ? Comment réagit l’ONU après le coup de folie d’Henry Bendix ? Officiellement, il n’y a plus qu’un seul groupe et les autres sont juste renvoyés. Il y a certes une conférence de presse mais le remplacement de Bendix par Bataillon est très rapide pour laisser la place à l’action. Sur l’atoll de Mururoa, lieu d’essai nucléaire français, des cyborgs viennent voler la technologie. Encore une fois, tout n’est qu’une manipulation pour récupérer de l’argent de l’O.N.U. Le début est clairement anti-américain : l’armée vient arrêter Stormwatch car ils ont agi sur leur sol sans autorisation (même si c’est pour démanteler des milices américaines). La nouvelle série est encore plus bavarde et axé sur l’enquête. Il y a plusieurs débats sur les limites juridiques des interventions entre Stormwatch, agissant pour l’ONU, et des soldats américains. On sent une série qui navigue parfois à vue. Dans l’épisode cinq, l’équipe change à nouveau de costume. Bataillon, nouveau Weatherman veut changer l’image de Stormwatch en utilisant la presse. Le point positif de ce nouveau chef est que l’on découvre sa vie privée avec Synergie. Leurs discussions dans leurs quartiers sur les problèmes du service sont très réussies. Autant le précédent Weatherman était sûr de lui ce qui l’a fait basculer dans la folie, autant Jackson doute de chaque choix et craint de faire une erreur qui tuerait son équipe. Il est aussi plus moderne car plutôt que de sermonner Fahrenheit et Hellstrike d’avoir eu une relation sexuelle (d’ailleurs assez explicite), Bataillon les laisse faire. Ensuite, Jack Hawkmoor, par son avatar d’un univers parallèle, est le Weatherman. Il retrouve l’arrogance et les menaces de Bendix. Sur la terre d’origine, il y a un débat entre Winter et Weatherman qui refuse d’intervenir mais la fin lui donne raison. On retrouve l’idée de la place des États-Unis mais ici les super-héros ne devraient pas toujours agir à l’étranger. Dans cet autre univers, on croise Gen13WildCATSWetworks, DV8 et Deathblow. Beaucoup de ces héros fument ce qui marquent une période passée. C’est le premier récit sur le sacrifice d’une équipe avant la fin de Stormwatch.

Le crossover WildC.A.T.S./ALIENS a une structure prenante préparée progressivement avant : l’avancée très lente de l’astéroïde des Aliens est entrecoupée de conflits internes et contraste avec une des dernières pages sans parole avec les agents de Stormwatch insouciants qui prennent du bon temps. Le suspens monte vers une possible catastrophe. Le scénariste reprend les codes des films dès le début par la chute d’une navette où une survivante, Flint, raconte un désastre. Il y a aussi tout un travail sur les images archivées. Ellis a sûrement vus de nombreuses fois les films. WildCATS vient aider Stormwatch sur sa base orbitale Skywatch. Les Aliens sont la pire menace qu’ils aient connue. Après la lecture de ces épisodes, on est ému par les restes des corps gazeux de Fuji et Hellstrike puis Fahrenheit éventrés. Hélas c’est épisode ne sera plus inclu dans de futures rééditions car Marvel a récupéré les droits d’Alien. On trouve l’épisode d’après une catastrophe qui manquait à la fin de la première série. Il reste toute l’équipe Black mais l’O.N.U. les lâche par manque d’argent. Ce sont surtout des épisodes de transition avantAuthority. Dans l’épisode quatre, Apollo et Midnighter arrivent alors que Christine Trelane découvre leur existence dans les archives de Bendix. Par eux, on découvre aussi que Bendix était pourri depuis très longtemps. L’ensemble des épisodes 4 à 6 raconte l’origine de leur disparition dans le passé et en parallèle les retrouvailles avec Stormwatch. Quand on connaît la suite, on voit qu’ils sont en couple dès la première case quand ils échangent sur les contraintes de la vie de vagabond tout en se rhabillant. La plaie apparaît aussi. Ces nouveaux héros sont détachés des contraintes humaines : ils ne se nourrissent plus et ne dorment plus mais vivent dans la rue. Ils font décoller la série car le scénario se concentre sur eux et ne multiplie plus les détails superflus. Après la catastrophe de l’attaque des Aliens, Jenny accepte son rôle de leader et lance ce qui va devenir Authority.

Dans ce tome, Tom Raney retrouve le jeu sur les styles anciens de comics. Son dessin est agréable mais la composition des cases et des pages fige l’action. Dans le PreviewOscar Jimenez a un dessin typique de l’époque avec les muscles et les gros guns en avant mais les cases ne sont pas finies. On retrouve des grandes cases désorganisées. Ses visages sont souvent fermés, grimaçants. Bryan Hitch a des formes réalistes que l’on pourrait trouver banales mais c’est par la composition des cases et des pages qu’il sort très largement du lot. Les armes crèvent l’écran sans être massives et le visage d’Apollo se découvre progressivement, par morceaux. Son duo avec Ellis fonctionne très bien car le scénariste semble réduire le texte pour laisser le dessin exprimer les idées. Cependant, les proportions sont encore massives et peu réalistes. Très rapidement, Hitch n’arrive pas à suivre le rythme mensuel et ne fait plus que quelques pages du début et de la fin. Il est secondé par Michael Ryan au style manquant d’originalité et parfois même maladroit : des corps tout fins pour des têtes énormes ou l’inverse. Le crossover WildC.A.T.S./ALIENS 1est dessiné par Chris Sprouse au joli style épuré. On pense à la ligne claire ou à des dessinateurs des années 60 comme Buscema par un relief réduit à l’essentiel. Étrangement ses bustes sont très larges presque rectangulaires.

Alors, verdict ?

Après la fin du premier run, le récit est bien plus lâche avec des runs plus courts sur différents thèmes. Le seul fil continu des deux tomes ce sont les conflits avec les États-Unis. Cela apporte des bonnes surprises : la poignée d’épisode avec Apollo et Midnighter mais surtout le crossover avec Alien, un des crossovers plus réussis que j’ai lu.

Un commentaire Ajoutez le vôtre

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s