[Review] Un guide pour découvrir Shang-Chi en comics

A l’occasion du film, plusieurs comics sont arrivés en libraire. Voici pour moi une belle occasion de découvrir ce champion de kung-fu et de vous proposer un guide des sorties.

Un résumé pour la route

Toutes les séries ont été publiées aux États-Unis chez Marvel à des dates différentes puis traduites en France par Panini comics en août 2021. Comme deux des trois albums sont des compilations, il sera plus facile de mettre les équipes créatives avant chaque album.

Né en Chine dans la province du Hunan, Shang-Chi est le fils du criminel international Fu Manchu qui le forme, tout jeune, aux arts martiaux chinois (wushu). Mais, lors de sa première mission, Shang-Chi comprend la véritable nature de son père et rejette son organisation. Il est recruté par le MI-6, le service de renseignements extérieurs du Royaume-Uni puis s’émancipe à nouveau et devient aventurier. Il tue son père lors d’un duel à mort et intervient ensuite ponctuellement pour aider des héros ou des équipes.

On en dit quoi sur Comics have the power ?

Marvel-Verse : Shang-Chi

Ne connaissant absolument rien à ce personnage, j’ai commencé par ce petit livre de cinq épisodes tous inédits en France. Le volume s’ouvre par Wolverine : First Class 9 écrit par Fred van Lente (Ivar TimewalkerWar Mother) et dessiné par Francis Portela (FaithLegion of Super-Heroes) en novembre 2018. Wolverine recherche l’aide de Shang-Chi dans sa lutte contre Dents de Sabre à Madripoor. Il vient apprendre des techniques de combat mais, depuis la mort de son père, Shang-Chi a arrêté la violence et vit dans un monastère pour chercher l’illumination. A l’inverse, Wolverine garde en lui une grande colère sans arriver à la contrôler. Dans la lignée de films avec Bruce Lee, les deux super-héros sont partagés entre quête de soi et soif de violence. En raison de cette opposition de points de vue, l’apprentissage se transforme rapidement en confrontation. La série suivante est dans un esprit totalement différent puisque Marvel Adventure Spider-Man de mai 2010 est une série dérivée de la série animée écrite par Paul Tobin (Bandette,Marvel Adventure Super Heroes) et dessiné de Matteo Lolli (The Marauders, Deadpool). Shang-Chi est dans une série adolescente en suivant la vie d’un lycéen, Peter Parker, qui est partagé entre romance et action. Dans le Free Comic Book Day de 2011 est écrit par Dan Slott (Fantastic FourSuperior Spider-Man) et illustré par Humberto Ramos (DV8, Superior Spider-Man). Alors que Spider-Man lutte contre Spider-Woman manipulée, Shang-Chi est recruté par Madame Web. Il est à nouveau un professeur car Peter Parker étant privé de son sens d’araignée, le maître du kung-fu lui apprend à pallier ce handicap temporaire. Même si c’est anecdotique, c’est le meilleur épisode du lot car le récit de Slott est assez drôle et explore un manque du récit principal de la série Spider-Man. Le dessin de Ramos est vif et très agréable à suivre.

Humberto Ramos sur Spider-Man

L’intégration du héros dans d’autres séries étant parfois forcée, j’ai aimé comparer avec les épisodes en solo. Master of Kung Fu 126 est écrit par CM Punk (Drax) et dessiné par Dalibor Talajić (Old Man LoganDexter) en novembre 2017. On est dans un récit pulp délirant et parodique. Shang-Chi affronte un savant fou avec ses animaux adeptes de kung-fu. Le projet délirant du savant fou puis l’intervention des différentes bêtes est très drôle. Les dialogues ne sont certes pas incroyables mais ils m’ont souvent fait sourire. De plus, le dessin de Dalibor Talajić est prenant par les très beaux combats et son réalisme contraste avec le délire scénaristique. The Legend of Shang-Chi 1est beaucoup plus récent car cet épisode écrit par Alyssa Wong (Doctor AphraAero) et illustré par Andie Tong (Spectacular Spider-Man AdventuresMacGiver) date de février 2021. Shang-Chi veut empêcher le vol d’un sabre qui absorbe les âmes. Ce mélange entre combat d’arts martiaux et magie n’est pas révolutionnaire mais la lecture reste agréable.

Finalement, Shang-Chi est un titre accessible à tous par un prix très doux et par des épisodes auto-contenus. Les dessinateurs sont parfois excellents comme Humberto Ramos. La division entre l’intervention de Shang-Chi dans des séries et ses propres titres permet de comprendre que, lorsqu’il est un personnage secondaire, Shang-Chi se retrouve plongé dans l’ambiance des autres séries. Pourtant, sa caractérisation de Shang-Chi ne change pas : un combattant désirant la paix, un seigneur des arts martiaux en quête mystique. C’est à la fois un avantage car il est un personnage complexe qui apporte son univers à la série et sa limite car il ne semble jamais changer.

Shang-Chi : Maître du kung-fu

Ce tome est également une compilation mais ces histoires plus longues pourraient, à priori, me plaire car j’aime les sagas plus amples. Les épisodes X-Men 62 à 64 entre mars et mai 1997 ont été scénarisés par Scott Lobdell (Teen TitansGeneration X) et Ben Raab (ExcaliburGreen Lantern) et dessinés par Carlos Pacheco (Captain MarvelFantastic Four). Par un concours de circonstances, Shang-chi lutte aux côtés des X-Men à Hong-Kong juste avant la rétrocession pour retrouver l’élixir secret de son père. Cette formule pourrait sauver les mutants du virus legacy qui décime leur communauté et depuis peu toute l’humanité. J’ai apprécié que Shang-Chi décrive les X-Men par un regard extérieur qui change de mes lectures en intégrale. Il est choqué – et le lecteur avec lui – de la sauvagerie de Wolverine. Ces épisodes participent à ma découverte d’épisodes manquants des X-Men et de mon humble opération de revalorisation de Lobdell dont je ne reconnaissais pas le talent à l’époque. Le récit global d’action est réussi par une très bonne utilisation tactique des personnages. Cependant, j’ai été déçu du contraste entre la qualité de son scénario d’action et d’espionnage et les dialogues très convenus et souvent froids de Raab. Il y a aussi très peu de femmes mises en avant. J’ai aussi été assez triste de voir la dépossession – peut-être volontaire – de Cyclope. A l’inverse, le retour de deux vilains iconiques est plutôt intéressant et marque aussi l’échec politique et scénaristique du groupe des Parvenus. Le dessin de Pacheco par ses angles radicaux est parfait pour ce récit d’action mais manque toutefois de subtilité. On croise beaucoup de muscles, de poitrines et de grosses armures. L’épisode se termine par le début du crossover Tolérance Zéro – que je n’ai jamais lu – et, forcément, j’ai envie de le découvrir.

Carlos Pacheco sur les X-Men

On trouve ensuite Heroes for Hire 18 et 19 de décembre 1998 et janvier 1999 écrit par John Ostrander (GrimjackSuicide Squad) et dessiné par Pasqual Ferry (Action Comics, Ultimate Fantastic Four). Cette série plus fun est un pur récit d’action. Le scénariste ayant créé la Suicide Squad retrouve le même principe avec une équipe hétéroclite sélectionnée par mission mais ici ce sont des mercenaires dans un aventure digne de James Bond. Comme dans Suicide Squad, le scénariste inclut aussi une dimension politique sur les prétentions territoriales de la Chine. Cette série est d’ailleurs en lien avec Namor. En effet, John Byrne imaginait que le seigneur d’Atlantis montait une multinationale pour sauver en secret les océans. On y voyait également Iron Fist et je ne savais pas qu’une nouvelle série Heroes for Hire avait été créée. On y découvre Namor sous son visage du capitaliste sans pitié. Certes ces épisodes n’apportent rien à la caractérisation de Chang-Chi mais j’ai été heureux de découvrir cette très bonne série fun par ses deux derniers épisodes et voir l’ensemble de l’équipe juste avant leur séparation m’intrigue. Le dessin de Pasqual Ferry est très efficace. Si les visages sont souvent ratés et la colorisation très vive contraste avec des décors souvent trop vides, le reste du dessin est très agréable surtout lors des scènes d’action.

Shadowland : Spider-Man de décembre 2010 écrit par Dan Slott et dessiné par Paulo Siqueira (X-Men Gold, Earth 2: World’s End) se déroule pendant un crossover autour de Daredevil. Il est devenu chef de la Main et une guerre massive entre mafias se déclenche à New York impliquant tous les personnages urbains de la ville. Comme dans Wolverine : First Class, Shang-Chi est dans une réflexion sur l’identité mais cette fois c’est lui qui subit l’attirance du mal et finalement démontre sa force de caractère. J’ai beaucoup aimé le dessin hyperréaliste Paulo Siqueira et le magnifique jeu sur les couleurs en lien à Mr. Negative par Fabio d’Auria. Le Secret Avengers 18 de décembre 2011 écrit par Warren Ellis (PlanetaryThe Widstorm) et dessiné par David Aja (HawkeyeLa Sorcière rouge) m’a également charmé par les dessins. Autour d’un scénario classique, Aja propose de très belles compositions de page. J’ai eu une révélation par son dessin épuré à la Chris Samnee mais avec une épaisseur numérique et un excellent jeu sur les matières. Il joue sur l’ensemble de la surface de la page pour nous perdre et nous donner le vertige dans cette dimension où haut et bas n’existent pas. Le choix de sortir des épisodes d’un run est parfois maladroit comme l’Avengers 11 de juillet 2013 écrit par Jonathan Hickman (House of X/Power of XThe Dying and the dead) et dessiné par Mike Deodato Jr (Old Man LoganNew Avengers). Il est dur de s’y retrouver dans ce run très dense. Tous les Avengers se ridiculisent sauf Shang-Chi qui agit sans un mot. Si l’alliance entre espionnage et humour est, pour moi, maladroit, Hickman bouscule les lignes comme lorsque Solar de New Mutants rachète l’AIM. Même s’il manque le contexte, j’ai trouvé amusant de plonger dans ces anciens runs. Le style réaliste de Deodato Jr fait merveille dans ce récit d’espionnage. Les visages sont très précis et les scènes d’actions très belles.

Ce volume est plus dense et réussi quand il propose plusieurs épisodes mais il m’a été plus difficile de rentrer dans les épisodes séparés. On profite néanmoins de visions diverses du héros. Il est plongé au cœur d’une guerre de gang avec Spider-Man et se retrouve dans deux équipes des Avengers. On peut faire le lien avec le film avec un mélange entre les arts martiaux et des sectes mafieuses en Asie. Cependant, dans les comics, son passé est plus riche car Shang-Chi est également un ancien espion et son père, Fu Manchu, est décédé. Il semble d’ailleurs que le passé de Shang-Chi ait changé car il n’est plus le tueur de son père. Les très bons dessinateurs m’ont charmé par en particulier les Avengers.

Shang-Chi : Lutte fraternelle

Dike Ruan sur Shang-Chi

Ce troisième volume est différent car il lance une mini-série de cinq épisodes sur le héros qui est entièrement réalisée par des artistes d’origine asiatiques en mars 2021. Le scénario de Gene Luen Yang (Superman écrase le KlanThe Terrifics) et les dessins de Dike Ruan (Bleed Them DryBig Willy) et Philip Tan (SpawnThe Outsiders) tente de dépasser la situation bloquée du personnage. Shang-Chi se retrouve malgré lui à la tête de la secte ancestrale de son père Zheng Zhu, la Société des Cinq Armes. Il est également confronté à une menace qu’il croyait disparue. Depuis sa série des années 70, Shang-Chi porte le poids du meurtre de son père mais tente de trouver une sérénité ce qu’il n’arrive jamais car il est sans arrêt appelé pour combattre ou former des héros. Ces cinq épisodes servent à renouveler les origines de Shang-Chi mais sans connaître le scénario du film. Comme dans le long-métrage, le héros est aussi touché par des problèmes de mafia et de famille sur Terre et dans l’au-delà mais le responsable n’est pas le même. J’ai d’ailleurs été surpris de l’identité du fantôme. Le héros est confronté à un problème d’intégration. Il vit en Amérique afin de se libérer de son passé. Le scénariste a d’ailleurs écrit sur le même thème des romans graphiques autobiographiques. Des intervenants venus de l’origine tortueuse de Shang-Chi viennent perturber sa tranquillité. Les tenues des membres de la secte rappellent une Chine immémoriale et l’on pense aux films de sabre. Globalement, la question est celle de la relation de chacun et d’un groupe au monde : faut-il s’ouvrir et accepter le changement ou refuser pour rester pur ? Mais ce rêve de retour à la tradition est mensonger car une grande partie a été créée par le père de Shang-Chi pour asseoir son pouvoir. A l’inverse, le maître du kung-fu introduit des expressions et des gestes occidentaux. La résolution est un peu tiède car un membre de la famille prône l’équilibre entre passé familial et désir individuel. Cependant, Lutte fraternelle reste avant tout un récit d’action au parfum d’espionnage sur plusieurs continents : la Chine, Paris… Une partie des combats se déroule au Louvre et le scénario pose la question des œuvres non occidentales volées. On trouve également une dénonciation sans ambiguïté de la colonisation comme dans These Savage Shores car, pendant la conquête de la Chine et la révolte des Bowers, les Anglais ont recours à des démons.

Les flashbacks au début de chaque épisode font exploser la rétine par le talent de Philip Tan alors que la reste du récit est magnifiquement illustré par Dike Ruan. J’ai adoré ses pages dans l’au-delà avec un ciel en aquarelle noire. Son style fait penser à Olivier Coipel même s’il est encore sage dans la mise en page. Comme il l’explique dans l’interview, il a cependant eu du mal à tenir le rythme mensuel.

Alors, convaincus ?

Même s’il est compliqué de les départager, j’ai trouvé les deux volumes de compilations les plus intéressants. Cependant, dans ces trois volumes, le lecteur comprend que si Shang-Chi a longtemps été un personnage secondaire dans l’univers Marvel, il apporte un parfum inédit à chaque récit par une alliance entre kung-fu et espionnage contre des sectes de ninja et des mafias mondialisées. Pour autant, ce héros est fondamentalement un pacifique en quête de sérénité. Les épisodes des X-Men rendent hommage à la série d’origine de Shang-Chi qui est hélas en grande partie inédite chez nous. Forcément on a alors très envie de la lire. 

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