[Review] Intégrale X-Men 1994 (III)

Je poursuis ma relecture des séries mutantes. Alors qu’X-Tinction Agenda s’achevait un an avant, un nouveau crossover débutait, Le complot Phalanx, mais Age Apocalypse approchait également. Quel embouteillage !

Un résumé pour la route

Ce volume rassemble l’intégralité du crossover Le complot Phalanx rassemblant l’ensemble des séries mutantes avec Uncanny X-Men 316 et 317 écrits par Scott Lobdell (Teen TitansJustice League) et dessiné par Joe Madureira (Battle ChasersIron and the Maiden), X-Men 36 et 37 du scénariste Fabian Nicieza (The New WarriorsCable & Deadpool) et du dessinateur Andy Kubert(Captain AmericaArion), X-Factor 106 et Excalibur 82 scénarisé Scott Lobdell aidé par Todd DeZago (ImpulseTellos) et dessiné par Jan Duursema (Star Wars , Arion) et Roger Cruz (The DarknessAscension) puis Ken Lashley (X-Men ResurrxionSuicide Squad) et Steve Epting (LeviathanCaptain America), X-Force 38 par Fabian Nicieza et Tony Daniel (BatmanTeen Titans). Wolverine 85 et Cable 16 du scénariste Larry Hama (G.I. Joe, Iron Fist) et des dessinateurs Adam Kubert (Ultimate X-MenFirestorm) et Steve Skroce (X-ManGambit). Ces épisodes ont été publiée entre septembre et octobre 1994 aux États-Unis par Marvel comics puis rassemblés sous ce format par Panini en juillet 2020.

Depuis plusieurs semaines, des êtres techno-organiques s’attaquent aux proches humains des équipes mutantes. Les X-Men ont découvert qu’il s’agit d’un être collectif, La Phalanx, ayant déjà intégré des ennemis comme Cameron Hodge. Les mutants sont les seuls à résister à l’assimilation et ce nouvel être vise explicitement à les éliminer.

On en dit quoi sur Comics have the power ?

On arrive dans une période où je lisais moins par plaisir du récit que par fidélité pour les personnages et en espérant un sursaut créatif. J’avoue également que je me passionnais plus pour WildCATS que pour mes mutants. Pourtant, j’avais suivi Le complot Phalanx, le premier crossover qui ne termine pas des histoires anciennes mais lance le futur. Son ressort principal n’est pas original. Une créature nouvelle menace la mutanité et plus globalement l’humanité. C’est par Douglock, mélange de Douglas Ramsey et Warlock apparu dans Excalibur, que les mutants découvrent l’origine de la phalanx dans une origin story inutilement complexe. Des fonctionnaires de Genosha ont vendu les restes de Warlock à un groupe voulant créer de nouvelles Sentinelles. Cette organisation a utilisé le Dr Stephen Lang un anti-mutant brisé mentalement et disparu de la série depuis des décennies. Conformément à sa nature techno-organique, l’être collectif ainsi créé a muté. Elle décide d’éradiquer non seulement les mutants mais toute forme de vie. De plus, il a engendré des œufs comme dans Aliens et, par la flèche de Babel, il veut contacter sa planète d’origine pour fusionner et faire progresser le collectif.

Hickman a-t-il lu ces épisodes pour construire son futur dans House of X/Power of X ? Il reprend en tous cas des idées. L’intelligence collective de la phalanx veut supprimer le libre arbitre et plus encore plus l’individu. Cependant, même à l’intérieur de la phalanx des individus gardent leur libre arbitre. Ce thème du groupe contre l’individu était déjà présent à l’origine de cette créature par Claremont et Sienkiewicz. Ils plaçaient ce thème dans le cadre d’une relation entre un père Magnus et son fils Warlock voulant s’émanciper. Ce thème n’arrive ici trop tard quand la phalanx mourrant crie que la mère terre la rejetant, le père des étoiles ne l’entendra pas. Le scénariste principal Scott Lobdell intègre une dimension politique plus forte : les êtres gardant une identité dans la conscience collective sont les pires racistes des X-Men (Cameron Hodge et Stephen Lang) alors que les mutants, minoritaires et opprimés ne peuvent être intégrés à la masse. Mieux, ce groupe va résister à cette assimilation pour affirmer son identité. Même Douglock survit car il veut être un individu. L’ensemble du récit mixe ces idées multiples mais sans créer du lien. Dans Uncanny X-Men 317, on devine tout de suite qui est l’ennemi infiltré parmi les jeunes mutants prisonniers. Au début, Emma et Sean tentent de raisonner Lang mais on ne le revoit que dans l’avant-dernier chapitre quand il décide d’aider les mutants. Pourquoi le loup techno-organique Sinar fait tellement confiance au X-Men Forge qui est forcé de créer pour sauver leurs œufs ? Comment a-t-il réussi cela et pourquoi Forge obéît-il ? Certes, il est passionné par la technologie et admire les mutations de la phalanx mais il a des valeurs morales.

Cable Dans le complot Phalanx

Ce sentiment de confusion est renforcé car on suit trois groupes assez séparés : la recherche de la nouvelle génération de mutants puis le sauvetage du monde de la menace phalanx et enfin la récupération des X-Men. Dans la première partie, la commande est assez claire : lancer par un crossover une nouvelle série sur la prochaine génération de mutants, Generation X. Ce projet se marque par les jeunes mutants que recrutent la Phalanx, le rapprochement entre le Hurleur et Emma Frost. Une équipe de jeune émerge. Jubilé devient plus intéressante. Elle est sortie de sa naïveté qui lui faisait aimer les aventures avec les X-Men et réalise tout ce qu’elle doit apprendre. J’ai aussi aimé découvrir les origines de Monet St-Croix que j’ai adoré dans X-Factor puis aperçu dans House of X. Elle serait la plus puissante mutante de la deuxième génération mais elle est encore une mutique jeune femme suite à un évènement encore mystérieux. D’autres jeunes héros ont laissé moins de trace. Everett Thomas m’a fait penser à un nouveau Luke Cage car ce bon élève fait peur à la police à cause de ses pouvoirs. Sœur de Rocket, Paige Guthrie a une seconde peau en métal et Angelo contrôle l’épaisseur de son corps – un mister Fantastic mutant. Blink peut découper les personnes et les objets par son pouvoir de téléportation. Ces mutants ont des pouvoirs liés à l’adolescence : changer de peau ou absorber le don des autres. Des duos apparaissent. Monet est arrogante et dure d’elle – comme Everett – contrairement à Paige humble et fragile. Comme les X-Men, leur premier rassemblement est marquée par la mort mais cette fois d’une héroïne innocente : Blink.

Dans X-Factor 106, les équipes annexes X-Force, Excalibur et X-Factor se rassemblent au mont saint-Francis – vu dans X-Men 300. Ces retrouvailles provoquent encore une fois des tensions inutiles entre équipes. Rahne et Sam des New Mutants y rencontrent Douglock. Ce moment est trop froid pour ressentir vraiment la joie de revoir un ami disparu depuis longtemps. Étrangement, Sam est toujours amer lors de ces rencontres ce qui est lassant pour le lecteur et le fan en moi. Sa colère viendrait de sa peur de perdre son ami à nouveau. Rahne, Sam, Douglock et Forge partent explorer la base de la phalanx dans un village des Alpes italiennes. Je ne comprends pas bien la composition de cette équipe de seconds couteaux. Pourquoi ne pas inclure Kitty, très proche de Ramsey ? Forge ne voit pas la phalanx comme une menace mais comme une magnifique nouvelle forme de vie et risque de choisir leur camp. Rahne contaminé par le virus transmode découvre aussi la différence de cette forme de vie sans jugement moral. C’est un trio original qui sauve le monde : Douglock, Sam et Rahne. Cependant, cette victoire est cependant trop facile.

Le récit est sauvé par quelques personnages dans Uncanny X-Men. Les X-Men ayant disparus, une équipe originale outisders est mise en avant : Jubilé, Dents de Sabre et la Reine blanche.Dans l’institut Xavier, Le Hurleur croise les différents héros à la mode. Il est mis de côté par Tornade puis l’arrogant Archangel – bien qu’il soit un membre originel de la deuxième équipe. Sean est touchant car il a choisi l’amour avec Moira plutôt que la vie de X-Men mais l’épisode 316 le remet en avant. Il était et reste le plus ancien de la bande, le plus sage. Il a un pouvoir plus subtil qu’avant – son cri peut détruire ou réveiller – et plus divers – son ouïe est surdéveloppée. Surtout, ancien policier, il a des talents d’enquêteur. Cet épisode est aussi bien construit car le lecteur pense tout d’abord que Sean est dépassé avant de comprendre qu’il est le plus perspicace. Dents de Sabre est un allié dangereux qui ne cesse de s’humaniser. Emma est traumatisée par la perte de ses élèves mais redevient la professeure d’une nouvelle génération de mutants. Elle forme avec le Hurleur un duo contrasté entre la réserve prudente de l’un et la passion sans contrôle de l’autre. Dans Wolverine 85, Cable retrouve Jean et Grey mais ils ne le voient plus de la même manière depuis qu’ils l’ont éduquées dans l’intégrale précédente.

Greg Capullo dans Le complot Phalanx

C’est une période difficile pour le dessin car, à part Madureira, les artistes ne m’avaient pas convaincu à l’époque. Autant j’aime défendre les débuts d’Image comics, autant je trouve que le dessin chez Marvel était vraiment une caricature. J’aimais bien le design moderne des vêtements et des coiffures par Madureira. Il sait très bien rendre la structure complexe des êtres techno-organiques à la fois solides par des multitudes de circuits imprimés et un ensemble presque liquide. Harvest, supremaciste avec un bandeau de têtes assimilées sur son torse, fait peur alors qu’il est un simple géant brutal chez Kubert. Les couleurs de Steve Buccellato sont en revanche un peu fades. Alors que dans un tome précédent, j’avais apprécié les dessins d’Andy Kubert, il m’a plutôt ennuyé ici. Il multiplie ici les angles radicaux et déforme les corps mais cela me semble souvent vain. De nombreuses cases sont très belles mais il y a une irrégularité et la mise en page globale vise juste l’efficacité. Cependant, j’adore son frère Adam Kubert que je n’ai pourtant lu que sur des crossovers. Son dessin est très dense avec enfin un arrière-plan. Ses phalanx aux formes longilignes semblent se mouvoir comme des algues dans l’eau tout en étant toujours connectées au sol à un câble. Il ne peut hélas s’empêcher de donner à Cable des armes disproportionnées. De plus, la texture étrange comme si les dessins originaux avaient été scannés par un appareil de mauvaise qualité. Les autres artistes ont tendance à plomber le récit d’action en enlevant une possible sensibilité. X-Factor 106 par Jan Duursema et Roger Cruzm’a semblé complètement raté. Les corps sont déformés, la mise en page est plate, les cases vides de sens. Le loup rouge humanoïde de la Phalanx loin d’être impressionnant est ridicule. Ken Lashley fait un peu mieux pour illustrer la pépinière phalanx mais se fonde dans le moule de l’époque. Tony Daniel qui explose aujourd’hui dans Batman est ici encore débutant. Il vise l’efficacité de l’action mais le dessin manque de profondeur. Son champ d’œufs de la phalanx est démesuré mais vide de vie. Steve Epting et Steve Skroce feront aussi mieux plus tard.

Alors, convaincus ?

Relire cette intégrale est un voyage personnel dans le temps non pas dans le style « c’était mieux avant » mais par le point de vue d’un fan ancien et d’un homme plus âgé. Il semble que le vieux lecteur ait le même avis que le jeune adulte. Bien que je ne me sois pas ennuyé, Le complot de phalanx est un crossover vraiment mineur. Sa structure globale n’est pas passionnante mais le récit s’en sort par les personnages surtout ceux qui constitueront l’équipe Generation X. Il est aussi amusant de lire après House of X pour les être techno-organique.

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