[Review] The New Teen Titans (volume 3)

Suite aux volumes 1 et 2, j’avais très hâte de poursuivre ma découverte de ces héros car la série ne cessait de gagner en intensité. Mais le temps m’a manqué et c’est bien plus tard en profitant de vacances que j’ai pu lire cette suite tant attendue. Que va-t-il arriver à ces héros après tant d’épisodes ?

Un résumé pour la route

La plus grande partie des épisodes est écrite par Marv Wolfman (Crisis on Infinite EarthTomb of Dracula) et dessinée par George Pérez (Wonder WomanThe Avengers). Ce volume rassemble les épisodes 28 à 40 de The New Teen TitansNew Teen Titans Annual 2Tales of The Teen Titans41 ainsi que Batman & The Outsiders 5 scénarisé par Mike W. Barr (Camelot 3000) et dessiné par Jim Aparo (Batman, The Brave and The Bold ). Ces épisodes ont été publiés aux États-Unis par DC comics entre 1983 et 1984. Ils sont sortis en France chez Aredit et dans cette édition par Urban comics en avril 2020.

Les New Teen Titans, un rassemblement des sidekicks, – Robin (Dick Grayson), Kid Flash (Wally West), Wonder Girl (Donna Troy) – se sont associés avec Changelin (Garfield Mark Logan), Starfire (Koriand’r), Raven et Cyborg (Victor Stone). Dans les tomes précédents, ils ont affronté des dieux antiques, une secte et sont partis dans l’espace lutter contre la sœur de Starfire.

On en dit quoi sur Comics have the power ?

La principale qualité des New Teen Tians est d’être centrée sur des personnages. Dick Grayson, est en plein changement. Robin cherche à être au niveau de Batman tout en assurant les études et le leadership des Titans mais la charge devient de plus en plus lourde à mesure que la tension monte avec Batman. Il a quitté le manoir Wayne après l’arrivée de Jason Todd. J’ai pensé à la série télé où Robin était en burn out. On sent également le crossover arriver et cela se fera dans Batman & The Outsiders contre une autre équipe. Cela m’a aussi permis de découvrir cette série que je connais pas du tout. J’ai été heureux de retrouver le scénariste Mike W. Barr dont j’avais adoré Camelot 3000. Les deux scénaristes écrivent ensemble chaque épisode du crossover. Le lien entre les Titans et les Outsiders se fait par Tara qui est la sœur de Brion (Geo-Force des Outsiders). Des tensions entre les deux équipes viennent des problèmes entre les chefs car Dick a annoncé à Bruce qu’il ne veut plus travailler avec Batman. Il ne veut plus être le « fils prodige » être relégué au second rang mais Jason veut déjà prendre sa place. Mais il y a également des tensions au sein de leurs ennemis, Les cinq redoutables : Light ne recherche que l’argent mais Psimon le pouvoir. Marv Wolfman adore les contrastes très accentués entre les personnages et ou dans la psychologie de Raven de plus en plus partagé entre son pacifisme et la joie honteuse qu’elle éprouve dans la violence. Raven se laisse convaincre par le singe Mallah et le Cerveau de les aider contre Brother Blood. Elle reste neutre pendant le combat avant le laisser son âme noire se déchaîner. Seule Wonder Girl arrive à la raisonner.

Il est amusant de voir les anciens membres revenir fréquemment en tant que membres suppléants : Speedy puis plus furtivement Aqualad. A l’inverse, Terra qui n’était apparue que dans quelques cases dans le tome précédent, arrive au premier plan dans ce troisième volume. Au départ, elle est contrainte de voler pour sauver ses parents emprisonnés par des terroristes. Elle est la fille de rois d’un nouveau pays imaginaire la Markovie. Le lecteur peut dès le départ être méfiant car elle a un vocabulaire et des réactions bien peu royaux et Changelin observe progressivement les contradictions dans le récit de Tara. De nombreux personnages songent à quitter l’équipe. Wally décide de partir pour se consacrer à ses études mais aussi car il ne supporte plus le danger permanent pour lui et ses proches. Il voit aussi ce départ comme la fin d’une période, la fin de son enfance pour entrer dans l’âge adulte. Il annonce son départ alors que Dick renonce au pseudonyme de Robin. Ce titre est trop attaché à l’enfance et à la relation – soumission en fait – à Batman. De plus, tous les jeunes n’ont pas à être des héros. Frances refuse d’être une héroïne. Speedy préfère se consacrer à ses centres de désintoxication.

Les Titans contre l’équipe de Batman

Les relations entre eux hésitent entre la méfiance et l’amour. Alors que Raven n’arrive pas à ouvrir à ses sentiments, Cyborg décide de le faire quand son amoureuse, Sarah a été kidnappée. Le récit est fun dès le début par les joutes verbales et le flirt entre Changelin et Terra. Ils ont le même humour sarcastique virant parfois au cynisme. A l’inverse, Raven se refuse d’aimer Wally car elle a peur de perdre le contrôle de ses émotions. Ce contrôle est une problématique aussi omniprésente chez Robin. Ces personnages qui ne cessent de changer d’avis, surtout à propos de leurs sentiments amoureux, peuvent être pénibles mais cette confusion n’est-celle pas le propre de l’adolescence ? Ces héros ont aussi des histoires d’amour en dehors du groupe ce qui donne une réflexion sur l’émancipation féminine. L’ex petit-ami de Sarah la violente. Elle ne se laisse pas faire et réagit seule en le jetant dehors. Plus classiquement, Terry demande en mariage Donna. Mais avant de se marier Donna, américaine adoptée par les amazones veut savoir d’où elle vient. Cette très belle quête des origines de Wonder Girl commence quand la très mature Donna serre une poupée retrouvée dans les décombre de l’appartement de ses parents disparus lors d’un incendie. Cela se poursuit par une enquête en voix off de Robin qui met en avant ses talents de scientifique et d’enquêteur. Même si la conclusion est un peu tarabiscotée, cette enquête est aussi une belle preuve d’amitié de Dick. Cette enquête sur jeunesse d’un Titan rend leurs souffrances pourtant imaginaires très intenses pour le lecteur. 

Arrivé à cette période, les artistes reprennent des personnages créés dans les tomes précédents : Deathstroke, Frances Kane, la secte de Brother Blood qui est attaquée par la Confrérie du mal. Je trouve les plans de Brother Blood bien fumeux pour l’instant. Ces ennemis manquent parfois d’envergure comme les mercenaires Javelot et Bazooka dont le nom évoque leur seule arme. Avec Psimon et Brother Blood, on retrouve le contrôle mental sur ces adolescents mais c’est le le thème des relations avec le père qui domine ce tome. Wonder Girl cherche ses parents alors que Raven craint de devenir son père. Elle est une bombe à retardement qui inquiète chacun de ses coéquipiers. Deux frères asiatiques, Tonnerre et Éclair, sont à la recherche de leur père et sont aussi dépassés par leur pouvoir. Ils sont nés de l’amour entre un « conseiller » américain et une fermière vietnamienne. Le sang de leur père est censé soigner leur manque de contrôle. Psychologiquement, ces enfants ont besoin du père pour être stables. Hélas, ce passé déjà lourd devient ridicule quand ils découvrent la vérité : leur père est un extra-terrestre vert hideux. 

Ces épisodes sont imprégnés par l’époque. Des héros sont issus des minorités mais également chez les méchants : le noir Houngan s’associe avec un allemand et un français. Une rupture brutale entre scène d’action et scène intime fait penser aux séries télé de l’époque. Wonder Girl y fait d’ailleurs allusion. L’épisode 35 rappelle le film Un après-midi de chien avec Al Pacino. Le Vigilant qui était un cow-boy masqué de l’âge d’or devient ici un justicier urbain. Il est plongé dans un contexte radicalement différent avec la montée des violences urbaines et les débats sur l’auto-défense. Le district attorney Chase s’associe avec Robin pour attaquer illégalement le mafieux Scarapelli mais bascule dans la justice expéditive. Comme dit dans l’introduction, on est au début de la mode des justiciers urbains avec le Punisher chez Marvel. Ce nouveau justicier pousse les Titans à réfléchir à leur rapport à la loi. Ambigu, Robin est d’abord vexé d’avoir dépassé la loi mais demande plus tard aux autres de le faire. Wonder Girl est plus respectueuse tout comme Raven pour ne pas faire sortir ses démons. Bien entendu, il y a des éléments datés comme les dialogues parfois explicatifs ou la moto de Robin. Une fille convenable ne doit pas se maquiller comme le montre le contre-modèle de Tara quand elle révèle son vrai visage avec Deathstroke : maquillée, portant une robe courte et des bijoux partout. Pire, elle fume. Speedy est extrêmement macho avec les femmes et embrasse de force Koriand’r qui le met par terre en représailles.

Les dialogues sont inutiles quand Pérez dessine

Le premier épisode fait la démonstration du talent de Pérez à travers le pouvoir de Changelin, l’artiste peut dessiner un animal différent dans chaque case. Les couvertures présentes à chaque début d’épisode sont toutes superbes. Contrairement au tome un, son travail est de moins en moins irrégulier car Romeo Tanghal assure l’encrage de l’essentiel des épisodes alors que, dans l’annual deux, Pablo Marcos rend une ambiance plus sombre. Pérez se surpasse ici avec une terrifiante page où Raven voit son pire cauchemar. La mise en page ailleurs simple laisse la place à des pleines pages complexes avec des cases bousculées par le cauchemar. La colorisation vive d’Adrienne Roy renforce la peur. Une page d’exercice de Dick plaira aux fans de NightwingPérez fait une allusion assez limpide au sexe entre Dick et Koriand’r. Vu son statut actuel de sex symbol, je ne peux qu’être troublé par cette scène où Dick quitte son costume. D’ailleurs, Tara demande un strip-tease intégral. Pérez est encore plus explicite sur la violence quand on voit les cadavres des fidèles de Brother Blood après l’attaque de la Confrérie. Le dessinateur joue sur les structures avec la tête du Vigilant comme une ombre au-dessus de l’action.

Jim Aparo, qui est en charge de Batman & The Outsiders est agréable mais un peu plat et manquant de précision. Il apporte un parfum vintage mais j’avoue être content qu’il ne reste pas longtemps. Keith Pollard arrive pour les épisodes 35 et 36. On retrouve un style très proche de Pérez mais avec bien moins de précisions. De plus, il a du mal à tenir le rythme. Les derniers épisodes sont les plus beaux. On retrouve la splendeur de Wonder WomanPérez a profité de la pause permise par son remplacement par Pollard pour se surpasser. L’introduction silencieuse de l’épisode 38 est superbe : dans un bureau plongé dans le noir Robin fait son rapport. Je me suis senti dans le prologue d’un film policier. Le texte est aussi très beau : Robin explique son besoin de solitude par une enfance constamment entourée de visages. Dans l’épisode 39, il réalise une mythique splash page. Wolfman a bien raison d’écrire : « voici une image qui vaut bien mille mots ». Pérez est d’ailleurs crédité à égalité avec Wolfman comme co-créateur. Mais chaque page est magnifique car tout est plus précis de la composition générale aux détails. 

Alors, convaincus ?

Vous l’aurez compris, je suis toujours aussi fan de cette série. On peut certes la trouver naïve et bavarde mais visuellement elle est de plus en plus magnifique et, au fil des épisodes, ces personnages me touchent de plus en plus. 

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