[Review] Intégrale X-Men 1994 (II)

Grâce aux Intégrales, je continue à (re)découvrir les séries mutantes des années 90. Entre deux crossovers, les X-Men vivent une période très sombre. J’avais d’autant plus hâte de lire ces épisodes que je ne suivais plus qu’Uncanny X-MenCyclope et Phénix.

Un résumé pour la route

Ce deuxième volume de quatorze épisodes consacrés à l’année 1994 est assez confus. Il commence par les épisodes 31 à 35 d’X-Men scénarisés par Fabian Nicieza (New Warriors,Turok), dessiné par Andy Kubert (Batman1602) puis Liam Sharp (Wonder Woman RebirthHal Jordan : Green Lantern). Uncanny X-Men est scénarisé par Scott Lobdell (ExcaliburRed Hood & The Outlaws) et dessiné par John Romita Jr (ThorDaredevil) pour le 311 puis Joe Madureira(Battle Chasers) pour le 312 et 313, Lee Weeks (Batman/Huntress Cry for BloodDaredevil) dans le 314 et enfin Roger Cruz (X-ManSilver Surfer) pour le 315. Entre les deux, les quatre épisodes de The Adventures of Cyclops & Phoenix sont du même scénariste mais dessinés par Gene Ha(Top TenAskani’s Son). Ces numéros ont été publiés par Marvel aux États-Unis entre avril à août 1994. Ils sont sortis en France par Semic dans les revues X-MenSpécial Strange et un récit complet Marvel puis dans l’Intégrale par Panini en octobre 2019.

L’ambiance alterne entre le morose et la joie chez les X-Men. Malgré le mariage de Jean et Scott, partis en lune de miel, l’avenir est compliqué : le virus legacy décime les rangs des mutants – dont Revanche le double de Psylocke – et divise l’équipe. Après la mort de sa sœur, Colossus a choisi de rejoindre Magnéto sur l’astéroïde M. Le Professeur Xavier a décidé de soigner Dents-de-sabre mais son accueil au sein de l’Institut est loin de faire l’unanimité.

On en dit quoi sur Comics have the power ?

1994 est une période de réorganisation de l’univers. Les deux scénaristes reprennent des sagas plus ou moins anciennes pour organiser une nouvelle trame cohérente. Fabian Nicieza conclut cette confuse histoire de double de Psylocke. La télépathe n’aurait pas été transformé en ninja asiatique mais son esprit a été placé dans le corps d’une tueuse, Kwannon dit Revanche, dont l’esprit a été lui mis dans le corps de Betsy. Se sachant condamnée par le virus legacy, Revanche veut tout régler avant. Elle s’est arraché les yeux car ils avaient été offerts par Mojo. Psylocke avoue aux X-Men leur origine et leur rôle de caméra espion. Revanche quitte ensuite l’Institut et retourne sur l’île de sa création pour découvrir la vérité et demander à son amant de la tuer. Elle retrouve son ancien amant Matsu’o, le chef de la Main. Comme dans de nombreux films asiatiques de mafia, il est partagé entre honneur dû à son clan et son amour pour Kwannon, membre un groupe concurrent. C’est lui qui a blessé mortellement son amoureuse. Comme si l’histoire n’était pas déjà assez compliquée, on apprend que Spirale, ancienne assistante de Mojo, a utilisé sa magie à la demande de Matsu’o. Elle a volontairement mélangé les deux âmes pour rendre impossible l’amour de Matsu’o et Kwannon. Quand il a constaté la trahison de Spirale, il a choisi le corps de Kwannon à son esprit voulant ensuite conditionner son esprit. Malgré un début trop explicatif, la fin de l’épisode est plutôt belle avec la mort assistée de Kwannon. Elle demande à Matsu’o de donner son esprit à Psylocke. Ainsi Betsy est complète mais dans un corps différent. Même si je trouve l’idée d’un double banale et ici sans intérêt, le scénariste cerne bien le personnage. Betsy a pendant longtemps été une faible femme utilisée par Spymaster, Mojo puis la Main. Devenue plus forte physiquement et donc mentalement, elle ne veut plus être manipulée. Cette héroïne forme un contraste superbe entre une guerrière et une amoureuse aristocrate avec Warren.

La suite s’arrange par une aventure ancienne de Gambit à Paris avec Dents-de-sabre dans une ambiance de film d’action. Remy vivait une époque de transition car Il va avoir 18 ans et le vol d’un bijou est un rite de passage pour rentrer dans la guilde. De plus, il devra subir un mariage arrangé. Dents-de-sabre qui observe sa proie pour comprendre ses limites, veut donner une leçon à Rémy :  la vie n’est pas un jeu mais elle est toujours tragique. Le final se passe sur les toits de Notre-Dame en hommage à Victor Hugo. Paris est idéalisée avec des baguettes et des arbres partout. Cette histoire est racontée par Creed à Malicia pour la rendre jalouse. Elle met en doute la véracité du récit mais Creed obtient ce qu’il veut dans le passé et le présent : faire mal aux autres (ici Gambit). Rémy devint de plus en plus touchant. Il veut devenir bon et sensible mais il ne sait comment faire. Fabian Nicieza privilégie les ambiances tragiques avec des morts à chaque épisode et des décors lugubres – l’orphelinat abandonné de Scott.

Gene Ha raconte l’enfance de Cable

Alors que Niecieza réorganise le passé de Psylocke, Lobdell s’attaque au Summers pour expliquer les origines de Cable, de Stryfe et racheter l’abandon de Jean et Scott. Dans X-Factor, Ils ont envoyé Nathan dans le futur pour le guérir de son virus techno-organique. Il est étrange de ne jamais accepter les erreurs des héros et de vouloir toujours qu’ils soient parfaits. Le couple est projeté 2000 ans dans le futur dans des corps différents alors que les troupes d´Apocalypse attaquent les sœurs d´Askani, dernier bastion de résistance. En effet, la période de paix de l’ère Xavier a été interrompu par Apocalypse qui a ravagé la Terre. Cependant, aujourd’hui il s’épuise et recherche le corps parfait pour échapper à une inéluctable déchéance. Dans ce but, il veut récupérer Nathan dont la résistance au virus prouve sa force. Les troupes pensent avoir récupéré Nathan mais il s’agit en fait de son clone créé par les sœurs d’Askani. Pour Ch’vayre, proche conseiller d’Apocalypse, les sœurs vivent dans le déni. Il croit au darwinisme social mais sans basculer dans la folie meurtrière. Ce valet fidèle doute d’Apocalypse, trop préoccupé par sa survie. Logiquement, même la structure familiale est dévoyée par la loi du plus fort : Nate ne sait pas ce qu’est un fils quand Scott l’appelle ainsi. Ses parents sont terrifiés lorsqu’à la puberté le virus de Nathan se réveillant, menace de le tuer. Ce récit réfléchit à l’éducation du point de vue des parents. Apocalypse fait de Stryfe un psychopathe alors que les Summers éduquent Nathan à l’amour. Pour Jean quand on s’occupe d’un enfant, on « marche dans le noir mais en travaillant ensemble on s’en sortira » ce qui est un thème intemporel. Trois récits se mêlent brillamment : l’éducation de Nathan, la préparation de Stryfe et la lutte pour empêcher les recherches sur le virus Legacy. La conclusion se fait le même jour dans le dernier épisode. On est dans une ambiance post-apocalyptique (c’est le cas de le dire). Pourtant, ce récit de famille plus positif est bienvenu. Il commence par une ode de Jean Grey à la résistance. Scott lui déclare que leur amour sera leur ancre pour s’accrocher à la réalité. La vie est dure mais ils sont heureux d’avoir une nouvelle chance d’élever Nathan. Ils peuvent rester dans le futur tant que Rachel vivait mais ils s’effacent à l’instant où elle meurt. Rachel Summers est un personnage passionnant dans ce récit. Elle a créé cet ordre religieux pour aider les plus faibles et protège Nathan. Elle donne ce qui lui reste de force Phénix pour offrir des pouvoirs à ses parents. Même dans le coma, elle continue à conseiller son frère.
 

On retrouve ce couple dans l’épisode X-Men. Scott et Jean sont récupérés inconscients par le SHIELD. Ils ont passé douze ans dans le futur mais juste deux heures dans le présent. Nick Fury les recrute car une mutante puissante, comme Creed, a perdu le contrôle de son pouvoir. Pouvant créer un monde imaginaire très psychédélique, elle rend réel son imaginaire adolescent. En grandissant, la vie réelle a pris le pas mais ce monde a aspiré son fils et son mari lors d’un accident de voiture. En découvrant les actes des Summers dans le présent, elle a rouvert ce monde puis avec leurs actes dans le futur, elle a retrouvé sa famille. Les deux dernières cases basculent tout cela. 

En dehors des héros précédents, d’autres personnages sont au centre de ce volume. Les scénaristes avaient réussi à briser l’image de Xavier comme père parfait. Ici, il prend du recul pour racheter des fautes. Le Professeur reste le père de tous : pour la première fois, Gambit veut parler avec lui de sa femme et de La Nouvelle Orléans comme avec un psy. Scott absent, le Fauve devient chef de l’équipe bleu et le gestionnaire de l’école ce qui est plutôt une bonne idée pour mettre en avant ce personnage. Il parle comme un livre de physique mais Hank avoue à Jubilé que, depuis l’adolescence, il a compensé son corps déjà disgracieux par ses études. Bishop ne veut plus vivre dans le passé – enfin le futur pour les autres – mais dans le présent. Il s’amuse même dans la neige. Ce policier cherche toujours à se conformer à la règle mais dans le présent, il limite sa violence car la loi est plus respectueuse des Hommes. Cependant, il se trouve trop faible en s’adaptant aux valeurs des X-Men. Lobdell fait un très beau portrait de Jubile. Au cours d’un épisode, elle passe d’une ado capricieuse à une héroïne et enfin à une enfant apeurée qui serre Bishop dans ses bras. Jubilé craque devant le stress permanent ce qui annonce son transfert dans Génération X, , la nouvelle équipe de jeunes mutants.

Créé en 1983 par Chris Claremont et Paul Smith, Yukio vit chaque instant à fond. Lobdell garde l’esprit du personnage mais il ajoute une dimension quand elle avoue être venue pour avertir Ororo d’un danger, lui touche les cheveux tout en faisant une déclaration d’amour. Elle est lesbienne même si ce n’est pas explicite. Avec Tornade, elles sont poursuivies par un être techno organique, la Phalanx qui veut purger la Terre des anomalies génétiques. Des humains se sont intégrés volontairement comme Steven Lang, très ancien ennemi des X-Men. Des éléments génétiques de Ramsey et Warlock ont été utilisés pour recréer un programme mais ils résistent. Tornade se questionne : a-t-on le doit d’éliminer cette forme de vie comme on se débarrasse d’un virus ? Lobdell distille des informations depuis l’intégrale 1993 (IV) avant le crossover. Il fait de même avec Emma Frost sur trois épisodes : dans le coma, elle prend possession de Bobby Drake, Iceberg. Elle retrouve ses sens à travers ce corps. Cet épisode permet de lancer un grand changement pour Iceberg, trop souvent négligé. En étant un autre, Bobby accède à une puissance insoupçonnée : il peut voyager plus vite à travers la glace ou l’eau, transformer l’Hudson en lac gelé, recevoir une balle sans mourir. Mais exercer une telle puissance épuise Emma, plus habituée aux combats mentaux. Enfant gâté, elle ne peut plus forcer les autres à tout lui donner. Pour la première fois, on pénètre l’intérieur de cette fille de la grande bourgeoisie dans ses mauvais côtés mais aussi ses bons : ses élèves, les Hélions, étaient-il sa garde rapprochée ou ses enfants de substitution ? Emma s’en veut surtout d’avoir formé des moutons pour l’abattoir en recrutant les élèves les plus manipulables pour servir ses intérêts. On voit aussi les prémisses de Generation X. Au début du volume, Xavier hérite de l’école d’Emma Frost et le Hurleur est chargé la gérer. C’est lui qui relève Iceberg et propose de regarder ensemble vers l’avenir pour aider les mutants actuels et la future génération.

Dans Uncanny X-Men 315, dans la base de Magneto, on pénètre l’organisation des Acolytes alors que Magnéto est dans le coma. Néophyte est jugé suite à sa trahison dans l’intégrale 1993 (II). Apostat, il rejette la parole de Magneto pour celle de Xavier. Colossus s’est porté volontaire pour être son avocat. L’enfant veut plaider coupable et donc mourir. Il reproche même à Peter de le défendre pour justifier sa trahison (des X-Men). Amélia Voght de l’accusation pense que, seule, elle fait les mauvais choix et donc préfère ne pas avoir de libre arbitre. Elle oppose la raison déficience à la foi inébranlable et indiscutable. La foi créé solidarité mais tous ceux qui ne croient pas doivent mourir. Colossus parle de l’homme Magnus et de ses multiples facettes. Il est l’exemple de celui qui trace sa voie et n’obéit jamais. Son ode au libre arbitre touche les Acolytes. Exodus dépassé par la division et l’influence de Peter arrête tout pour « demander à Magnéto. » En réalité, comme tout dictateur, il s’adapte à la foule.

Joe Madureira au sommet…

Je dois me lasser du travail d’Andy Kubert alors que j’avais réévalué son style dans une intégrale précédente. Il a certes une mise en page complexe mais les positions des corps et les compositions – il cadre de très haut ou très bas – sont trop alambiquées. Il n’est pas aidé par les couleurs criardes. Autant je peux regretter la recolorisation du Thor de Simonson, autant elle est bienvenue dans la mini-série The Adventures of Cyclops & Phoenix. Dans le récit complet d’origine, les couleurs sont si criardes qu’elles gênent la lecture. C’est d’autant plus vrai que le style très minutieux d’Ha n’est pas fait pour une colorisation brutale par bloc. Sa mise en page est assez simple surtout comparé à Kubert (de petites cases avec des petits personnages dans un grand décor) mais la finesse d’expression sur les visages est exceptionnelle. Aidé par le texte juste de Lobdell, il réalise des cases très touchante : Nathan bébé avec la moitié du corps déformé par le virus est tenu dans la main géante d’un tueur. Certaines images des Summers m’ont font penser à des peintures classiques de la sainte famille. Gene Ha montre des architectures tout aussi fabuleuses que Top Ten : la magnifique double page sur une ville tout en courbe dont on voit la structure interne car elle semble en partie s’effondrer. En une image, Ha révèle la situation de ce monde qui se veut glorieux mais stagne dans des principes darwinistes violents. Par des détails mélangeant les époques, il crée un exotisme adapté à la science-fiction : les vêtements sont inspirés de l’antique ou des pays arabes pour les plus pauvres mais ce sont des costumes plus XIXe pour les plus puissants, les architectures mélangent des structures futuristes avec des éléments d’un palais indien ou du XIXe siècle européen.

Liam Sharp a une mise en page originale : des pleines pages avec un encadrement et une lecture très libre dans la page. Cette organisation m’a fait penser à l’intégrale Black Panther. On retrouve des éléments typiques de son style : les décors omniprésents ne sont pas un décor mais un élément du récit. La colorisation est bien plus subtile que dans les autres épisodes. Par contre, les costumes sont hideux et les corps hyper vulgaires et typiques des mauvais dessinateurs de ces années. Je vais commencer à énerver avec mon « objective » passion pourJohn Romita Jr mais j’ai beaucoup aimé son épisode. Tout commence par le Fauve dans une centrale énergétique moderne. Par un sens de la profondeur, le lecteur perdant ses repères spatiaux est plongé dans un lieu immense. Comparé à Kubert, Dents-de-sabre est à la fois bien plus menaçant et touchant comme dans une belle case où il hurle. Lee Weeks est totalement phagocyté par l’encreur Sienkiewicz, on retrouve son encrage épais des New Mutants. La possession d’Iceberg par la Reine blanche est très bien rendue. Il ressemble à un sorcier de glace : pic sur tout le corps, nez crochus, longs doigts griffus et des cheveux longs. Roger Cruzassure le travail dans le dernier épisode mais sans grande originalité.

Joe Madureira marque une rupture de style. Il a une forte inspiration manga par les formes des visages et les cadrages mélangés à un comics classique (les sourires d’Arthur Adams). Il réalise des cases très denses avec des petits personnages très fins ce qui permet une lecture lente idéale pour les textes assez longs de Lobdell. Il sait faire des scènes d’action comme lorsque Gambit débarque en moto dans le métro. Cela paraît impossible mais ça marche. Dans ces passages, les compositions sont exagérées et variées mais il reste toujours lisible et donc le rythme est prenant. Madureira sait comme Romita Jr nous emmener dans des mondes étranges (le monde de la Phalanx est une bulle d’éléments informatiques flottant dans un monde vert) et varier les échelles : du très intime pour les sentiments personnels au démesuré quand Gambit transforme l’ancre d’un porte-avion en bombe. Hélas, il ne reste déjà que deux numéros car il a du mal à tenir les délais, je pense.

Alors, convaincus ?

Cette période des X-Men est très irrégulière. Il y a des bons moments mais des récits plus inutiles. Fabian Nicieza se perd dans des dialogues explicatifs et des complications inutiles. The Adventures of Cyclops & Phoenix est un brillant aboutissement par Lobdell des pistes que Nicieza construit depuis X-Force. Alors que la série X-Men est selon moi trop sombre, Uncanny X-Men est plus varié et crée des personnages prenants.

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