[Keep comics alive] Divine Right

Après la série la plus connue de Jim Lee chez Image – WildCATS – on aborde un versant moins connu avec Divine Right mais tout aussi intéressant.

Une petite présentation

Divine right est au départ une création totalement personnelle de Jim Lee (Batman SilenceWildCATS) qui se charge à la fois du scénario et des dessins. A partir de l’épisode neuf, il sera secondé par Scott Lobdell (X-MenWildCATS) au scénario puis par Carlos d’Anda aux dessins pour quelques épisodes. Cette série a été publiée par Wildstorm et Image Comics entre 1997 et 2000. Elle est arrivée très vite en France par Semic à partir d’avril 1998.

Max Faraday est un étudiant en physique à l’université de San Diego qui vit avec sa sœur Jenny. Il est virtuellement amoureux de Suzie qu’il n’a jamais rencontré. Son meilleur ami malais, Dev, passe un soir et hacke le site d’IO, le service d’espionnage du Wildstorm Universe. Il télécharge un fichier qui va bouleverser leur vie et le destin de tout l’univers…

Ce comics a-t-il le power ?

J’ai un attachement particulier pour ces numéros. Le plus étrange a été pour moi que je les avais totalement oublié. C’est en rapportant de mon manoir familial – Bruce Wayne est mon voisin – mes magazine Image en prévision de ces articles que j’ai complètement redécouvert cette série. De plus, ce sont sans doute les derniers comics que j’ai acheté avant une longue pause. 

L’action démarre très vite comme WildCATS. Christy Blaze, agent sous couverture dans la coda, tente sans succès de fuir les limiers, des monstres rouges avec des vers dans le cerveau. Page suivante, on bascule en Californie où Max Faraday, un geek encore vierge, cherche l’amour sur le net en discutant avec une amie virtuelle – Suzie. Pour payer ses études, il est aussi livreur de pizzas. Par contraste, son meilleur ami Dev est un dragueur sportif mais aussi informaticien. Il lui conseille de sortir pour véritablement trouver l’amour. Les limiers attaquent Dev et Max pendant une livraison de pizza et un monstre en armure se téléporte chez Max. Lee ne perd pas de temps en montrant les principaux camps dès le premier épisode mais hélas plus tard les noms des personnages ou des êtres. On découvre les ennemis, la Phalanx de Rath dirigée par lord Achéron. Il obéît lui-même au Cardinal Lazarus, un clerc renégat qui veut déclencher l’Armageddon en pervertissant une équation. Il envoie son chef de la sécurité, Jesthra sur Terre pour agir contre Max. Dans les dernières cases, une confrérie à capuche surveille la lutte entre Max et la Phalanx. Ce sont les Déchus avec Tobruk, Brande et Exotica. Tout au long des épisodes, l’histoire se concentrera autour de ces quelques personnages ce qui est pour moi une très bonne idée. Les Déchus ressuscitent Blaze pour sauver l’élu et on découvre qu’elle avait pour mission d’infiltrer la Matriarche de la coda pour récupérer l’équation. Plusieurs des noms des personnages ont un sens comme Dev Lawless – Sans loi ce qui correspond au caractère hédoniste de ce jeune homme qui ne pense qu’à son plaisir – ou Chaste la copine de Max. Divine right est également une série familiale. Est-ce en lien avec la vie privée de Lee qui est devenu père ? Max refuse de se séparer de sa sœur et de son ami. Acheron, seigneur Rath, est le frère de Tobruk des Déchus. Lee puis Lobdell chargent parfois un peu trop la barque. Jenny s’est sacrifié pour son frère – elle l’a élevé à la mort de son père puis de sa mère et de son nouveau compagnon.

Les principaux personnages de Divine Right

On croise de nombreux personnages de Wildstorm. Le récit commence par des extraits du journal de Benjamin Santini – que l’on a croisé sur WildCATS (lien) et Stormwatch Team Achille – devenu directeur d’IO. Dans le troisième épisode, Caitlin de Gen13 intervient via Lynch qui est l’ancien patron de Blaze à IO. Comme Stormwatch et Wetworks, c’est souvent cette agence d’espionnage qui sert de lien entre les séries. Dans l’épisode six, les WildCATS arrivent avec Providence issue comme Void d’un orbe, métal extraterrestre. Max serait le troisième. On apprend plus tard que l’énergie de la roue est la même que l’orbe kheroubim. Quand WildCATS arrive, Noir, le héros français créé par Alan Moore revient et c’est toujours très drôle. Ces interventions font de Divine Right une série carrefour et unificatrice de Wildstorm. C’est une bonne idée même si cela se fait en peu d’épisodes.

Certains thèmes m’ont rappelé le Quatrième monde de Kirby comme le nom de l’équation de la création. Cependant, Jim Lee cherche à actualiser le récit d’action. L’équation se diffuse par internet. C’est visuellement joli mais peu créatif – le code se reflète sur leurs lunettes. Dev et Max Faraday sont transformés en regardant le code. Cette volonté d’actualiser peut vieillir assez vite à la relecture. Néanmoins, Lee n’est pas un moderniste naïf. Il montre avec humour les dangers de le drague virtuelle. Max rêve d’une fille parfaite et sexuellement aventureuse alors que son pote Devan Lawless pense que c’est une vieille, un homme ou un chien. Aujourd’hui à l’âge des webcams, cela fait sourire de voir les contraintes des débuts de la drague en ligne. Dans l’épisode six, on découvre que les Déchus sont des images électromagnétiques du monde vide. Ils se prennent pour des anges déchus mais ils ne sont que virtuels. Dans l’épisode sept, sur le passé de Susanna Chaste, les pages de dessins empilent les cases multiples comme les fenêtres Windows. Lee intègre des pages de conversation sur le site Firewall comme dans un Windows daté. De plus, Blaze n’a pas eu de résurrection mais on a juste téléchargé son être. J’ai trouvé cette idée assez visionnaire mais tout est expliqué un peu lourdement par un dialogue entre Max et Blaze. S’agit-il d’une accélération du récit par manque de temps pour tout dessiner ou était-ce prévue dès le début ? Globalement, Divine right est une série dilatée, qui avance lentement. Les retards du dessin compliquent-ils l’écriture ou le scénariste débutant est-il encore maladroit ? Lee actualise aussi le récit par des blagues de geek. Lorsque Lynch et Caitlin rentrent en imperméable, Dev se questionne : « Et vous c’est qui ? Mulder et Scully ? ». Dev est le blagueur de la bande qui se moque au début de la situation surréaliste qu’il vit : « Une perruque à gadget ! Batman va être vert ! » Lee crée ses marques – Phatboy pizza avec même une carte de menu et le soda whak. Ces clins d’œil font partie d’une volonté de crée une série divertissante.

Au départ, j’ai été surpris par ce scénario très ado. Avant de comprendre le rôle de l’imagination, j’ai eu l’impression que le scénariste débutant mixait tous les genres sans lier la sauce. C’est censé être fun mais le mélange est encore bancal. Le Cardinal peut tuer à distance comme Vador. Les Rath ont des formes très diverses avec des inspirations visuelles variées entre la science-fiction – les armures et les Limiers ressemblant à des Aliens rouges – et la fantasy – un golem, un religieux perverti. J’ai même eu peur que Lee tombe dans la misogynie car la sœur de Max une bimbo blonde. Heureusement, on découvre très vite qu’elle est aussi une réserviste de l’armée. De la même manière, Blaze est personnage commun de badass – elle tire souvent et frappe son ancien chef Lynch qui n’a pas respecté sa parole – mais c’est une femme et cela modernise un peu la figure. Cependant, j’ai été assez vite touché par Max, simple geek pris dans une affaires qui le dépassent : Lynch et les Déchus veulent lui imposer leurs vues. Envoyé par Lynch, Caitlin, ado de Gen13, sert de passerelle par son expérience de cobayes génétique mais le laisse finalement décider. Progressivement, Max utilise son pouvoir et passe d’un rôle de spectateur passif ou de victime à un acteur actif.

Chaque épisode commence par une illustration où Max crée des lois. Au départ, j’y ai vu un recueil de banalités qui font sourire sans plus. Je n’ai d’ailleurs pas compris pourquoi Semic ne les a pas traduites. Cependant, on découvre que son pouvoir lui permet de modifier la réalité ou de créer des mondes. Comme Lee, Max est donc un créateur mais son pouvoir le consume s’il ne retrouve pas la fin de l’équation envoyée à son amoureuse virtuelle. Divine Right est donc aussi un récit sur l’amour (et la partie la plus réussie) car, en retrouvant Suzie, Max se retrouvera complet en ayant acquis tout le potentiel de son pouvoir et pourra créer. De plus, la sœur de Max est amoureuse du Déchu Solomon. Dans l’épisode sept, on voit l’histoire d’amour entre les héros principaux mais du côté de Suzie. Cette fille seule déprimée le soir d’un sinistre Nouvel An voit sa journée illuminée par la discussion avec Max. Il est l’amoureux romantique moderne. Il a organisé un rendez-vous virtuel en lui postant une vidéocassette. Elle se prépare comme un vrai rendez-vous et on sourit de cette rencontre naïve par internet. Cet amour naissant n’est jamais sûr. Suzie est prête à quitter le site car elle a peur d’être larguée. Ensuite, elle n’ose pas avouer ses sentiments. Pendant ce temps Max continue à fantasmer sa rencontre avec Susanna comme une femme aussi entreprenante que lui est inexpérimenté. Dans la réalité, elle est aussi timide que lui.

L’ambiance change avec l’arrivée dans le monde vide, univers créé par les Rath avec des débris de l’équation. Par un récit en flashback de Blaze devant un tribunal d’IO, on découvre comment il aurait détruit le monde vide et tué le cardinal. Avec son pouvoir Max doit choisir entre humanité et divinité car son pouvoir lui permet désormais de tout créer. La tension monte entre les Déchus qui voient en lui l’élu et les humains qui voient l’homme dépassé par le pouvoir. Blaze comprend que Max était le mauvais candidat. Le jeune homme timoré devient arrogant. Il dirige les Déchus et rejette l’aide de Dev car il pense que ce dernier est jaloux de son autorité nouvelle. La série devient vraiment bonne quand Max perd contact avec la réalité – il laisse le peuple du monde vide se prosterner devant lui. On sent le désastre arriver. 

Ces idées sur la religion sont assez confuses. L’équation fait en fait partie de la roue de la création, un vaisseau venu du futur tombé au moment de la fin de l’Ancien Testament. Dans l’épisode onze, les WilCATS déterrent la roue de la création tombée lors du Déluge en Israël. L’équation est un texte en hiéroglyphes inscrits sur le vaisseau. Max crée ses lois absurdes à partir du moment où il prend son rôle d’élu au sérieux. J’ai eu au départ l’impression que cette explication logique du Déluge est une critique de la Bible mais Blaze dit : « Aucun homme ne devait avoir le pouvoir de création sauf Jésus » et le récit se termine par une citation de la Bible. 

Dès l’épisode neuf, on est déjà dans le combat final contre le cardinal qui est en fait très peu intervenu. Ce moment m’a fait réaliser qu’il y a très peu de combat et que cette série est surtout centrée sur l’évolution du groupe d’humains. Divine Right semble aussi être une série sur la sortie de l’adolescence. Max devient un homme mais hélas hautain et méprisant : « Je ne détiens pas le pouvoir. Je suis le pouvoir ». Cela empire quand son amour est tué mais, à la fin de l’épisode neuf, tout se termine bien. Il a ressuscité Susanna puis tue le cardinal et les Rath en deux cases. L’épisode dix retrouve une mise en page classique, le physique, le style et la vie d’avant de Max mais avec en plus la réalisation de son rêve de vie commune avec Susanna dans une maison sur une plage. Dev vend son moteur de recherche internet à Halo et va se marier avec Jenny qui devient la chef de la sécurité à Halo. Blaze est en mission à Paris et n’a plus de remords de tuer des terroristes mais se demande pourquoi.

L’épisode dix très réussi bouleverse tout car Max est en fait dans l’espace et utilise son pouvoir pour façonner le monde selon ses désirs. La relation amoureuse devient moins idyllique car Suzie détruit le mirage de Max en révélant le mensonge à ses proches mais aussi en travaillant pour IO. L’amour romantique devient une relation possessive car, comme un harceleur, Max est partout et voit que Suzie tremble. Le thème d’un homme dépassé par un pouvoir qu’il n’a pas voulu, l’absence de pseudonyme et les cases où Max sans costume lévite m’ont fait penser à Akira. Dans le combat final, Max arrive ironiquement en livreur de pizza comme si rien n’avait changé depuis sa transformation. Cependant, par un flashback on comprend qu’il avait préparé son plan en changeant le passé de Gen13 pour les recruter. Sa transformation est achevée, il est devenu Dieu : « C’est mon droit divin » alors que tout le monde se retourne contre lui, même les Déchus. La trahison de Suzie est encore plus profonde car elle voit Cardinal, le premier ennemi de Max dans sa tête. Elle seule peut sauver le monde en tuant Max. Elle n’y arrive pas mais Max fait le choix de se suicider. Elle l’achève en le faisant disparaître de l’espace et le temps – comme un ancien sentiment amoureux qui disparaît. Les dernières cases sont très belles. Tout est revenu comme avant mais Suzie est inconsolable. Max a survécu dans l’internet. Suzie y plonge par amour. J’ai simplement trouvé dommage de commencer par la mort de Max et ensuite de remonter l’histoire en flash-back.

L’amour virtuel dans Divine Right

On découvre dans un article du premier numéro que Lee connaît déjà la fin dès le début et avait l’objectif de tout dessiner. J’ai eu l’impression qu’il était donc très attaché à cette série et qu’il s’identifiait à Max l’amoureux. Cela expliquerait pourquoi on retrouve beaucoup de ses personnages dans les cases de Batman Silence. Les textes instructifs de Semic m’apprennent également que les Déchus apparus sont pour la première fois à Avignon, siège de la papauté car cette ville a impressionné Jim Lee. En effet, les Déchus sont des membres morts d’une secte de religieux français – les ministres de la pitié. On retrouve pas mal d’allusions à la France. En mission en France dans l’épisode dix, Blaze lit Le Monde. Cette histoire sombre est étrange pour Lee – le pouvoir de création ronge un ami. Est-ce en lien avec la désillusion d’Image ? Max serait alors le rouquin Liefeld.

Dans les premiers épisodes, alors que le scénario m’emportait moins, j’ai été subjugué par les dessins toujours aussi superbes. De retour chez Image après son reboot des Quatres FantastiquesJim Lee a changé de style depuis WildCATS. J’ai trouvé que les cases étaient plus grandes et des couleurs plus vives. De plus, à partir de l’épisode cinq, les revues françaises ont un papier plastifié et cela change tout le rendu de la couleur, bien plus brillant et lumineux. J’ai beaucoup aimé le design du monde vide comme une plaine désertique avec des pics et des montagnes champignons. Les épisodes huit et neuf sont au format à l’italienne. J’ai adoré la superbe double page en longueur qui permet de représenter des corps en plan moyen. C’est un amusant exercice de style brillamment réussi mais pourquoi ? Quand Max perd le contrôle la mise en page est aussi explosé. A force de fréquenter ce dessinateur chouchou, je trouve des correspondances visuelles dans ses personnages – Lynch me fait penser à Nick Fury, Lazarus a parfois des airs de Magnéto. On retrouve aussi des techniques visuelles communes – une première page d’épisode avec des écrans de TV où les présentateurs relatent les faits afin de résumer l’épisodes au lecteur distrait. Les costumes ont bien vieilli contrairement à Weapon Zero. L’encrage m’a semblé plus fin que dans ses séries précédentes. Contrairement à Batman Silence, j’ai trouvé moins d’easter eggs mis à part la décoration de chambre de Max dans le premier épisode avec un revue X-Men et des jouets Star Wars. Dans l’épisodes sept, on aperçoit une partie d’un site de fan de comics et celui d’Image avec Danger Girl. Cependant, Jim Lee a des problèmes pour suivre le rythme mensuel. L’épisode cinq arrive avec deux mois de retard. Du point de vue français, l’album trois est sorti en novembre 1998 puis les suivants sept mois plus tard, cinq mois plus tard avant de retrouver un rythme plus régulier. Un tel retard explique l’échec de cette série. Divine Right aurait fait un bon recueil plutôt qu’une série mensuelle. A partir de l’épisode onze, Lee s’associe Carlos d’Anda pour les dessins. Il a un style très proche mais sans la même justesse corporelle – les cous m’ont paru trop longs. Dans les deux épisodes Divine interventiond’Anda est même seul et affirme son style proche de Travis Charest pour les engins et bien plus simple pour les visages. Cependant, Lee se garde le début et la fin du dernier épisode.

Alors, verdict ?

Divine Right est une série assez étrange. De nombreuses séries commencent très fort avant de s’essouffler mais c’est le contraire avec Divine Right qui commence assez naïvement avant de devenir de plus en plus sombre. La place éditoriale de Divine Right est tout aussi particulière. Elle se situe juste avant la vente de Wildstorm. Certes maladroite, cette série est injustement méconnue.

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