[Review] Harbinger, la première série

Lorsque je me suis remis au comics, j’ai été enthousiasmé par l’arrivée d’un nouvel univers partagé avec Valiant surtout Harbinger. Plus tard, Avec Archer & Armstrong, j’avais découvert que Valiant est bien plus ancien que je ne le pensais. Alors quand Bliss, l’éditeur français de Valiant, a annoncé le projet de publier la première série Harbinger, j’ai sauté sur mon ordinateur pour les soutenir sur Ulule. Quelques mois plus tard, voici enfin le livre entre mes mains…

Un résumé pour la route

Ce volume rassemble les épisodes Harbinger 0 à 13 puis Rai 0 publiés aux États-Unis par Valiantentre janvier 1992 et février 1993 et en France par Bliss éditions en mars 2021. L’ensemble des épisodes est écrit par Jim Shooter (AvengersHulk) avec David Lapham (Stray BulletsCrossed) pour l’ensemble des dessins avant de se charger seul du scénario après l’épisode 10.

Peter Stancheck est un ado banal voire médiocre dans une ville américaine quelconque. Il mène sa vie morne rêvant de sortir avec la plus belle fille du lycée. Mais il cache sa différence. En effet, il possède des pouvoirs télékinésiques et de télépathe. Il en abuse pour devenir populaire au lycée et faire taire sa mère. Voyant une annonce dans le journal, il est recruté par la très riche fondation Harbinger. Une vie de rêve ? Pas vraiment car cette fondation dirigée par Toyo Harada semble avoir un but très peu philanthropique… Il décide alors de fuir et rassemble une équipe de mutants, les Harbingers, avec Kris, Faith, Flamingo et Torque.

On en dit quoi sur Comics have the power ?

Après un épisode zéro introductif, la série va à la vitesse d’une balle mais avec la puissance d’un canon. Les enjeux sont installés tout de suite. Peter fuit avec sa petite amie Kris alors qu’il est poursuivi par un groupe d’harbingers de la Fondation, les Egg-breakers (l’Anguille, la Fouine et la Boule). On découvre aussi que Peter a de multiples pouvoirs. Ils rassemblent l’équipe où chacun est compliqué avant de subir une deuxième attaque mieux préparée. Dès les premières pages, je n’ai pas pu m’empêcher de jouer aux jeux des sept erreurs avec la série plus récente que j’ai adoré. On ne parle par des psiotiques mais des harbingers. J’ai eu l’impression que la série d’origine était plus simpliste car Peter n’est pas un ado marginal mais juste un des loosers du lycée. Il est plus naïf et idéaliste. L’ami de Peter ne tombe pas dans la drogue mais il est tué. On est assez proche de X-Men alors que dans la série récente Joshua Dysart poussait les limites bien plus loin. L’un des Harbingers meurt plus tard mais je vous laisse la surprise. J’ai été surpris de constater que même des personnages secondaires viennent de la série originelle comme l’hacker Ax apparu dans Harbinger Renegade (@x) où il est très différent. Méprisant et arrogant, il insupporte les autres qui ne lui font pas confiance. En raison de la solidarité entre ado, ils l’acceptent dans le groupe. Bien entendu, des éléments marquent une série plus ancienne. Le scénario part parfois dans tous les sens comme ce voyage sur la face cachée de la lune par un vaisseau extra-terrestre. Les dialogues de Jim Shooter sont parfois maladroits : le vocabulaire semble pauvre ou inadapté à l’oral. Ils sont bien plus explicatifs que Lapham – que l’on découvre scénariste pour l’épisode zéro – qui sait être concis et impressionniste. Une fois passés ces rides du passé, j’ai apprécié la série dès le premier épisode car on s’identifie à Peter. De plus, des éléments sont encore très actuels comme le consentement. Quand Peter révèle à Kris qu’il l’a manipulé pour sortir ensemble (voire plus), elle est en larmes. La vie autour d’eux se veut proche de la réalité. Peter et Kris n’aiment pas se déplacer en volant à cause du vent sur leurs visages. C’est compliqué de trouver un médecin quand on est en fuite. Ils n’ont pas de base secrète mais errent d’un motel à un autre. Harbinger veut être une équipe différente des archétypes de l’époque. A part Zéphyr, ils n’ont pas de costume au départ et même ensuite, Flamingo et Torque n’en porteront pas. De plus, le récit n’est pas manichéen. Peter fait exploser tout un immeuble provoquant la mort de trente-deux personnes. A plusieurs reprises, il rentre dans l’esprit des gens sans autorisation. Flamingo et Torque sont idiots. Face à eux, Harada n’est pas le grand méchant. Il ne tue pas pour n’importe quelle raison. On retrouve la manipulation d’ado par les adultes. La fondation veut décider de l’avenir de ces ados. Dans un bureau d’Harbinger, un cadre tente de raisonner Peter en lui parlant comme à un enfant. Les deux camps se trompent et blessent. Les harbingers attaquent Harada l’empêchant d’aider un homme dépassé par son pouvoir. Tout un épisode montre les dommages d’un combat des deux côtés. Il y a même plus de blessés chez les mauvais. Harada et sa fondation sont une menace constante mais au final peu présente dans l’action.

Les débuts d’Harbinger

Sous des atours soft, la série est assez dure. Le langage est très cru – « je peux être chaude bébé » – et les ados ne cessent de s’insulter entre eux – « une fille prête à écarter les jambes ». Hélas, ces attaques visent toujours les plus faibles.

Plus que les aventures, ce sont les relations humaines qui font le succès de la série. Chacun des harbingers se demande s’il veut de cette vie de super-héros. Au départ, le groupe n’est pas stable. Dans l’épisode quatre, chacun retourne à son quotidien mais tout a changé en quelques mois que ce soit eux-mêmes – Flamingo pardonne à sa mère bigote achevant ainsi sa crise d’adolescence – ou leurs proches – Torque a perdu son père de substitution. On est ému avec eux quand ces jeunes adultes prennent leur premières vacances (sans adultes). Après la mort d’un membre, l’équipe est en crise. Contrairement à la plupart des cas, ils ne ressentent pas de la colère mais de l’abattement. Un épisode entier est consacré à la diversité des réactions face à la mort d’un proche.

Plus on avance et plus le récit se concentre sur la vie quotidienne des ados racontant l’évolution de différents profils de jeunes adultes. L’épisode zéro revient sur la découverte de ses pouvoirs par Peter. Peter étant resté très peu de temps dans la fondation ne connaît pas l’étendue de ses pouvoirs. Il est assez ambigu car même après avoir vu Kris pleuré, il la manipule encore pour éviter une crise entre femmes. Elle reste quand même et, par amour, il arrête les manipulations mentales. Faith est un geek rejeté à l’école mais elle ne veut pas que cela se sache. Elle s’est créé son univers dans sa chambre avec des dés, des maquettes de vaisseaux Star trek et des comics de Flaming Carrots (est-ce un coup de cœur du dessinateur ?). Elle se parle à elle-même en parodiant de comics. Au départ, elle gène les autres par sa naïveté et sa maladresse dans les relations sociales et subit beaucoup de remarques grossophobes. Elle veut être Zephyr mais Torque puis l’équipe la nomme Zeppelin. Elle fait sourire le lecteur par ses allusions à la culture geek (« haleine de Bantha »). Par elle, on revit toute la culture de l’époque surtout le cinéma de Star Wars ou Carpenter. Le magnifique épisode qui lui est consacré montre le rôle des comics pour grandir et renforcer sa confiance en soi. Elle comprend les conséquences de la vie de super-héroïne quand elle blesse un des porte-flingues d’Harada. Charlène Dupré, Flamingo, est superficielle. Elle ne cesse de vouloir séduire et est vulgaire mais, comme les autres, elle se cache : elle doute de ses capacités et refuse l’aventure. Élevée par une mère croyante qui a honte de cette erreur de jeunesse, elle n’a jamais été aimée et a donc tout fait pour se faire remarquer. Même si le dialogue entre Flamingo et sa mère ressemble au bilan de psy, son évolution au fil des épisodes m’a touché. Macho et toujours torse nu, John Torkelson, Torque, avait été rejeté par la fondation pour ses faiblesses et même Peter n’en veut pas mais les filles pensent que c’est par jalousie. Alors que Faith propose « Avengers rassemblement » comme cri de guerre, il ne propose « Rien de meilleur qu’une Budweiser ». En fait, il est très seul, en recherche de famille mais il est incapable de le dire. Ne possédant pas de pouvoir, Kris est la plus moderne car c’est elle qui dirige et propose de trouver plus d’harbingers pour former une armée contre Harada. Elle remarque les symptômes des Harbinger en sommeil et devine les failles de Torque. Chacun grandit et cherche à s’insérer dans la vie professionnelle.

Même si ces personnages sont réussis, Jim Shooter écrit parfois comme un ado puéril. Le sexe est directement abordé mais négativement. Très portée dessus, Flamingo ne se contrôle pas et ces tentatives visent surtout à être aimé. Rexo l’allié humain des aliens est un puceau qui déteste les femmes. Le scénariste s’en sort mieux quand il parle de la grossesse prématurée de Kris. Elle songe à avorter mais un voyage dans une autre dimension, l’empêchant de le faire, évite de résoudre cet enjeu politique aux États-Unis. Cette grossesse est encore plus compliquée car Torque est le père mais Peter pense l’être. Le dénouement certes compliqué nous offre des pages très touchantes sur la réaction du jeune couple.

Ces épisodes nous permettent de voir l’univers partagé de Valiant. Le Docteur Solar dans les épisodes cinq et six donne encore plus envie de lire cette série. On croise aussi le H.A.R.D. Corps vu dans Bloodshot. Dans le crossover Unity, Peter choisit de ne pas se mêler du conflit pour protéger la naissance de son fils mais il trouve un moyen d’expulser sa colère…Tout l’épisode est très malin car les autres héros ne cessent de demander de l’aide ou d’aider Peter (Armstrong fait la sage-femme). Permis par le financement participatif réussi, l’épisode de Rai principalement écrit par Bob Layton raconte la mort de chaque héros jusqu’à la naissance du dernier Rai. On y croise le Géomancien, un ado plutôt intéressant, Aric et Turok l’indien chasseur de dinosaures.

Une série plus sombre qu’il n’y paraît

David Lapham a un trait assez différent de Stray Bullets avec des formes plus anguleuses et moins de mouvement dans la composition. Ses visages sont plus réalistes mais il en perd son originalité. Dans la représentation des corps on sent venir les années 90. Au départ, l’encrage très fin proche du franco-belge de John Dixon aide au réalisme par la précision des décors mais aplatit l’image. Il est remplacé ensuite par Gonzalo Mayo. Le dessin gagne en précision. Des expressions plus variées font gagner en justesse psychologique. Le dessin devient progressivement excellent car la composition fonctionne mieux créant du dynamisme et de la profondeur : la vue sur le barillet d’un pistolet qui se rapproche de la tête de Peter puis en tournant la page une explosion sur deux pages d’un immeuble. On le comprend dans les nombreux croquis en bonus. Je me demande si le dessinateur n’est pas fan d’Elfquest car la série apparaît deux fois sur le t-shirt de Faith et des pages de Wendy Pini sont reproduites dans le dernier épisode. Dans la préface, la coloriste Jay Jay (Janet) Jackson explique sa technique novatrice de colorisation au scanner qui donnait à Valiant une gamme unique de couleur alors qu’étrangement c’est l’aspect le plus daté aujourd’hui. L’omniprésente du jaune orange donne l’impression que les personnages ont passé l’été en Floride à côté de Trump.

Alors, convaincus ?

Le plus grand point fort du titre ce sont les relations humaines de ces adolescents en construction. Chaque ado d’Harbinger essaie de s’en sortir, de grandir avec son passé, ses défauts et ses maladresses. C’est encore plus compliqué quand on doit agir en groupe, vivre avec les autres. D’autre part, on retrouve le crossover Unity avec l’ensemble des personnages de Valiant et cela donne très envie d’en lire plus. La boulimie est décidément une maladie du fan de comics.

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